Les permis d’alcool du T-Rapie Bar suspendus durant 21 jours

Passé minuit, le 22 mars 2024. Les policiers du groupe Éclipse du SPVM, spécialisés dans la surveillance des bars et la collecte de renseignement sur le crime organisé, constatent que plusieurs véhicules reliés à des individus d’intérêt sont garés sur le boulevard Saint-Laurent, près de la rue de Bellechasse, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.
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Une dizaine de patrouilleurs font alors irruption dans le bar T-Rapie où une fête rassemble une cinquantaine de personnes. Dans un coin, les agents observent cinq membres des Marauders, un club-école des Hells Angels. Parmi eux, l’ancien chef de gang Jean-Philippe Célestin dont le frère, Brandon Jean, a été assassiné par balles un mois plus tôt, à quelques rues de là.
Les haut-parleurs crachent soudainement la chanson Fuck the police du groupe rap N. W. A. Les policiers croient qu’un des clients est armé et l’invitent à sortir. Les esprits s’échauffent. Une quinzaine de clients suivent les policiers à l’extérieur. Du poivre de cayenne est utilisé pour ramener le calme.
Pas un hasard
« Pris isolément, un choix musical ne constitue pas un manquement à la législation. Cependant, dans le contexte de l’ensemble de la preuve, il est difficile de croire que c’est un hasard et que ladite pièce musicale n’a pas sciemment rejailli du système acoustique dans un but autre que d’intimider les forces de l’ordre », écrit le juge administratif Marc Savard dans une décision que vient de rendre la Régie des alcools, des courses et des jeux relativement au contrôle de l’exploitation du bar. Il est utopique de penser qu’aucune problématique ne surgira dans les bars.
Cela dit, la collaboration attendue exige toutefois qu’une titulaire et son personnel ne nuisent pas à une intervention, qu’ils demeurent disponibles, qu’ils identifient clairement la personne responsable, qu’ils rappellent aux clients de ne pas s’interposer, qu’ils n’entravent pas les accès et qu’ils ne tolèrent pas une ambiance de provocation ou d’hostilité envers les policiers. Le 22 mars 2024, le personnel n’a pas joué ce rôle », ajoute le juge.
La première fois que Jean-Philippe Célestin a été vu par les policiers portant sa veste des Marauders, c’était au bar T-Rapie en mars 2024.
PHOTO COURTOISIE
Jean-Philippe Célestin vu pour la première fois avec sa veste des Marauders.
« […] Il n’est pas fortuit ou anodin que Jean-Philippe Célestin soit aperçu en public pour la première fois avec une veste “full patch” d’un club-école des Hells Angels », souligne encore le juge Savard.
Celui-ci rappelle que Québec vient d’adopter une loi interdisant aux Hells Angels d’afficher leurs couleurs et que leurs clubs subalternes pourraient eux aussi être bientôt visés par la nouvelle législation.
« Le Tribunal n’applique pas cette législation à la présente décision, puisque les faits reprochés sont antérieurs à son adoption. Il sera néanmoins intéressant de suivre l’évolution de ces mesures, de leurs interprétations ainsi que de leurs applications dans le futur », écrit-il.
L’erreur de sa vie
Durant d’autres visites, les policiers ont découvert que du jeu illégal se déroulait dans le bar, ont observé d’autres individus reliés au crime organisé et constaté que des gens y vapotaient, notamment le propriétaire lui-même « Je m’en ca…, c’est mon bar », a lancé celui-ci aux policiers.
Le juge suspend les permis d’alcool du bar pour une période de 21 jours, mais dans les faits, la sanction est de trois jours, car le T-Rapie est ouvert une fois par semaine.
Dans sa décision, le juge a considéré d’autres faits aggravants, notamment qu’il n’y a pas de sécurité dans le bar et que le propriétaire lui-même s’est impliqué dans certains évènements.
« En refusant de collaborer calmement à une intervention pour une infraction, il compromet le maintien de la civilité dans son propre établissement. Si le titulaire, M. Stark, ne respecte pas l’intervention policière, il est peu réaliste d’attendre que sa clientèle le fasse », note le juge qui rappelle que la Régie avait déjà averti l’ancienne administration « qu’elle devait respecter ses obligations, pour ne pas que son rêve se transforme en cauchemar, et que la collaboration avec les services policiers est primordiale ».
Le juge s’est tout de même rendu à certains arguments du propriétaire qui a étonnamment déclaré que l’aventure du T-Rapie était la « pire erreur de sa vie ».
Avec la collaboration de Philippe Teisceira-Lessard, La Presse
Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.
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