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Monday, November 2, 2026

Un référendum sur Trump

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Dans les annales de la politique américaine, on trouve des élections de mi-mandat de grande importance, mais on en parle peu dans la sphère publique et dans nos cours d’histoire, car notre épopée nationale est d’abord cadrée par le mandat présidentiel de quatre ans. Rares sont les présidents sortants qui se mouillent agressivement lors des midterms ; ils préfèrent se garder une distance régalienne. En tant que quasi-roi, l’occupant de la Maison-Blanche a tout intérêt à demeurer au-dessus des besoins crasseux et bornés du petit représentant — bien que membre de son parti — d’une obscure circonscription géographiquement loin de Washington, et encore plus loin des pensées intimes du commandant en chef.

Donald Trump n’est cependant pas un président ordinaire. Lors des deux derniers mois, il a parcouru le pays « comme un rat en chaleur » — pour emprunter au grand journaliste Hunter Thompson sa description du démocrate Hubert Humphrey.

Solipsiste emprisonné dans son « moi », Trump a sans doute ignoré les conseils des tacticiens professionnels lui enjoignant de laisser se débrouiller seuls les malheureux candidats républicains acculés au mur par les idioties et les crimes de leur chef de guerre. Attaque contre l’Iran, droits de douane appliqués avec une égale imprudence aux concurrents et aux alliés, vols, enrichissement massif de lui-même et de sa famille en utilisant son levier puissant de premier citoyen et construction de son propre Petit Trianon dans la salle de bal érigée sur les cendres de l’aile Est du château présidentiel.

« Fermez les yeux et prétendez que je suis sur le bulletin de vote », a déclaré le roi fou. Imaginons le désespoir des candidats coincés entre la rage démente de Trump et la colère de leurs électeurs, furieux de payer leur diesel le double du prix qu’ils le payaient avant le début du bombardement américano-israélien (et leur carburant 45 % plus cher). Si le scrutin est perçu purement comme un référendum sur Trump par l’électorat, l’opposition politique aura de quoi célébrer mardi soir.

En revanche, l’adversaire principal de Donald Trump s’appelle le Parti démocrate, et il se distingue depuis janvier 2025 par son manque d’opposition à la terreur trumpienne. Le comble de sa politesse et de sa timidité inexcusables — face au président le plus impie et autocratique de notre histoire — s’est affiché dans la faiblesse de la réponse aux deux attaques non provoquées et anticonstitutionnelles contre l’Iran, ainsi qu’à l’enlèvement illégal de Nicolás Maduro. Pire encore, peut-être, est le refus, par les chefs de file démocrates Charles Schumer et Hakeem Jeffries, d’encourager les nombreux projets d’inculpation déposés contre Trump par quatre différents représentants démocrates.

Se montrant évasif sur la question, Jeffries, chef de la minorité à la Chambre, a déclaré en avril avec une opacité exquise : « Je ne veux pas devancer cette discussion », alors qu’une nette majorité d’électeurs démocrates sondés appuyaient une procédure d’inculpation.

Quant à la guerre impopulaire contre l’Iran — mal vue également par l’électorat républicain MAGA —, Schumer, chef de la minorité au Sénat, et Jeffries se sont arrangés pour qu’aucune résolution invoquant le War Powers Act (qui, en principe, obligerait le président à demander la permission du Congrès pour continuer sa guerre) n’aboutisse à une adoption.

Là, on peut blâmer la tendance « faucon » et anti-Iran d’une puissante faction dans le caucus démocrate qui adhère à la politique étrangère des gouvernements Clinton, Obama et Biden — notamment des secrétaires d’État Hillary Clinton et Antony Blinken. Ceux-là voudraient renverser la théocratie persane autant que Trump et Nétanyahou. N’oublions jamais qu’une majorité de sénateurs démocrates a voté en 2003 pour l’invasion de l’Irak — une catastrophique guerre « préemptive » (sans parler de « libérale » et d’« humanitaire ») basée sur un mensonge qui continue de dégrader toutes nos relations extérieures.

Au fond, l’option offerte par Schumer et Jeffries, concentrée dans la répétition incessante d’un slogan banal défendant les « prix abordables », esquive l’urgence de s’attaquer à la crise trumpienne. Malgré les sondages favorables à l’opposition, je crains qu’une partie de l’électorat anti-Trump reconnaisse le cynisme des caciques démocrates (Jeffries est l’ancien collègue du frère de Schumer au cabinet d’avocats d’affaires Paul Weiss) et qu’elle s’abstienne de se présenter au scrutin, ce qui permettrait aux républicains de conserver des sièges dans les États clés.

En cas d’égalité 50-50 au Sénat, le vice-président Vance sera la voix décisive. Je ne suis pas le seul à avoir été choqué lorsque le prétendant au Sénat dans l’Ohio, le démocrate Sherrod Brown, a annoncé qu’il ne soutiendrait pas l’inculpation de Trump dans la prochaine séance du Congrès : « Il n’y a simplement aucune raison pour cela, quoi qu’il arrive aux élections de mi-mandat. »

Comment ? Quoi ? Pris dans un combat serré, Brown s’est ménagé une porte de sortie — en tant que sénateur, il n’aura pas voix au chapitre advenant une procédure d’inculpation entamée par la Chambre. Il votera seulement pour ou contre la condamnation de Trump après un procès. Or, il n’aurait pas pu faire mieux pour jeter un froid sur l’enthousiasme anti-Trump que de proposer deux ans de plus d’un voyou cinglé à la tête de la République. Si Brown reflète les pensées de Schumer-Jeffries, c’est mauvais signe. « Cela explique pourquoi tant de gens sont dégoûtés par l’opportunisme politique », a déclaré le grand Ralph Nader.

Soyons tout de même optimistes. Il y a des candidats insurgés dans les États du Michigan, du Nebraska, du Kansas et de la Floride qui veulent changer la donne à Washington et qui font campagne non seulement contre Trump, mais aussi contre tout un système qui pourrit les États-Unis. Il faut les encourager.

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