Dix enfants morts en trottinette ou en vélo électrique au Canada en 2025

De nouvelles données mettent en évidence à quel point les trottinettes électriques et les vélos électriques peuvent être dangereux pour les enfants au Canada.
Dix enfants sont décédés à la suite de l'utilisation de ces engins électriques en 2025, dont six en Ontario, selon le Programme canadien de surveillance pédiatrique (PCSP).
Douze autres patients ont été admis en soins intensifs et 26 ont été hospitalisés pendant plus de deux jours.
L'an dernier, le nombre total de blessures graves liées aux trottinettes et vélos électriques ayant entraîné des hospitalisations prolongées, des admissions en soins intensifs ou le décès de patients pédiatriques s'élevait à 57.
Ces données figurent dans le rapport annuel du PCSP, publié conjointement jeudi par l’Agence de la santé publique du Canada et par la Société canadienne de pédiatrie. Les chercheurs ont interrogé 800 médecins de terrain pour recueillir ces informations.
Une ampleur sans précédent
Ce rapport est l’un des premiers à mettre en évidence l’ampleur nationale des blessures graves chez les jeunes.
Il ne comprend pas de données des années précédentes, mais les chiffres de l’Institut canadien d’information sur la santé publiés il y a un an montrent que les hospitalisations liées aux trottinettes électriques chez les enfants âgés de 5 à 17 ans étaient passées de 33 en 2022-2023 à un total de 53 l'année suivante.
Ces résultats décourageants n’ont pas surpris les médecins des services d’urgence et des centres de traumatologie de tout le pays, qui ont constaté une hausse spectaculaire des blessures liées à ces engins de micromobilité motorisés, parmi lesquels figurent également les planches à roulettes électriques, les monocycles électriques et les gyroplanches.

Xavier James Trudeau, le fils de Justin Trudeau, a récemment publié une vidéo promotionnelle pour une marque de trottinettes électriques, dans laquelle il ne porte pas de casque et roule sur les trottoirs de Mont-Royal.
Photo : Instagram / Compte de «Xav Trudeau»
L’âge minimum requis pour conduire ces engins est de 16 ans dans la plupart des provinces, mais près de 80 % des cas concernaient des enfants de moins de 16 ans, ce qui souligne la nécessité d’une meilleure coordination des politiques et d’une sensibilisation du public afin de communiquer clairement les lois en vigueur, indique le rapport.
En tant que médecin urgentiste pédiatrique à l’Hôpital pour enfants malades de Toronto, le Dr Daniel Rosenfield passe rarement une garde sans voir un cas de blessure liée à une trottinette électrique, une augmentation qui, selon lui, a été presque exponentielle
au cours des dernières années.
Le médecin précise que ces blessures ne sont pas seulement de fractures aux membres : près de la moitié des cas recensés dans ces nouvelles données concernaient un traumatisme crânien pouvant entraîner une hémorragie cérébrale, une fracture du crâne ou une commotion cérébrale. La neurochirurgie était l’intervention la plus courante qu'il a observée après les accidents.
Je pense que nous venons d’atteindre un point de basculement où la disponibilité de ces engins et leur popularité ont tout simplement dépassé tout ce que nous avions connu auparavant.
Le problème actuel, c’est que l’on a affaire à un engin commercialisé comme un jouet, mais qui est en réalité un véhicule motorisé à grande vitesse utilisé par des enfants
, a mentionné le Dr Rosenfield, qui souligne que ces trottinettes peuvent atteindre 45 km/h.
Des règles différentes d'un endroit à l'autre
Les réglementations actuelles concernant les trottinettes et les vélos électriques, qui varient selon le lieu de résidence et le type d’engin utilisé, a également semé le flou et la confusion chez les Canadiens quant aux lois en vigueur, selon le Dr Rosenfield.
En Ontario, des villes comme Brampton et Mississauga participent à un programme pilote sur les trottinettes électriques qui autorise les utilisateurs âgés de 16 ans et plus à rouler à une vitesse maximale de 24 km/h. Toronto, la ville voisine, a toutefois interdit les trottinettes électriques sur les voies publiques, les trottoirs et les allées des parcs, bien que de nombreuses personnes ignorent ce règlement municipal.
À l’inverse, en Alberta, il est interdit de circuler avec une trottinette électrique personnelle sur les routes ou les trottoirs, mais il est possible d’en louer une à Edmonton et à Calgary, où opèrent des prestataires agréés.
Je pense qu’au niveau provincial, on pourrait très clairement mettre en œuvre des stratégies cohérentes dans toute la province
, a avancé le Dr Brian Rowe, qui travaille aux urgences et dans les services de soins d’urgence à Edmonton en Alberta.

Dans les dernières années, plusieurs villes dans le monde ont imposé des règles pour encadrer les trottinettes électriques.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Le Québec a récemment prolongé jusqu’en 2028 son projet pilote sur les trottinettes électriques, qui autorise les utilisateurs dès l’âge de 14 ans à prendre le guidon et à circuler à des vitesses pouvant atteindre 25 km/h. L’âge minimum en Nouvelle-Écosse est également fixé à 14 ans.
Depuis que le Québec a lancé son projet pilote en 2023, les blessures liées aux trottinettes et aux vélos électriques ont été multipliées par 10 au Centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants, a précisé Deborah Friedman, directrice du service de traumatologie de l’hôpital.
Elle a fait savoir que la plupart des cas ne comprenaient pas de voitures et résultaient du fait qu’une personne avait été éjectée de son engin roulant à grande vitesse sur la chaussée. Mme Friedman a affirmé que sa plus grande préoccupation était que près de 60 % des enfants blessés et admis à son hôpital cette année avaient moins de 14 ans.
Elle milite pour que le Québec relève au moins l’âge minimum à 16 ans, même si elle estime que cet âge est encore trop bas. Selon elle, il faut aussi des règles plus strictes et une meilleure application de l’obligation du port du casque, qu’elle constate souvent mal attaché ou mal ajusté chez les patients admis pour des fractures faciales, telles que des mâchoires cassées.
Elle souhaite également que les détaillants assument davantage leurs responsabilités quant au rôle qu’ils jouent dans la commercialisation de ces produits auprès des enfants.
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