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Saturday, September 26, 2026

Un mois après la catastrophe, la détresse est toujours « immense » au Népal

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Un désert sans vie. C’est ainsi que Som Paneru, directeur de Nepal Youth Foundation, décrit le paysage dans la vallée de Nuwakot, où son équipe est sur le pont depuis la coulée de boue catastrophique qui a ravagé la région frontalière entre le Népal et la région autonome du Tibet, le 26 août dernier.

Voir des bâtiments de quatre étages enfouis sous la boue lui a permis de mesurer l’ampleur du désastre, de se représenter cette vague immense qui a balayé toute la vallée à une vitesse foudroyante [et] les gens qui ne pouvaient pas s'échapper.

Pour lui, cette catastrophe est sans précédent dans l’histoire de la région. Même le tremblement de terre de 2015, qui a pourtant touché une plus large zone géographique et causé la mort de près de 9000 personnes, lui paraît moins grave que ce tsunami himalayen.

Selon les derniers décomptes, 5700 personnes manquent toujours à l’appel, tandis que 1400 décès sont confirmés. Affaires mondiales Canada dit être toujours sans nouvelles de 29 Canadiens et résidents permanents, dont le sort et le bien-être n’ont pas encore été confirmés.

Des survivants qui n’ont plus rien

En plus des recherches pour localiser les disparus, les dernières semaines ont été consacrées à ceux qui ont survécu et qui sont plongés dans le désespoir, met en évidence Som Paneru.

Près de 90 000 personnes sont affectées par les conséquences de ce désastre, selon des chiffres de plusieurs organisations humanitaires.

Elles sont blessées, ont perdu leur maison ou des membres de leur famille. Parfois tout à la fois. Plus de 600 enfants sont devenus orphelins, estime le directeur de cette ONG dont le siège est en Californie.

L’urgence immédiate est d’aider ces gens qui, pour certains, n’ont absolument plus rien.

Des femmes et des enfants sont penchés sur des sacs en plastique dans lesquels se trouvent des vêtements.

Des personnes déplacées par les inondations meurtrières fouillent des sacs remplis de vêtements donnés dans le district de Nuwakot, au Népal, le 21 septembre 2026.

Photo : Reuters / Navesh Chitrakar

L'organisation qu’il dirige ne fournit habituellement pas de l’aide humanitaire d'urgence – sa mission principale est de venir en aide aux enfants défavorisés pour qu'ils accèdent à une éducation de qualité, à des soins de santé et à une bonne nutrition –, mais elle a rapidement réorienté ses ressources pour venir en aide à ceux qui ont tout perdu.

Son équipe de 25 personnes se relaie entre Katmandou et le district de Nuwakot, un des plus touchés par la catastrophe avec celui de Rasuwa. Elle vient en aide à ceux qui ont trouvé refuge dans des camps temporaires et surpeuplés et, à Katmandou, auprès de certains déplacés qui se sont installés chez des proches qui n'ont parfois pas les moyens de les nourrir. Afin d'éviter une pression financière sur les familles d'accueil, nous effectuons des visites de porte-à-porte pour distribuer des rations alimentaires, relate-t-il.

Plus de routes ni de ponts

Distribution de nourriture, de médicaments, de trousses de cuisine et d’hygiène. Installation de tentes pour que les femmes et les personnes âgées puissent se changer dans l’intimité. Nous travaillons sans relâche, malgré d'importantes perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, causées par la destruction des routes, poursuit Som Paneru.

Des hommes vêtus d'un treillis militaire et de gilets orange et jaune devant une falaise.

Des soldats de l'armée népalaise placent des explosifs pour rouvrir les routes bloquées à la suite des inondations meurtrières à Betrawati, dans le district de Nuwakot, au Népal, le 21 septembre 2026.

Photo : Reuters / Navesh Chitrakar

La destruction de nombreuses infrastructures complique en effet les efforts humanitaires.

Pour distribuer de la nourriture, il faut parfois se rendre par voie aérienne dans les petites localités, car il n’y a plus de routes ni de ponts, confirme Patrick Mathieu, le vice-président de la division Québec de la Croix-Rouge canadienne, qui soutient le travail de terrain de la Croix-Rouge népalaise.

Le plus grand défi pour nous est de nous assurer que tout le monde ait accès à un abri temporaire. Dans ce pays, les hivers sont froids.

Autre défi : acheminer de l’eau potable à ceux qui en ont besoin. Tout est rendu difficile du fait que les infrastructures ne fonctionnent plus, constate-t-il. La destruction des barrages électriques met aussi à mal l’approvisionnement en électricité, ce qui pose problème pour la réfrigération.

