Des formations professionnelles sacrifiées peu avant la rentrée dans les Basses-Laurentides
À la demande de Québec, trois formations professionnelles ont été annulées entre la fin de juillet et le début de septembre au Centre de services scolaire des Mille-Îles (CSSMI), dans les Basses-Laurentides, a appris Le Devoir. Cette décision prise à la « dernière minute » a entraîné la mise à pied de cinq enseignants, en plus de forcer 44 élèves inscrits à ces programmes à revoir leur projet d’études ou à faire une croix sur celui-ci.
Les programmes en décoration intérieure et présentation visuelle, en réalisation d’aménagements paysagers ainsi qu’en infographie étaient offerts depuis une vingtaine d’années au CSSMI. Au Devoir, certains des enseignants de ces programmes, qui ont perdu leur poste ou le perdront prochainement, affirment que ces formations étaient populaires et répondaient aux demandes de plusieurs employeurs de la région.
Plusieurs dizaines d’élèves étaient inscrits à ces programmes menant à un diplôme d’études professionnelles (DEP) quand la décision de Québec de ne pas les reconduire est tombée.
Selon une série de courriels obtenus par Le Devoir en vertu d’une demande d’accès à l’information, les 13 élèves qui étaient inscrits en réalisation d’aménagements paysagers et 24 autres admis en décoration intérieure ont respectivement été informés par le CSS le 27 juillet et le 3 août que leur formation était annulée, tandis que cette annonce a été faite le 2 septembre aux sept personnes qui étaient inscrites en infographie.
« Nous sommes sincèrement désolés de cette situation et conscients que cette nouvelle de dernière minute vient bousculer vos plans de formation », indiquait d’ailleurs un courriel acheminé le 3 août par Karine d’Alcantra, directrice du Centre de formation des Nouvelles-Technologies du CSSMI, aux élèves inscrits en décoration intérieure.
Des projets d’études qui tombent à l’eau
« On vient de couper l’herbe sous le pied de beaucoup de jeunes qui voulaient rester à l’école pour apprendre un beau métier », soupire Caroll-Anne Lachaine, qui enseignait la décoration intérieure à Sainte-Thérèse avant que son poste soit supprimé le 3 août. Certains de ses élèves venaient d’aussi loin que de Saint-Sauveur et de Mont-Tremblant, raconte-t-elle, et se tourner vers un centre de formation de Laval n’était pas une option réaliste pour eux.
« Ça faisait 20 ans que j’enseignais à temps plein. J’étais à deux ans de la retraite. Puis je l’ai su trois semaines avant, comme quoi la carte [de ma formation professionnelle] n’était pas renouvelée, puis que je n’avais plus d’emploi », confie pour sa part Benoit Gervais, qui enseignait jusqu’à récemment la réalisation d’aménagements paysagers à Mirabel. « Pour l’année en cours, on aurait eu 16 élèves pour commencer, puis il y avait du monde sur la liste d’attente », affirme-t-il.
L’entrepreneur en aménagement paysager ne cache d’ailleurs pas sa confusion devant la raison évoquée par le ministère de l’Éducation nationale en réponse aux questions du Devoir pour justifier sa décision d’annuler ces formations. « Un surplus d’élèves débutants était observé dans les régions regroupées de Laval-Lanaudière-Laurentides, nous a-t-on indiqué par courriel. Ce constat fait partie des éléments ayant motivé la décision de ne pas accorder les autorisations demandées par le CSS des Mille-Îles. »
Or, « il n’y a pas personne qui, à la fin de l’année, cherchait un emploi. Tout le monde se plaçait, réplique Benoit Gervais. Dans mes 15 dernières années, j’ai eu chaque fois plus d’offres d’emploi dans notre région que de finissants. Les jeunes peuvent choisir pour qui ils vont travailler. »
« Au CSSMI, une telle situation ne s’était pas présentée au cours des 10 dernières années », indique pour sa part le CSS en référence à la décision de Québec de retirer ces trois formations. Il assure que ses conseillers en formation scolaire « ont accompagné les élèves qui le souhaitaient en leur offrant un soutien personnalisé afin d’explorer différentes possibilités de formation ».
« Abandonner leurs élèves »
Le Syndicat de l’enseignement des Basses-Laurentides déplore quant à lui pour sa part le manque de considération dont a fait preuve Québec en annonçant tardivement sa décision de ne pas renouveler l’autorisation de ces programmes. « C’est un peu d’oublier qu’il y a des humains en bas de ça qui ont des vies à vivre, qui sont contents de donner ces cours-là, qui ont des élèves à qui ils s’attachent et à qui ils montrent leur métier », relève sa présidente, Dominique Sauvé.
Certains d’entre eux ne réussiront sans doute pas à trouver un autre emploi en enseignement, appréhende-t-elle. « Ils perdent leur travail, puis ils ont l’impression d’abandonner leurs élèves. »
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