L'Atlas des flatulences humaines

La question est embarrassante mais elle nous concerne tous : pourquoi notre corps produit-il des gaz ? Quelle fréquence est le signe d’une bonne santé digestive ? Pour le comprendre, des microbiologistes américains ont mis au point un mini-détecteur et fait appel à des volontaires, dans le cadre d’une vaste étude de science participative, qui devrait permettre à terme, d’établir un atlas des flatulences humaines.
Précisons que, jusqu’à présent, seules des méthodes invasives permettaient d’évaluer la quantité et la fréquence des gaz que notre corps émet quotidiennement. Pour rappel et même si nous préférons évacuer le sujet, gênant surtout en public, nous expulsons tous plusieurs fois par jour des gaz sous la forme de rots qu’on appelle éructations et sous la forme de pets qu’on appelle flatulences.
Ce que les microbiologistes de l’université du Maryland, qui étudient le métabolisme du microbiote intestinal, cherchent à établir, c’est à quelle fréquence, s’il y a une norme au-delà de laquelle cela devient pathologique, et quel est le lien avec notre bonne santé digestive. Mais pour cela, il faut récolter des données chez un grand nombre d’individus. C’est dans ce but que le microbiologiste Brantley Hall et son équipe ont réussi à mettre au point un petit capteur de flatulences, sous la forme d’une mini rondelle adhésive, à coller sur le sous-vêtement, qui permet, c’est une première, sans aucune gêne pour les porteurs volontaires, de mesurer le nombre de pets expulsés en 24 h.
Les premiers résultats de cette étude participative ont été publiés en décembre 2025 dans la revue Biosensors and Bioelectronics. Ils montrent que le corps humain émet en moyenne 32 pets par jour, mais avec une grande différence selon les individus, certains ne pétant que quatre fois par jour tandis que d’autres le font jusqu’à 59 fois par jour.
Quelles conclusions en tirent les chercheurs ? C’est grave docteur ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Cette étude, la première du genre, n’en est qu'à ses débuts. Il s’agit pour les microbiologistes d’établir une banque de données sur le long terme, ce qu’ils appellent un atlas des flatulences humaines, pour étudier les liens entre la production de gaz (hydrogène et méthane principalement), émis par nos bactéries intestinales, avec certaines pathologies digestives et autres maladies de l’intestin.
L’appel à participation, lancé par Brantley Hall et son équipe sur le site Atlas des flatulences humaines, rencontre déjà un franc succès et devrait aussi permettre de lever un peu le tabou sur le sujet. Les milliers de volontaires retenus après un petit questionnaire de santé s’engagent à porter le capteur de pets 24 h sur 24 pendant trois jours consécutifs, tout en communiquant parallèlement le menu de leurs repas. Ce qui permettra aux chercheurs de comprendre quelles bactéries intestinales produisent quels gaz et pourquoi ça change autant d’un individu à l’autre et d’un moment à l’autre de la journée.
Pour en savoir plus sur le pourquoi et le comment de nos flatulences respectives, je vous renvoie à l’excellente enquête de Bethany Brookshire sur le site ScienceNewsExplores, qui n’a pas hésité à payer de sa personne, en contribuant personnellement pour la science à cet atlas des flatulences humaines. Elle a notamment découvert qu’elle était dans la moyenne avec entre 30 à 40 gaz expulsés par jour, son retour d’expérience, sur ce sujet que l’on préfère évacuer discrètement, vaut franchement le détour.
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