La défaite républicaine au Congrès pourrait-elle annoncer la fin de la guerre en Iran?

Une semaine après avoir promis de reprendre les frappes contre l'Iran après les élections de mi-mandat, le président américain Donald Trump se ravise et reconnaît que la guerre − très impopulaire auprès de la population américaine − a contribué à la défaite de son parti au Congrès.
Je pense que c'est en grande partie vrai car cela a fait monter un peu les prix de l'essence à court terme
, a-t-il toutefois précisé mercredi en point de presse à Washington.
Les prix du carburant ont en effet augmenté aux États-Unis à la suite du blocage du détroit d'Ormuz par le régime iranien en représailles aux frappes américano-israéliennes.
Le président américain a cependant jugé que les [Américains] comprenaient l'importance
de sa décision de déclencher le conflit.
Concernant l’Iran, nous devions agir, et nous continuons de le faire. On ne peut pas laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire
, a encore dit Donald Trump au lendemain de la déferlante démocrate aux élections de mi-mandat, qui a vu le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat basculer dans le camp de l'opposition à Washington.
Le vice-président américain J.D. Vance, possible prétendant à la Maison-Blanche en 2028, estime lui aussi que la guerre [en Iran] était la raison
de la défaite républicaine.
La guerre est la raison de notre défaite
, a-t-il écrit dans un très long message sur les réseaux sociaux, ajoutant : Tout le monde sait pourquoi nous avons perdu. Et toute conversation franche sur la voie à suivre doit dorénavant commencer par là.

Le président Donald Trump lors d'un point de presse à Washington, mercredi.
Photo : Associated Press / Alex Brandon
Pourtant, il y a tout juste une semaine, le Wall Street Journal rapportait que des responsables américains avaient dévoilé des plans pour une nouvelle série de frappes militaires conjointes américano-israéliennes, qui ciblerait les installations nucléaires souterraines, les arsenaux de missiles et les infrastructures civiles iraniennes.
Téhéran a, de son côté, averti qu’une reprise des frappes contre son territoire entraînerait des représaillesdévastatrices
et plus étendues
que lors de la dernière guerre déclenchée en février dernier.
L'Iran entre discours triomphants et prudence
Mercredi, les responsables iraniens se sont réjouis de la défaite de Donald Trump. Sur son compte X, le négociateur en chef iranien dans les pourparlers avec les États-Unis, Mohammad Bagher Ghalibaf, a estimé que les Américains avaient dit non à la guerre
lors des élections.
Vos calculs ont échoué, vos hypothèses se sont effondrées et vos erreurs stratégiques sont apparues au grand jour [...]. Le peuple américain vient de vous adresser un message clair
, a de son côté écrit sur X le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baqaei.
Attaquer l’Iran ne mène pas à la victoire. Cela ne conduit qu’à la défaite. L’Iran n’est pas une nation que l’on peut [...] intimider par des menaces ou mettre à genoux par l’agression.
Même message de Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, qui a estimé que Téhéran avait infligé à Trump une défaite stratégique sur le champ de bataille [...] et une défaite politique à Washington
.
Quiconque s’en prend à l’Iran en paiera le prix, que ce soit sur le champ de bataille ou au pas de sa propre porte
, a-t-il publié sur X.

Une bannière appelant au meurtre du président américain Donald Trump est déployée dans le centre de Téhéran, le 4 novembre 2026.
Photo : Getty Images / AFP / ATTA KENARE
Plus prudent, le guide suprême Mojtaba Khamenei a écarté mercredi toute perspective de changement de politique américaine, après la défaite des républicains aux élections de mi-mandat, estimant que ceux qui l’espèrent se trompent lourdement
.
Entre-temps, les négociations indirectes entre les deux pays se poursuivent. Lundi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, avait évoqué des discussions diplomatiques très intenses
et le président américain avait assuré ensuite, sur sa plateforme Truth Social, qu’un accord avec l’Iran pourrait arriver
.
Le Qatar, médiateur dans le conflit, a aussi assuré que les deux parties restaient engagées dans le processus de négociation
.
Selon plusieurs analystes, Téhéran se retrouve désormais dans une position de force à la suite de la déroute républicaine aux États-Unis.
La stratégie de Téhéran a consisté à faire ressentir aux consommateurs américains les retombées économiques [de la guerre], transformant ainsi cette situation en un handicap électoral pour les républicains
, a réagi sur X Negar Mortazavi, chercheuse au Center for International Policy, un groupe de réflexion progressiste de Washington.
L’objectif à long terme de l’Iran est de lancer un avertissement aux futurs présidents américains : attaquer l’Iran entraîne un coût politique interne élevé.

