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Wednesday, September 16, 2026

Comment les programmes d’information audiovisuels belges parlent-ils de l’environnement ? Voici les résultats du baromètre de Quotaclimat

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Un été brûlantDurant la première vague de chaleur, du 17 au 28 juin, les médias nationaux francophones ont consacré jusqu’à 15,7% de leur temps d’antenne d’information aux enjeux environnementaux, dépassés par les chaînes de télévision régionales du sud du pays (16,5%) qui ont consacré jusqu’à 16,5% de leur temps d’antenne d’information aux enjeux environnementaux.

Et maintenant ? Mettra-t-on en veilleuse l’information sur l’environnement et le climat, jusqu’à la prochaine grand-messe climatique mondiale, la COP31, en novembre ? Attendra-t-on le prochain épisode d’inondations, de vague de chaleur ou d’incendies pour constater, à nouveau à moitié stupéfaits, l’impact du changement climatique sur nos vies ?

La presse fait-elle bien son travail lorsqu’elle met le zoom sur l’instant des crises, sans les remettre en contexte et en faire comprendre les tenants et aboutissants ? Le baromètre existe désormais pour analyser ce traitement de l’information environnementale dans l’information audiovisuelle belge.

Analyse des programmes d’information

Durant 6 mois, entre février et juillet 2026, l’équipe de Quotaclimat a analysé les programmes d’information diffusés sur 26 chaînes de radio et télévision francophones et néerlandophones, publiques et privées, nationales et régionales. Il s’agit d’une initiative du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et du SPF Santé publique. Ce baromètre répond aussi à une demande du ministre fédéral du climat, Jean-Luc Crucke (Les Engagés).

L’analyse porte sur le volume de couverture de l’information environnementale, mais aussi son traitement médiatique : quelle part accordée aux solutions, aux causes, aux conséquences ? Dans quelle mesure le constat scientifique du réchauffement climatique est-il relayé ?

Pour réaliser cette analyse, l’équipe de Quotaclimat a examiné la retranscription automatique des programmes, puis détecté et répertorié des mots-clefs sous forme de catégories. Ces mots-clefs sont issus d’un dictionnaire construit à partie, notamment du travail du groupe d’experts du GIEC et d’autres documents de référence belges.

Vagues de chaleur, vagues médiatiques

L’outil de mesure présente des limites, mais il a le mérite d’exister. Il met en évidence un certain nombre de constats, comme le fait que les enjeux environnementaux peinent à s’imposer durablement dans l’actualité en dehors des événements climatiques extrêmes comme les incendies ou les vagues de chaleur.

Ainsi, durant les mois de juin, juillet et août dernier, la couverture médiatique a progressé de 144% dans les médias francophones, par rapport au début de l’année, et de 94% du côté néerlandophone. D’après le Baromètre, ceci traduit une couverture encore très réactive, associée aux épisodes de vague de chaleur : en juin, durant la première vague, les données révèlent un boom du temps d’antenne hebdomadaire sur les médias francophones (au-delà de 15%, entre le 22 et le 28 juin). L’attention est retombée rapidement après l’événement, avant de rebondir lors de la deuxième vague de chaleur.

© Baromètre de l’information environnementale

© Baromètre de l’information environnementale

Médias de proximité en tête, sur fond de différences nord sud.

Du côté francophone, à la télévision, la couverture est légèrement supérieure au sein des chaînes publiques (7,2%) que privées (6,7%). En radio, l’écart est plus marqué : 5,5% dans les médias publics, contre 3,7% pour les radios privées.

Les médias de proximité sortent du lot : ce sont eux qui ont consacré en moyenne la plus grande partie du temps d’antenne aux enjeux environnementaux : 7%, contre 5,4% pour les médias nationaux. L’écart est encore plus prononcé pour les enjeux portant sur la biodiversité : les médias régionaux y consacrent 4,5% de leur temps d’antenne, contre 3% pour les médias nationaux.

© Tous droits réservés

Arnaud Benoits, responsable datas chez Quotaclimat, avance un biais et une piste d’explication. "On va avoir des médias de proximité pour lesquels on ne va regarder que le JT quotidien, donc quelques heures hebdomadaires d’informations. On a d’autres médias du périmètre, par exemple La Première, où on vient monitorer 40 heures d’informations. Déjà, les volumes ne sont pas les mêmes, ce qui peut expliquer une première part de différence."

Beaucoup d’initiatives locales

"Et une deuxième, c’est qu’il semblerait, notamment sur les sujets de biodiversité, que les médias de proximité mettent dans leur programme d’information beaucoup d’initiatives locales, très visuelles, et ça se ressent dans les chiffres, où ils ont une couverture des sujets biodiversité plus élevée que des sujets climat, qui ont, eux, peut-être une emprise plus nationale voire internationale."

Selon qu’on examine le temps d’antenne des médias audiovisuels francophones ou néerlandophones, la part de la couverture médiatique des enjeux environnementaux passe du simple ou double : en moyenne, elle représente 5,4% dans le sud du pays, contre 2,3% dans le Nord.

Parmi ces enjeux, c’est le changement climatique qui est la thématique la plus couverte, suivi de la biodiversité. Les questions relatives aux ressources naturelles demeurent les moins traitées, même si la guerre en Iran a ravivé l’intérêt pour l’actualité énergétique.

