Condamné à 18 mois de prison à la maison | Le fils d’un signaleur routier tué lance un « électrochoc » pour sensibiliser le public

Le fils d’un signaleur routier tué en 2022 par un conducteur endormi a lancé mercredi un « électrochoc » pour sensibiliser les automobilistes à la sécurité routière. Du même souffle, il a pardonné à l’homme qui a été condamné mercredi pour la mort de son père.
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« Selon tes mots, tu ne voulais pas le tuer. Pour mieux avancer dans ta rédemption, je te pardonne au plus profond de mon cœur. Toute ma famille n’est pas d’accord avec cette décision », a écrit Kevin Séguin, le fils de la victime, dans une lettre coup-de-poing.
C’est la plus belle lettre que j’ai entendue depuis que je siège.
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Kevin Seguin, le fils de la victime, au palais de justice de Longueuil
Alexy Gutierrez-Marcil, 34 ans, a plaidé coupable, l’été dernier, à une accusation de conduite dangereuse causant la mort de Marc Séguin. Il a été condamné mercredi à 18 mois de prison à la maison, le fruit d’une suggestion commune.
L’affaire est singulière. Alexy Gutierrez-Marcil ne participait pas à une course. Il n’était pas en état d’ébriété ou sur son cellulaire. Il s’est simplement endormi au volant, le 19 octobre 2022, à Carignan. À l’approche d’un chantier, sur la route 223, il a foncé sur Marc Séguin, un signaleur routier.
Si le dossier a pris une tournure criminelle, c’est parce que Alexy Gutierrez-Marcil savait qu’il « cognait souvent des clous au volant » en raison de son apnée du sommeil. Il avait d’ailleurs eu un accident de la route le mois précédent en raison de sa condition. Il en avait parlé avec son médecin, mais n’avait pas reçu de traitement.
Autrement dit, Alexy Gutierrez-Marcil a pris la décision « éclairée » de prendre le volant malgré une « fatigue persistante », a résumé le procureur de la Couronne, Me Martin Reid.
J’espère que cette cause servira d’électrochoc pour sensibiliser tous les conducteurs à l’importance absolue de la prudence et de la vigilance et de la responsabilité au volant. La fatigue et les conditions de santé non traitées ne sont pas des excuses lorsqu’elle coûte la vie à quelqu’un. Mon père ne reviendra pas.
Marc Séguin est un « symbole »
PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
La voiture de l’accusé a percuté de plein fouet la victime et a terminé sa course derrière un camion.
Marc Séguin a été décrit par ses proches comme un homme « honnête », un travailleur « dévoué » et un homme avec des valeurs fortes. « Il pratiquait un métier essentiel pour assurer la sécurité des autres », a rappelé son fils.
Il allait simplement faire son travail, il méritait de rentrer à la maison. Je souhaite que la sécurité des travailleurs soit importante, car derrière chaque travailleur, il y a une famille. Mon mari n’était pas simplement un travailleur, il était un compagnon de vie.
La mort de Marc Séguin a « profondément ébranlé » les signaleurs routiers du Québec, a affirmé dans une lettre Yves Picard, le représentant d’une association de signaleurs routiers.
« Son nom est devenu le symbole d’une réalité que nous dénonçons : le manque de vigilance, l’impatience et l’insouciance de certains conducteurs à l’approche des zones de travaux », a-t-il affirmé, rappelant que de nombreux signaleurs routiers ont été tués dans les dernières années.
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Plusieurs signaleurs routiers étaient présents mercredi au palais de justice.
Cette affaire a même eu pour effet de sensibiliser le juge Marc-Antoine Carette.
Ce matin, je passais par le boulevard Jacques-Cartier [à Longueuil]. Il y avait des travaux. Il y a une prise de conscience quand on sait qu’il y a des conséquences tragiques et funestes de notre conduite. J’y ai pensé en m’en venant.
« Ce n’est pas juste dans les publicités de la Société d’assurance automobile où des acteurs font semblant de mourir. Il y a de vrais gens qui meurent », a aussi déclaré le juge.
La Couronne et la défense ont présenté une suggestion de peine de 18 mois d’emprisonnement dans la collectivité. Ils ont mis l’accent sur le plaidoyer de culpabilité du délinquant, son risque quasi nul de récidive et ses remords sincères. Ils ont aussi considéré le fait que la défense souhaitait déposer une requête en exclusion de preuve.
Alexy Gutierrez-Marcil a pris la parole pour reconnaître sa responsabilité et s’excuser aux proches de la victime.
« La plus grosse peine de M. Gutierrez ne prendra jamais fin. Il devra vivre à jamais avec, sur la conscience, la responsabilité des gestes qu’il a commis », a conclu son avocat, Me Gunar Dubé.
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