Laeken : la maison supposée de Blanche Delacroix, dernière épouse de Léopold II, est à vendre

Un très long mur de briques et de béton. Dans le quartier, tout le monde sait que cette barrière marque la séparation arrière avec le domaine royal de Laeken. Nous sommes le long de la rue des Palais Outre-Ponts où, au 430, se dresse la "Villa Mésanges". Son style néo-renaissance flamande, sa disposition en triangle, ses motifs, ses deux entrées, ses lucarnes et ses cartouches en façade – comme celui indiquant son année de construction, 1887 – la rangent dans une autre catégorie architecturale parmi toutes les autres constructions de cette ancienne artère de l’entité. Une demeure de caractère de 320 mètres carrés et 11 chambres qui est aujourd’hui mise en vente pour 790.000 euros.
Mais dans ce quartier, il ne nous faut que quelques minutes pour tomber sur un voisin qui n’ignore pas l’autre grande particularité de la maison. Vincent, néerlandophone, habite juste à côté et nous dit : "Je connais un peu l’histoire de cette maison, en tout cas ce qui se dit… On dit qu’elle a été construite pas le roi Léopold II pour l’une de ses maîtresses. Il paraît qu’il y a même un tunnel qui passe sous la rue et qui va du domaine de Laeken jusqu’à la maison… Une histoire un peu mystérieuse…"
Mais s’agit-il d’une rumeur ? Et de quelle maîtresse parle-t-on quand on sait que Léopold II collectionnait les aventures ? Selon Century 21 Immo Dewaele, l’agence immobilière en charge de la vente, la maison aurait été "construite […] par le roi Léopold II pour, selon la rumeur, Blanche Delacroix, la baronne de Vaughan". Cette présentation figure d’ailleurs sur l’annonce en ligne.
Qui est Blanche Delacroix ? Née à Bucarest en Roumanie, Blanche Zélie Joséphine Delacroix rencontre Léopold II en 1899, dans le hall d’un hôtel chic à Paris, l’Elysée Palace. Le souverain a 65 ans, elle… 16 ans seulement. Elle entretenait alors une relation avec un certain Antoine Durrieux, traînant une réputation de proxénète !
Cela n’empêche nullement le roi des Belges, homme à femmes, de succomber à l’adolescente. "Léopold se satisfait d’aventures mais quand il rencontre Blanche, son cœur endurci fond", raconte sur son site Internet l’APPL, l’association des Amis et Passionnés du Père Lachaise, cimetière où est inhumée Blanche Delacroix. "Elle est si jeune, si blonde. Il se cache mais n’hésite pas. Blanche l’accompagne dans tous ses déplacements. Mais ils ne s’adressent jamais la parole en public, ils s’installent dans les mêmes hôtels mais font chambre à part. Ils dînent ensemble mais chacun à sa table."
Le Roi était sujet à moqueries avec cette relation
Blanche est donc bien plus qu’une maîtresse d’un soir, c’est la favorite attitrée et même officielle du roi bâtisseur. Et peu importe le scandale. "Cette information a très vite été répandue dans toutes les cours européennes", nous précise Pierre De Vuyst, journaliste au "Soir Mag" et spécialiste des monarchies. "Le Roi était sujet à moqueries. Et même la reine Marie-Henriette, l’épouse du Roi, a très vite été informée de l’affaire. En tout cas, Blanche était sa préférée qu’il aimait appeler 'Très belle' et elle l’appelait parfois "Très vieux'."
Le Roi va combler Blanche de cadeaux : bijoux, diamants, titres, propriétés comme la villa des Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat dans le sud de la France, la Ville Vanderborght (aujourd’hui démolie) face au domaine de Laeken, la Villa Caroline à Ostende, le château de Balincourt dans le Val d’Oise… La presse anti-royaliste et socialiste n’hésite d’ailleurs pas à cette époque à tirer à boulets rouges sur un roi qui, écrit-on, fait de sa belle, qualifiée de "putain", une femme richissime grâce au sang versé par les Congolais dans les exploitations de caoutchouc, d’ivoire et de pierres précieuses.
"Blanche de Lacroix va d’ailleurs être élevée au titre de baronne de Vaughan à la naissance de son premier enfant (NDLR : elle en aura même deux, Lucien et Philippe, avec Léopold II). Ce n’est pas un titre officiel mais elle l’a quand même gardé", poursuit Pierre De Vuyst. "Quand le Roi est mort, il ne l’a pas laissé sans rien mais elle a tout dilapidé très rapidement."
Une mort, le 17 décembre 1909, après un mariage célébré trois jours auparavant – la reine Marie-Henriette est elle décédée en 1902. Pierre De Vuyst : "Le Roi va épouser Blanche Delacroix, sur son lit de mort, de manière morganatique", c’est-à-dire sans titre officiel attribué à son épouse ni à leurs enfants. Lucien sera toutefois fait duc de Tervueren et Philippe comte de Ravenstein.
Une rumeur plus que tenace
Lorsque le Roi s’éteint, Blanche va retrouver Antoine Durrieux avec lequel elle se marie en 1910. Antoine va d’ailleurs adopter Lucien et Philippe (qui décède à l’âge de 7 ans).
Blanche Delacroix décède en 1948. Elle racontera sa vie dans un livre "Presque Reine, mémoires de ma vie".
Quant à la "Villa Mésanges", la date de construction, 1887, ne correspond en tout cas pas à l’année de la rencontre entre Blanche Delacroix et le Roi. "Mais cela ne veut pas dire que le Roi ne l’a pas logée à cette adresse pendant un temps", avance Pierre De Vuyst qui a déjà visité la maison par le passé. "Cette rumeur selon laquelle Blanche Delacroix a vécu au 430 de la rue des Palais Outre-Ponts est plus que tenace. Comme une autre rumeur circulant plus tard disant que la maison est devenue un hôtel de passe…"
Quant à l’éventuel tunnel ayant permis de réunir les deux amoureux, Pierre De Vuyst nous explique ne pas avoir pu "vérifier son existence". Mais une autre hypothèse est sur la table : juste en face de la villa, le mur d’enceinte présente une légère transformation, comme si une entrée avait été refermée par des briques. Et si c’était par cette ouverture que le Roi rejoignait Blanche ?
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