Il avait les acteurs, il avait les scénarios, et pourtant George Lucas a choisi de ne jamais tourner son ultime trilogie Star Wars
Le musée de George Lucas ouvre ses portes ce mardi 22 septembre à Los Angeles. Dans une interview à CBS, le cinéaste explique qu’il a renoncé à trois nouveaux films Star Wars pour le bâtir.
À 80 ans passés, certains cinéastes tournent encore pour le meilleur comme pour le pire. C’est le cas de réalisateurs de renom comme Martin Scorsese ou Ridley Scott. D’autres ont préféré passer la main depuis longtemps. C’est le cas de George Lucas, qui s’est largement éloigné de l’industrie du cinéma à partir de 2012, année où il a fêté ses 68 ans.
Le fait est, cependant, qu’il aurait pu continuer à développer l’œuvre de sa vie, Star Wars. C’est ce qu’il a confié à CBS Sunday Morning, au cours d’un entretien avec la journaliste Norah O’Donnell. Le problème, c’est qu’il avait un autre projet qui lui tenait énormément à cœur : faire émerger un musée, le Lucas Museum of Narrative Art.
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L’impossible cumul : faire émerger un musée ou tourner trois nouveaux Star Wars
Et comme il l’a volontiers reconnu à son interlocutrice, alors que sa femme Mellody Hobson se tenait à ses côtés, il lui semblait impossible de mener ces deux fronts en même temps. Lorsqu’il décide en 2012 de vendre la saga Star Wars à Disney, pour 4 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros), George Lucas approchait déjà des 70 ans.
Surtout qu’on ne parle pas simplement d’un septième film Star Wars (car il n’en existait que six à l’époque). George Lucas caressait depuis longtemps l’espoir de créer une troisième trilogie sur la famille Skywalker (les épisodes VII, VIII et IX). Il avait certes déjà commencé à travailler dessus, mais le tout était resté au stade précoce de la pré-production.
« j’ai réalisé que le temps commençait à me manquer »
George Lucas
« Quand j’ai entrepris ce projet de musée, j’ai décidé de prendre ma retraite du cinéma. C’était une décision importante, car j’avais encore trois autres Star Wars à faire. Mais j’ai réalisé que le temps commençait à me manquer », a-t-il expliqué. Or, il avait déjà bien en tête l’idée de faire un musée. C’était d’ailleurs public depuis au moins 2014.
George Lucas devait déjà se douter, à l’époque, du chantier pharaonique qui l’attendait : trouver le terrain idéal pour bâtir le musée, obtenir les autorisations nécessaires, amasser les œuvres qui figureront à la collection, valider le design proposé par un architecte, lancer la construction et régler les mille autres dossiers relatifs au projet.
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Treize ans de chantier et un milliard de dollars pour bâtir un monument pérenne
Si l’idée traîne depuis le début des années 2010, la première pierre n’a toutefois été posée qu’en mars 2018. Le musée a en plus changé deux fois de ville, de San Francisco à Chicago, puis Los Angeles. De fait, jusqu’à l’ouverture effective du musée au public, le mardi 22 septembre, à Exposition Park, c’est une aventure qui a pris au moins 13 ans.
Un choix d’autant plus logique pour le cinéaste qu’il y voit une forme de pérennité que le septième art n’offre pas : si un film ne fait l’événement que quelques semaines en salle avant de céder sa place, un monument ancré dans le béton est pensé pour traverser les siècles – ce qui peut cependant se discuter, car l’œuvre elle-même peut survivre au temps qui passe.

Le projet a coûté près d’un milliard de dollars de la poche de Lucas (environ 870 millions d’euros) et rassemble plus de 40 000 œuvres consacrées à l’art narratif, de la peinture à la bande dessinée. Le budget a d’ailleurs gonflé au fil des années. Celui-ci était évalué au départ aux alentours des 700 millions de dollars (environ 610 millions d’euros).
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Lucas Museum of Narrative Art n’est pas un temple seulement dédié à la Force – comprendre, à Star Wars. En réalité, les œuvres reliées à la saga galactique ne représentent qu’à peine 7 % de tout ce qui est exposé. Le reste tourne autour d’autres sujets, parfois assez éloignés de George Lucas.
Le cinéaste était donc fort occupé. Sur un plan plus personnel, c’est aussi à cette époque qu’il a finalement épousé Mellody Hobson, en 2013, année où ils ont également eu un enfant. Aurait-il pu enchaîner après le musée sa fameuse trilogie ? « J’ai 82 ans, il y a donc une limite », a lâché l’intéressé lors de sa discussion avec Norah O’Donnell.
D’autant que George Lucas est incapable de faire les choses à moitié ou de déléguer, selon Mellody Hobson justement : du choix des matériaux au sol jusqu’à la lumière éclairant les cartels des œuvres, il a tout contrôlé lui-même. Mener en parallèle une trilogie de cette ampleur avec le même degré d’exigence relevait de l’impossible.
Une vision mise de côté par Disney et le regret d’un Star Wars à jamais perdu
Mais avant de passer le flambeau, George Lucas avait quand même rédigé des ébauches scénaristiques de ces épisodes et avait aussi obtenu le retour du trio historique : Harrison Ford, Mark Hamill et Carrie Fisher. Mais Disney a préféré faire table rase (tant pis pour les ébauches) et prendre une tout autre direction créative pour la trilogie sortie en salles entre 2015 et 2019.
Sans doute y a-t-il eu chez George Lucas une frustration de constater que ses idées n’ont pas été reprises par Disney quand le studio a fait appel à des cinéastes pour relancer Star Wars.

Cela explique peut-être pourquoi il a dit avoir pris ses distances avec la nouvelle trilogie. Une façon, peut-être, de se prémunir de la déception de voir une saga partir dans une direction ne correspondant pas à sa vision, et qu’il valait finalement mieux se tenir éloigné de la nouvelle franchise, pour ne pas subir l’agacement de n’avoir plus aucun contrôle sur la licence.
Cette contrariété traverse-t-elle encore parfois l’esprit de George Lucas ? Il est difficile de le dire, mais peut-être que l’affaire est entendue. L’arbitrage, en tout cas, a été fait depuis longtemps : il a préféré bâtir une institution culturelle de 40 000 œuvres plutôt que de tourner une trilogie de plus, sans certitude de l’accueil qu’elle aurait reçu, car les relations avec les fans n’ont pas toujours été très sereines.
Les fans de Star Wars, eux, en sont quittes pour imaginer ce qu’aurait pu être la conclusion de la saga sous le regard de son créateur originel. On ne le saura jamais vraiment.
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