Canada-UE : pétrole, armement, technologies… ce que Mark Carney vient chercher en Europe

La proposition d’Ursula von der Leyen de faire du Canada un "membre associé" de l’Union européenne a suscité des réticences, notamment en France, en Allemagne et en Grèce. Pour Raphaël Miro, journaliste canadien et correspondant en France pour La Presse, cela ne remet pas en cause le rapprochement.
"Le terme "membre associé", dès le départ, c’était surtout un élément de communication de la part de l’Union Européenne", explique-t-il. Selon lui, la présidente de la Commission européenne avait avancé cette idée sans consulter ses équipes ni la diplomatie canadienne, qui préférait parler d’"une alliance pour le futur".
Ottawa ne cherche pas à intégrer l’Union européenne, mais à renforcer ses relations commerciales. Selon Raphaël Miro, 70% des Canadiens étaient favorables à un rapprochement avec l’Europe lorsque le statut de membre associé était évoqué.
Le pétrole, un débouché stratégique
Au-delà des ambitions communes en matière d’intelligence artificielle, de métaux rares et de satellites, le Canada veut diversifier ses exportations de pétrole. "En se rapprochant de l’Europe, le Canada cherche des nouveaux marchés pour son pétrole", souligne Raphaël Miro.
Le Canada est un important producteur, mais exporte presque tout son pétrole vers les États-Unis. Comme son voisin développe ses propres capacités de production, Ottawa veut trouver d’autres débouchés pour mieux négocier ses prix. Le journaliste évoque la possibilité de construire des pipelines vers l’est et l’ouest du Canada pour développer les exportations vers l’Asie et l’Europe.
La coopération pourrait aussi favoriser la mobilité des travailleurs, les échanges universitaires via Erasmus et la recherche avec des programmes comme Horizon. L’Europe y trouverait aussi un moyen de diversifier ses approvisionnements énergétiques.
Mark Carney à gauche et Ursula von der Leyen à droite © Getty Images
Une armée dépendante des États-Unis
La défense constitue un autre enjeu majeur. Selon Raphaël Miro, le Canada ne fabrique pas lui-même ses équipements militaires, ses avions et ses fusils. Son industrie, notamment aérospatiale à Montréal, reste liée aux entreprises américaines. "Actuellement, virtuellement, tous les équipements de l’armée canadienne sont américains", rappelle-t-il.
Les entreprises canadiennes réalisent certaines tâches pour des groupes américains, qui fabriquent notamment les avions, les chars et les véhicules blindés. En contrepartie, le Canada s’engage à acheter leurs produits. Ottawa veut donc se rapprocher des industriels européens pour diversifier ses approvisionnements et réduire sa dépendance stratégique.
Raphaël Miro souligne que les États-Unis demandent au Canada, comme à des pays européens, de consacrer 3,5% de son PIB à la défense dans les prochaines années.
Le Québec pourrait compliquer les accords
L’opposition conservatrice refuse que le Canada devienne, selon ses termes, le "28e membre de l’Union européenne", pas plus qu’elle ne veut qu’il devienne le "51e État des États-Unis".
Mais Mark Carney doit surtout composer avec les indépendantistes québécois, récemment arrivés au pouvoir dans la province. Après s’être vu refuser un droit de parole au sommet, ils menacent de ne pas appliquer les accords qui pourraient y être conclus.
Cela pourrait compliquer leur mise en œuvre, notamment en matière de mobilité des travailleurs. "Ce serait très difficile pour M. Carney de le faire appliquer parce qu’il faut l’accord des provinces comme le Québec pour toucher au commerce, à la main-d’œuvre, etc.", explique Raphaël Miro.
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