Canada | Carney à l’écoute des provinces autonomistes

(Ottawa) La balle est désormais dans la cour du gouvernement de Mark Carney. Et les signaux qu’envoie le premier ministre indiquent qu’il ne veut pas rater le retour de service, ou encore s’empêtrer dans les lignes du terrain par manque de concentration.
Publié à
Pour éviter les pénalités coûteuses, il dit vouloir mettre de l’avant sa recette, le « fédéralisme coopératif », en y ajoutant une dose de pragmatisme.
Les Albertains ont clairement fait savoir lors du référendum de lundi qu’ils rejettent l’idée de poursuivre toute démarche vers l’indépendance de leur province. Du même souffle, ils ont majoritairement exprimé le désir de voir l’Alberta obtenir d’Ottawa une plus grande voix au chapitre sur les politiques d’immigration.
Cinq des dix questions posées aux Albertains lors de la consultation populaire portaient sur l’immigration. Une majorité des électeurs estime que l’Alberta doit pouvoir exercer un plus grand contrôle sur l’immigration en privilégiant notamment l’immigration économique.
Ils ont aussi dit oui à l’idée que la province puisse imposer des limites quant à l’accès aux programmes sociaux comme la santé et l’éducation et puisse exiger des frais aux personnes ayant un statut d’immigrant non permanent et résidant en Alberta, pour l’utilisation par elles-mêmes et leur famille des systèmes de santé et d’éducation. Reste à voir si de telles mesures, si elles étaient adoptées, passeraient le test des tribunaux advenant une contestation judiciaire.
Le Québec a déjà des pouvoirs en matière d’immigration. Cette question a d’ailleurs été un enjeu important durant la dernière campagne électorale qui a porté le Parti québécois au pouvoir. Le nouveau premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a promis de fixer le seuil d’immigration permanente à 35 000 nouveaux résidents permanents par année « dans le respect de la capacité d’accueil du Québec ».
Or, le gouvernement Carney doit dévoiler ses cibles en matière d’immigration pour les trois prochaines années au début de novembre. Le mois dernier, le premier ministre Mark Carney a affirmé dans une entrevue au New York Times que le Canada allait reprendre un jour une « augmentation contrôlée » de sa population, une fois que le système d’immigration serait pleinement maîtrisé.
Mais il appert que ce jour n’est pas encore arrivé, même si le gouvernement fédéral affirme avoir réduit les seuils pour tenir compte des capacités d’accueil des provinces et des municipalités. L’an dernier, le ministère de l’Immigration annonçait que les cibles d’admission de résidents permanents seraient de 380 000 en 2026, en 2027 et en 2028, en baisse comparativement à 395 000 en 2025, et nettement moins que la cible annuelle de 500 000 évoquée par le gouvernement Trudeau en 2022.
« Un rythme d’immigration durable »
Réagissant à la décision d’une forte majorité (75 %) des Albertains d’arborer fièrement leur chandail unifolié au référendum, Mark Carney s’est dit « ravi des résultats », ajoutant que « c’est une bonne journée pour le Canada ».
Interrogé au sujet des autres questions touchant notamment l’immigration et les changements d’ordre constitutionnel comme l’abolition du Sénat et la participation de la province à la nomination des juges, le premier ministre a affirmé que son gouvernement tiendra compte des résultats référendaires de lundi.
« Nous tenons compte de ces votes. Le dépouillement est toujours en cours, mais nous en tenons compte », a-t-il affirmé, en donnant l’exemple de l’immigration.
« Ce gouvernement a reconnu, dès le départ, la nécessité de reprendre le contrôle en matière d’immigration, et c’est ce que nous avons fait », a-t-il ajouté en défilant les statistiques : une baisse de 70 % du nombre de demandeurs d’asile, une réduction de 60 % des flux de travailleurs étrangers temporaires et une diminution de 80 % du nombre d’étudiants étrangers au cours des 18 derniers mois.
« Nous cherchons donc à stabiliser la situation, à adopter un rythme d’immigration plus durable », et à le faire de concert avec les provinces, a-t-il assuré.
« Dialogue constructif »
Face aux menaces existentielles du président Donald Trump, Mark Carney a donné la priorité à l’unité au sein d’Équipe Canada en entretenant des relations étroites avec l’ensemble des premiers ministres des provinces.
Il a d’ailleurs convoqué ses homologues provinciaux et les leaders des Premières Nations à une rencontre au sommet qui aura lieu lundi à Ottawa. Le dossier de l’immigration sera sans doute à l’ordre du jour. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a aussi fait savoir qu’il tenait à ce que cette question soit abordée.
PHOTO JAMES MACLENNAN, LA PRESSE CANADIENNE
Le leader du mouvement fédéraliste albertain Canadiens pour toujours, Thomas Lukaszuk
Le leader du mouvement fédéraliste albertain Canadiens pour toujours, Thomas Lukaszuk, a indiqué, dans une entrevue au collègue de La Presse Antoine Trépanier, qu’Ottawa doit nourrir un « dialogue constructif » avec ceux qui ont voté Oui pour la tenue d’un autre référendum sur la séparation parce qu’ils voulaient envoyer un message.
« Nous devons entamer un dialogue constructif, au moins avec les séparatistes qui ont voulu faire passer un message. Il s’agit de s’adresser à une partie de ces quelque 20 % d’électeurs, tout en démontrant que le fédéralisme peut fonctionner – et qu’il fonctionne d’ailleurs déjà. Le premier ministre Carney a consacré beaucoup de temps à cette province. En fait, au cours des 18 derniers mois de son mandat, il a passé plus de temps en Alberta que ses deux prédécesseurs réunis. C’est là un message fort », a-t-il affirmé.
En tant qu’ancien gardien de but, Mark Carney comprend l’importance de cultiver l’esprit d’équipe avant d’affronter les équipes adverses. Dans le sport comme en politique.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.