Des passants marchent devant une banderole représentant les portraits de l'ancien guide suprême iranien, l'ayatollah Ruhollah Khomeini (à gauche), du guide suprême actuel, l'ayatollah Mojtaba Khamenei (au centre), et du guide suprême assassiné, l'ayatollah Ali Khamenei (à droite), à Téhéran, le 21 octobre 2026.
Photo : Getty Images / ATTA KENARE / AFP
L'escalade ou le compromis?
Danny Citrinowicz, ancien chef de la division spécialisée sur l’Iran au sein des services de renseignement de l’armée israélienne, estime pour sa part que la défaite des républicains aux élections de mi-mandat pourrait signer la fin de la guerre en Iran
.
Cela ne signifie pas pour autant qu’une nouvelle escalade soit exclue
, nuance-t-il toutefois dans une longue analyse publiée sur X. Trump pourrait encore décider de lancer une offensive majeure afin de faire preuve de force, de pousser Téhéran à des concessions et de revendiquer la victoire avant de clore les hostilités.
Mais, la réalité politique à Washington a changé
, ajoute encore ce chercheur à l'Institut d'études de sécurité nationale de l'Université de Tel-Aviv. Le lien entre le blocage du détroit d’Ormuz et l’augmentation du prix de l’essence pour les consommateurs américains est difficile à ignorer.
Ce qui n’était au départ qu’un affrontement militaire, survenu à des milliers de kilomètres des côtes américaines, est devenu un enjeu économique et politique intérieur. Les Américains paient plus cher à la pompe, et l’administration en paie le prix sur le plan politique.
L’expert affirme enfin qu’une reprise des frappes américaines contre l’Iran n’est pas impossible, en raison du caractère imprévisible de la politique de Donald Trump.
Évidemment, il s’agit de Trump, et prédire sa prochaine manœuvre n’est jamais chose aisée
, indique M. Citrinowicz.
Le président américain pourrait réagir à la pression politique en choisissant l’escalade plutôt que le compromis, surtout s’il estime qu’une nouvelle frappe d’envergure lui permettrait de proclamer la victoire selon ses propres termes
.
Même constat du côté d’Ali Vaez, directeur du projet Iran à l'International Crisis Group. Les élections de mi-mandat ont rogné les ailes politiques de Trump, mais pas ses ailes militaires
, écrit-il dans une publication sur X.
Avec la perspective d’une guerre en Iran qui lui pèse comme un boulet, il est confronté à un choix : trouver une porte de sortie honorable ou opter pour l’escalade afin de reprendre l’initiative
, explique l’expert. Le risque est qu’un président en fin de mandat, politiquement affaibli sur le plan intérieur, ne décide de semer le trouble sur la scène internationale.
Si Donald Trump envisage de relancer sa guerre en Iran, il pourrait décider de le faire avant l’entrée en fonction des nouveaux élus démocrates, le 3 janvier.
La marge de manœuvre des démocrates reste toutefois mince, même s’ils sont désormais majoritaires au Congrès. Ils pourraient utiliser leurs pouvoirs législatifs pour bloquer tout nouveau financement du conflit au Moyen-Orient; mais ils auront besoin de l’appui, au moins partiel, des républicains, afin de surmonter une éventuelle obstruction parlementaire au Sénat ou encore un veto présidentiel.
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