L’UE somme TikTok de modifier ses flux personnalisés, accusés d’effets “nocifs”
Vendredi, l’Union européenne a exigé de TikTok une refonte en profondeur de ses algorithmes de recommandation, jugés préjudiciables au bien-être et à la santé mentale des utilisateurs, qu’ils plongeraient dans des spirales de contenus aux répercussions très néfastes.
Kevin Dupont
Source: AFP
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La filiale du groupe chinois ByteDance, déjà dans le collimateur de Bruxelles, risque de se voir infliger une amende potentiellement lourde, la Commission européenne estimant qu’elle pourrait avoir ainsi enfreint des dispositions cruciales du règlement européen sur les services numériques (DSA). En cause, le fonctionnement même de l’algorithme de recommandation de contenus de TikTok.
Les flux de vidéos personnalisés (consultables dans la section “pour toi” de l’application) sont conçus pour proposer encore et encore tout type de contenus qui a suscité l’intérêt d’un utilisateur. Y compris, et c’est le coeur du problème, lorsque les vidéos portent sur des thèmes qui peuvent affecter le bien-être physique et moral à force de les regarder, comme la tristesse, la solitude, ou l’estime de soi.
“Rabbit holes”
S’enfermer dans le visionnage ininterrompu et répété de tels contenus (un phénomène surnommé en anglais les “rabbit holes”) peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale, prévient la Commission européenne, en particulier lorsqu’il s’agit d’adultes vulnérables ou de mineurs.
Le réseau social a déjà procédé à des modifications de ses flux personnalisés, mais Bruxelles estime qu’elles ne sont pas suffisantes. C’est pourquoi l’exécutif européen demande une série de changements profonds à TikTok, qui touchent au cœur même de son modèle d’activité visant à capter le plus possible l’attention des utilisateurs. Cela porte sur la façon dont son algorithme sélectionne les contenus montrés.
La pression monte sur TikTok
L’UE voudrait notamment que les utilisateurs aient plus de contrôle sur les vidéos qui leur sont recommandées et que leurs préférences soient vraiment respectées. Car Bruxelles déplore qu’actuellement, si un internaute signale qu’un certain type de contenus ne l’intéresse pas ou plus, l’algorithme de TikTok puisse passer outre ce choix, dans le but de maximiser le temps passé par l’utilisateur sur la plateforme.
Bruxelles pourrait en outre, au terme de cette procédure qui découle d’une enquête lancée en 2024, infliger à TikTok une amende pouvant atteindre jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel mondial. Car la Commission souponne ce réseau social d’avoir commis une infraction au DSA, qui impose aux grandes plateformes en ligne d’évaluer et d’atténuer les risques encourus par leurs utilisateurs.
Tik Tok est déjà soupçonné d’avoir commis d’autres infractions à ce même règlement. L’UE l’avait accusé en juillet de manquer à ses obligations de protection des mineurs, créant des risques de cyberharcèlement et d’exposition à d’éventuels prédateurs. Et Bruxelles lui avait en outre demandé en début d’année de supprimer de son interface plusieurs fonctionnalités jugées beaucoup trop “addictives”.
“Préserver le bien-être des utilisateurs”
“À chaque fois qu’un utilisateur fait défiler ou ‘aime’ une vidéo sur TikTok, l’algorithme lui en propose davantage, l’entraînant dans des spirales dont il lui est difficile de s’extraire”, a résumé la vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, Henna Virkkunen, pour qui “ces nouvelles injonctions préliminaires montrent une fois de plus que TikTok doit intensifier ses efforts pour préserver le bien-être des utilisateurs, y compris celui des mineurs”.
L’UE est lancée dans une vaste offensive pour mettre au pas les réseaux sociaux, en application du DSA, et a présenté en septembre un projet de loi, le Kids Act, qui vise à les interdire aux moins de 13 ans, en raison de nombreux risques pour leur bien-être et leur développement.
Parallèlement, les grandes plateformes font face à un vaste contentieux aux Etats-Unis, où des milliers de familles et de districts scolaires, ainsi que la quasi-totalité des Etats, les accusent de nuire à la santé mentale des jeunes.
Fin septembre, TikTok avait échappé au premier procès intenté par un Etat américain, au prix d’une série d’engagements et d’un paiement qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de dollars.
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