"Sans ça, ce serait l’enfer" : immersion dans des écoles à encadrement différencié

L’encadrement différencié, ce sont avant tout des moyens humains supplémentaires. Un certain nombre de "périodes" sont accordées aux écoles qui ont un indice socio-économique situé entre 1 et 5 sur une échelle de 20. En tout, près de 90 millions d’euros servent à financer des périodes de cours en plus pour ces écoles.
Plus l’indice socio-économique est faible, plus les moyens débloqués sont importants.
A l’école du Nord, certaines classes sont ainsi divisées en deux. "J’ai 12 élèves plutôt que 24" explique Sabrina Cordier, institutrice en première primaire. "Ça permet d’avoir du temps à leur consacrer. Moi, j’ai vu la différence ! Avoir une plus petite classe, ça permet de les rendre plus vite autonomes et de pouvoir consacrer du temps à chacun, voir quels sont leurs besoins, quelles sont leurs difficultés".
Il y a moins de bruit, et au moins on peut apprendre plus vite.
Les enfants opinent du chef. "Il y a moins de bruit, et au moins on peut apprendre plus vite".
"On a des enfants qui peuvent avoir des difficultés au niveau de la langue. Certains ont des troubles. Toute seule, avec 25 élèves par classe, ce n’est pas possible de faire des miracles" renchérit la directrice Isabelle Moreau.
Les écoles à encadrement différencié accueillent souvent des enfants venus d’autres pays, avec des parcours parfois semés d’embûches. A l’école Jacques Brel de Jette, de nombreux enfants sont des primo-arrivants. "Ils arrivent parfois sans parler un mot de français" explique la directrice, Sylvie Vanderhaeghen. La nécessité d’avoir un accompagnement plus personnalisé est alors encore plus criante.
Avec 25 élèves par classe, ce n’est pas possible de faire des miracles
Pour Heorgina, petite Ukrainienne de cinquième primaire arrivée en Belgique en 2022, l’aide des professeurs a été capitale. "Quand je suis arrivée, c’était trop dur. Je ne comprenais rien. Mais Madame a commencé à m’apprendre, à m’aider". Aujourd’hui, Heorgina parle français avec une aisance impressionnante.
"Les revues, ça coûte cher. Ici, tous les abonnements sont pris en charge par l’encadrement différencié […] Pour les lectures imposées, on achète les livres en 25 exemplaires. En aucun cas, nous ne demandons aux parents d’acheter les livres".
La précarité est en effet une réalité. "Les boîtes à tartines vides, on les voit !" sensibilise la directrice.
C’est redonner de l’enfance à ceux à qui ça a manqué.
Le budget permet aussi d’acheter toute une série de jeux éducatifs. "J’accueille des enfants qui viennent de partout dans le monde, des enfants primo-arrivants. Certains ont vécu dans des camps de réfugiés. Il est clair qu’ils n’avaient pas de jeux. C’est donc redonner de l’enfance aux enfants à qui ça a manqué".
Ça nous permet de les tirer vers le haut.
Dans les classes, ce matériel spécifique semble particulièrement utile aux professeurs. "Ça nous permet de rendre les apprentissages plus ludiques, surtout qu’on a un public avec un bagage lexical assez pauvre car le français n’est souvent pas leur langue maternelle. Ça apporte des supports, des images, du concret. Ça nous permet de les tirer vers le haut, le plus loin possible" sourit Amina Laksisar, institutrice en deuxième primaire.
Dans les écoles où nous avons passé du temps, les avis sont unanimes. "Si on rabote le budget de l’encadrement différencié, on va droit dans le mur" résume Isabelle Moreau, de l’école du Nord. "Tout a un coût tellement énorme, le matériel numérique, les jeux, les sorties, que sans cet encadrement différencié, ce serait compliqué de faire avancer une école en poursuivant le but que les enfants évoluent tous en même temps et au même niveau".
Ce serait une catastrophe.
L’avis est tranché : "supprimer l’encadrement différencié, ce serait une catastrophe !".
Pourtant, l’efficacité du dispositif pose question depuis plusieurs années. Certains mandataires politiques estiment que les moyens débloqués n’ont pas les effets escomptés en termes de réussite scolaire. Une analyse est d’ailleurs en cours, au niveau de l’administration générale de l’Enseignement, pour voir si le dispositif produit bien les effets attendus en termes d’amélioration des apprentissages. Les résultats de ce travail d’analyse ne sont pas encore accessibles.
Une réforme […] n’est pas à l’ordre du jour à ce stade.
Nous aurions apprécié obtenir le point de vue de la Ministre de l’Education Valérie Glatigny (MR) à ce sujet, mais la seule réponse reçue du cabinet tient en quelques mots : "Une réforme de l'encadrement différencié n’est pas à l’ordre du jour à ce stade".
L’encadrement différencié concerne un élève sur quatre en Fédération Wallonie-Bruxelles. 25% des implantations scolaires en bénéficient en primaire, et environ 35% en secondaire. En tout, près de 1000 implantations se voient octroyer des sous. Budget total : plus de 100 millions d’euros.
Même s’il ne peut, à lui seul, résoudre toutes les difficultés liées aux inégalités sociales, pour de nombreuses écoles, ce dispositif reste un levier important pour une école plus juste et plus inclusive.
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