France: Marine Le Pen et le Rassemblement national, sous l'œil de Moscou et Washington

Dans un peu moins de sept mois, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle en France. Un scrutin surveillé de près à l’étranger et pour lequel les partis politiques français sont tenus de se positionner sur les questions internationales. Et ce n’est pas toujours simple. En témoigne ce qui vient d’arriver au Rassemblement national (RN).
« Apparemment, le parti de Le Pen est désormais un parti européen ordinaire : russophobie et soutien aux nazis de Kiev. » La sortie est signée Dmitri Medvedev, habitué des déclarations choc anti-occidentales. L’ancien président russe qui avait assuré l’intérim de Vladimir Poutine entre deux mandats quand la constitution russe ne lui permettait pas de les enchaîner. En cause, un communiqué officiel du mouvement lepéniste qui considère comme une action hostile la prise de contrôle par la Russie d’actifs d'une entreprise française en particulier, opérant en territoire russe.
Partenaire privilégié
C’est un sérieux rafraîchissement des relations. Il est loin le temps où Marine Le Pen, en 2017, était personnellement reçue par le président russe au Kremlin. Et pourtant, depuis qu’elle enchaîne les candidatures à la présidentielle, elle dit vouloir faire de la Russie le partenaire privilégié de la politique étrangère française. Les liens étaient si forts que, faute de trouver des banques françaises pour lui prêter de l’argent pour sa campagne, le RN s’était tourné vers une banque russe en 2017.
Encore récemment, le RN disait vouloir couper les vivres à l’Ukraine ou au moins réexaminer l’aide. Mais la guerre hybride de la Russie contre les pays européens a rendu cette position difficile à tenir. Le Kremlin, qui a constaté qu’un parti clairement pro-russe avait remporté de larges succès électoraux en Allemagne, exige donc manifestement désormais des choix clairs.
Patienter en vain à la Trump Tower
Ce n’est donc pas simple à Moscou, et ça ne l’est pas beaucoup plus à Washington. Cela ne l’a jamais été pour Marine Le Pen. Toujours en 2017, la patronne du RN avait fait le déplacement à New York, patientant en vain au pied de la Trump Tower pour être reçue par l’homme du moment. Il faut dire qu'il préparait sa première investiture. Cela ne s’est pas forcément arrangé avec les années.
En février de l’an dernier, Jordan Bardella avait annulé son intervention à la CPAC, la grande messe des conservateurs américains, après ce qui ressemblait beaucoup à un salut nazi de la part de l’ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon. Ce dernier avait d’ailleurs conseillé à Marine Le Pen de larguer Jordan Bardella, qui semble un peu moins influent depuis que Marine Le Pen a décidé d'être candidate.
Coût électoral
D’autres semblent avoir de meilleures connexions. C’est bien Éric Zemmour qui avait été invité à la deuxième investiture de Donald Trump, avec sa compagne Sarah Knafo qui cultive des réseaux outre-atlantique. Elle est par exemple ancienne élève de l’Institut Claremont, un centre de réflexion ultra-conservateur dont sont issus les principaux rédacteurs de la stratégie de sécurité nationale américaine qui recommande de s’appuyer sur des partis dits patriotes pour redresser la trajectoire idéologique de l’Europe.
Il n’est pas évident que cette nébuleuse ait fait son choix pour l’élection présidentielle en 2027. Et il n'est pas plus certain qu'avec son actuel niveau dans les sondages, Marine Le Pen souhaite obtenir officiellement un appui qui pourrait être coûteux sur le plan électoral.
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