Combien ? Le temps d’antenne, en détail

Les données globales francophones et néerlandophones cachent des réalités assez différentes selon les médias analysés :

  • Pour les médias nationaux du côté francophone, c’est La Une (RTBF) qui arrive en tête avec 7,2% de couverture moyenne, juste devant la chaîne radio publique Vivacité (6,6%). La chaîne privée RTL-TVI suit de près avec 6,5%.
  • Pour les médias régionaux francophones, c’est MATELE, la télévision de proximité basée dans l’entité de Rochefort et couvrant l’arrondissement de Dinant, qui arrive en tête (9,8% de temps d’antenne moyen) devant TVLUX (8,9%) et CANAL ZOOM, le média de proximité de Gembloux (7,8%).

Comment ? Ce que les médias disent de l’environnement

Du côté francophone, le traitement de la crise climatique est surtout centré (en dehors des mois d’été où se sont déroulés des événements climatiques extrêmes) sur le constat du changement climatique (37% des occurrences).

© Baromètre de l’information environnementale

Du côté néerlandophone, ce sont les solutions qui occupent le premier plan (même score), alors qu’elles n’apparaissent qu’en 2e lieu dans les médias francophones (30%). Viennent ensuite les causes du changement climatique (21%) au sud du pays, et enfin, les conséquences (12%).

© Baromètre de l’information environnementale

L’épisode des vagues de chaleur

Durant les vagues de chaleur de l’été 2026, les solutions d’adaptation ont occupé la plus grande partie des séquences. Les conséquences immédiates de ces épisodes ont pris une plus grande place que sur la moyenne antérieure, montant de 12 à 40%.

En ce qui concerne ces solutions, la part consacrée aux pistes d’adaptation a progressé, de 5 à 8%, durant cette période. Cependant, la couverture évoquant des solutions d’adaptation diminue avec le temps, après une couverture très élevée lors de la première vague.

© Baromètre de l’information environnementale

© Baromètre de l’information environnementale

Les solutions comme la climatisation ont concentré l’attention en représentant la grande majorité des solutions présentées, alors que "d’autres mesures pourtant largement recommandées par la communauté scientifique, telles que l’isolation des bâtiments, la végétalisation des villes ou encore la ventilation passive, restent relativement peu présentes dans la couverture médiatique", dit le baromètre.

© Tous droits réservés

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L’épisode des incendies dans les Hautes Fagnes

Durant les incendies du mois d’août, et en particulier durant la phase de la fin du mois, les causes humaines ont été les plus mentionnées, pour expliquer les incendies dans les Hautes Fagnes, loin devant la sécheresse, et surtout les causes plus structurelles du changement climatique ou de la gestion des forêts, qui restent, elles, peu abordées.

Dans la grande majorité des séquences (80%), pendant la phase aiguë, les efforts mobilisés par les pompiers pour lutter contre les incendies sont le cœur du propos. Les solutions structurelles (gestion des forêts, restauration des zones humides, prévention de départ de feu, atténuation du changement climatique) sont peu abordées, dans moins de 5% du temps d’antenne.

Arnaud Benoits, de Quotaclimat : "Pour les vagues de chaleur, on a beaucoup parlé des solutions. Cependant, ce débat et ces discussions se sont focalisés et polarisés autour de la climatisation, qui a occupé l’immense majorité des séquences à propos des solutions, là où d’autres solutions plus structurelles ou fondées sur la nature, comme la végétalisation des villes ou la rénovation thermique des bâtiments, ont été moins abordées. On voit la même chose sur le traitement des incendies, où les causes directes à l’origine des départs de feu, qu’elles soient un accident ou volontaire, ont beaucoup été évoqués, moins les causes structurelles, la sécheresse, le changement climatique."

La biodiversité : aller au-delà des constats

Le baromètre souligne que la couverture médiatique de la biodiversité repose surtout sur la description générale : un constat général de la crise, qui représente entre 43% et 53% des occurrences selon les médias analysés.

Les causes de l’érosion de la biodiversité occupent nettement moins de place (entre 26% et 41%) mais augmente lors des références aux événements extrêmes de l’été (vagues de chaleur, sécheresse, incendies).

Moins présente encore, les solutions (entre 11% et 18% des occurrences), qui sont cependant plus soulignées dans les médias francophones régionaux.

En revanche, précise le baromètre, "les conséquences concrètes de la perte de biodiversité demeurent peu visibles dans la couverture médiatique" (moins de 5%). "Les impacts potentiels sur la sécurité alimentaire, les ressources en eau, la santé humaine, le fonctionnement des écosystèmes ou encore l’aggravation des conséquences du changement climatique sont relativement peu abordés."

Pistes de réflexion

Le Baromètre dépasse les constats et examine des pistes qui pourraient être abordées à l’avenir par les rédactions, parmi lesquelles :

  • Ouvrir des espaces récurrents et identifiés, comme une chronique, non liée à l’actualité chaude ;
  • Anticiper les séquences prévisibles comme les vagues de chaleur, les périodes de forte pollution, les échéances climatiques.
  • Renforcer le décryptage à froid des causes et des solutions
  • Assurer de la formation continue dans les rédactions et dans leur management et renforcer la transversalité de la couverture à travers l’ensemble des rubriques.
  • Favoriser le journalisme de solutions

À terme, le baromètre sera étendu à la presse écrite, aux médias numériques et aux réseaux sociaux, non encore inclus dans cette première analyse.

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