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Saturday, October 31, 2026

Aimer être plus petit que le bœuf

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Il m’apporte mon café tous les matins de la semaine. Je dis de la semaine, parce que le week-end, c’est moi qui fais le café. Enfin, quand il reste du lait. Je roule des yeux. J’ai trois adolescents, ils en boivent plus que quand je les allaitais. Il suffit qu’ils aient saccagé la cuisine pendant la nuit comme les ratons laveurs du belvédère Camilien-Houde — ceux qui sont voraces, là, qui se font nourrir par les touristes — pour que le lait ait disparu au petit matin. Vingt-sept bols de céréales, ça ne se consomme pas sec ! Ils passent à travers les sacs de lait comme les propriétaires de chien passent à travers les sacs de ma…

Y a des matins, c’est frustrant. Au moins, le samedi, le café du coin ouvre à 7 h. Tu me connais, courageuse que je suis, j’ai même pas peur de sortir aux petites heures ! J’aime la tranquillité du matin. Avant que la machine ne démarre. On dirait presque que, la vraie vie, c’est ça, même. Comme un monde où la musique serait en fait le temps où l’orchestre s’accorde. Imagine que les coulisses soient la vraie pièce de théâtre !

Parfois, je me sens comme ça. Parfois, j’ai l’impression que la longue liste de choses que j’ai à faire en tant que femme-mère-de-famille-épouse-entrepreneure-de-carrière, c’est au fond superficiel. Que beaucoup de ce qu’on accomplit comme niaiseries de responsabilités d’adulte et tout le système qu’on s’est bâti autour sont une gigantesque mascarade, et que les vraies motivations de chacun restent cachées. Si ta vie extérieure reflète tes vraies intentions intérieures, alors je crois que tu es heureux. S’il n’y a pas trop de décalage entre ce que tu es et ce que tu vis.

Je connais ça, le bonheur, j’en ai. Le mot voulait à l’origine dire « bonne chance », et c’est vrai qu’une partie du bonheur vient de la chance. Enfin, disons que certaines personnes viennent au monde dans des terreaux plus fertiles que d’autres. Ce qui est injuste et inexplicable.

Qu’est-ce qui fait que le vent transporte une graine jusqu’à un environnement propice à sa croissance pendant que d’autres se font brûler par l’acidité d’une terre de conifères ? On ne le sait pas. Mais on sait que l’adaptation des espèces et la résilience sont possibles.

Je n’ai pas bien compris pourquoi notre premier ministre n’a pas voulu aller s’asseoir à la table de notre autre premier ministre au grand sommet Canada-UE. J’aurais préféré qu’il nous y représente. Quelle perte de temps et d’occasions. En politique, j’aimerais que le travail se fasse sans les jeux de pouvoir. Je sais, ce que je suis en train de dire est parfaitement ridicule. La politique, c’est un jeu de pouvoir. Mais j’aimerais que non. Et j’ai tous les droits d’être utopiste et de savoir ce qu’est le travail bien fait.

Je sais que tout est une compétition en ce bas monde, que la plupart des actions mondiales servent à déterminer qui tire la couverte. C’est insupportable. Plus un politicien se perd dans ces jeux et ces enfantillages, plus il baisse dans mon estime. Plus ses actions servent réellement à remplir sa fonction, c’est-à-dire régler des problèmes (parfois très graves), plus il monte en grade.

Car on l’oublie, mais la politique ne sert pas à avoir le pouvoir, mais à servir la population. C’est une job de service. Et si tu passes tes journées à négocier ou à provoquer des guerres d’ego, tu ne mets pas ces heures à travailler. Tu joues à être plus gros que le bœuf. Ça s’observe dans tous les milieux. Il y a des gens qui pellettent, des gens qui trouvent ça rushant de pelleter, alors ils décrivent le trou, et du monde qui se mettent un casque sur la tête et disent aux gens avec les pelles ce qu’il va falloir faire. Parfois, ça aide. Parfois, ça cache juste quelqu’un qui n’aime pas faire des efforts ou qui a besoin qu’on le trouve vraiment bon à japper des ordres. Je roule encore des yeux.

Le café du coin ouvre à 7 heures et il est tenu par un Italien très sympathique. Ce qui m’impressionne le plus, c’est que ce commerce vient d’une époque que je croyais disparue, mais il a survécu. Le genre d’endroit authentique qui offre de très bons produits qui puisent leur qualité dans un savoir-faire transmis d’une génération à l’autre. Non pas par obligation ou même par tradition, mais comme si ça allait de soi.

Il actionne sa grosse machine à espresso comme les pistons d’un moteur. Chaque geste a dû être effectué 10 000, 20 000, 100 000 fois ! Tout est désormais un automatisme. Une formule qui fonctionne. Montre-moi quelque chose de plus jouissif que le travail bien fait… « Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre / […] / Travailler sans souci de gloire ou de fortune / À tel voyage, auquel on pense, dans la lune ! »

Je le dis souvent, mais la tirade du « non merci » de Cyrano de Bergerac reste à mon sens la meilleure liste d’épicerie d’une vie bien réussie. Une vie à servir sa cause, quelle qu’elle soit, plus que son ego. Une vie courageuse où la fonction dépasse le paraître. Une vie humble où l’on accepte qu’on soit petit, qu’on ne sait pas, mais que l’on peut faire. On peut faire beaucoup, on peut faire tant de choses !

J’observe aux États-Unis les nouveaux politiciens naître à l’aube d’élections plus que décisives, les candidats comme Abdul El-Sayed, au Michigan, qui réveillent en nous l’espoir de constater que, dans toute cette mouise, il existe encore des hommes qui « regardent bien ». Qui, loin de se laisser distraire par les petits jeux politiques, savent faire taire le bruit pour revenir sans cesse à leur cause.

Ceux-là sont mes préférés. Les hommes courageux dont la paye est le travail accompli et non de se faire flatter sont mes préférés. Ils sont rares. Mais il y en a même un qui, tous les matins de la semaine, m’apporte mon café au lit.

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