Heureusement, précise Patrick Mathieu, il n'y a pas que de mauvaises nouvelles. L’hôpital de Nuwakot est de nouveau opérationnel, bien que le pont sur la rivière Trishuli, qui y donne accès, ait été arraché. Avec l’aide d’autres ONG locales, la Croix-Rouge népalaise a mis en place un pont suspendu temporaire.

La Croix-Rouge népalaise a aussi ouvert, vers la mi-septembre, une clinique d’urgence qui fournit des soins de santé essentiels aux communautés touchées par les inondations dévastatrices.

Avec l’aide du gouvernement canadien, la Croix-Rouge a acheminé jusqu’au Népal 18 000 articles de secours d’urgence, tentes, équipements de cuisine, produits d’hygiène et lampes solaires, fait-il savoir.

Des survivants traumatisés

Depuis plusieurs jours, les habitants des vallées balayées par la coulée de boue ont commencé à retourner chez eux, ce qui les expose à de nouveaux traumatismes.

Ils découvrent l’ampleur des dégâts, ils trouvent leur maison détruite ou remplie de boue, donc inhabitable dans l’état actuel. Avec leurs propres moyens, ils tentent de déblayer et de récupérer leurs biens essentiels, rapporte Patrick Mathieu.

Ce sont des moments tragiques, car ils trouvent parfois leurs proches sous la boue. Nos travailleurs voient énormément de détresse.

La santé mentale des survivants préoccupe beaucoup Som Paneru. Les enfants pleurent la nuit, les survivants souffrent de traumatismes psychologiques profonds, décrit-il.

Une poupée enveloppée dans un tissu orange, avec la photo d'un jeune homme posée dessus.

Faute d'avoir retrouvé les corps de leurs proches, les familles brûlent des effigies les représentant. Ici, celle de Bijay Pradhan, 20 ans, brûlée aux côtés de celle de son frère, Bikash Pradhan, 30 ans.

Photo : Reuters / Navesh Chitrakar

Environ 17 000 enfants ont été privés d'école, et si les établissements scolaires rouvrent progressivement leurs portes, les enseignants ont longtemps été trop traumatisés pour donner des cours. Dans le district de Nuwakot, son organisation a aidé une centaine d'entre eux à se reconstruire émotionnellement pour qu’ils puissent à nouveau se présenter devant leurs élèves.

Un mois après la catastrophe, l’attention médiatique diminue, mais les besoins, eux, restent immenses, rappelle Patrick Mathieu. Som Paneru regrette aussi que le Népal ait quasiment disparu des radars, alors que les souffrances, elles, continuent de s'aggraver.

Les organisations humanitaires sont toujours à la recherche de dons. Le gouvernement canadien a accordé 5 millions de dollars à l’aide humanitaire au Népal, tout en contribuant à plusieurs fonds communs de donateurs qui ont été rapidement activés à la suite de la catastrophe, fait savoir Affaires mondiales Canada.

Le ministère fédéral affirme par ailleurs être toujours mobilisé, en étroite collaboration avec les autorités du Népal et de la Chine, pour rechercher les résidents permanents et citoyens canadiens portés disparus et soutenir les familles touchées.

Des experts de la GRC en identification des victimes de catastrophes se trouvent toujours sur place pour assister les autorités locales.

Débat autour de la justice climatique

Le 17 septembre, la World Weather Attribution, une organisation créée par les climatologues Geert Jan van Oldenborgh et Friederike Otto, a publié un rapport qui se penche sur les causes du désastre.

Leur étude montre que des températures records ont frappé la région au cours des mois précédant le désastre et qu'avant cela, elle avait connu des chutes de neige inhabituelles à la fin de 2025, une période généralement très sèche. L’eau de fonte s’est ainsi ajoutée à une chaîne complexe d’éléments qui ont mené à l’effondrement d’un pan de montagne et d’un morceau de glacier.

Pour les auteurs du rapport, il ne fait aucun doute que le changement climatique d'origine humaine a joué un rôle dans les conditions ayant mené au désastre.

Le gouvernement népalais a déposé une demande officielle auprès du Fonds pour les pertes et préjudices, créé lors de la COP 28 pour aider les pays vulnérables à faire face aux conséquences du dérèglement climatique.

Comme l'a rappelé Lila Pieters Yahia, coordinatrice des Nations unies au Népal, ce pays a très peu contribué aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, et pourtant, il subit de profondes conséquences humaines et économiques du changement climatique.

Sa géographie montagneuse et la fragilité croissante de l’Himalaya le rendent particulièrement vulnérable.

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