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Monday, August 17, 2026

Nouvelle réglementation fédérale | Le recyclage des vieux poteaux de téléphone en péril

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Ottawa veut rendre obligatoire d’incinérer ou d’enfouir les poteaux en fin de vie traités au PCP, un pesticide. En Estrie, la seule entreprise du pays qui les recycle risque la fermeture.

Publié à

(Westbury) « On n’imagine pas la qualité de cette ressource-là », lance Mohika Tremblay en déambulant entre deux immenses piles de billes de bois au diamètre impressionnant.

Son entreprise, Tred’si, récupère depuis près de 30 ans ces poteaux d’électricité ou de télécommunication usés, endommagés ou retirés pour quelque raison que ce soit par leur propriétaire et les réemploie ou les transforme pour un autre usage.

« On peut les réutiliser comme poteaux plus petits ou pour faire des clôtures, sinon les scier en planches ou en poutres », explique-t-elle.

Mais cette pratique d’économie circulaire devra cesser ; Santé Canada a annoncé en 2023 l’interdiction du pentachlorophénol (PCP), en raison des risques pour la santé et l’environnement engendrés par son utilisation comme agent de traitement du bois, et son abandon graduel sur trois ans.

À partir du 4 octobre, « tous les poteaux et toutes les traverses de poteaux traités au pentachlorophénol et non utilisés devront être éliminés », ce qui veut dire incinérés ou enfouis, indique la décision gouvernementale, qui ne cible pas les autres produits traités au PCP.

La crème de la crème

« On est complètement d’accord avec le principe de cesser d’utiliser le PCP », assure Mme Tremblay, qui critique plutôt l’interdiction ciblant les poteaux existants.

« On a encore pour 40 ou 50 ans de poteaux au PCP », dit la directrice générale de Tred’si, soulignant qu’il y a environ 12 millions de poteaux en utilisation au Canada.

Jeter ou brûler du bois d’une grande qualité qui peut encore servir est inconcevable, pour Mohika Tremblay.

« Ça, ça me tanne bien gros », dit-elle, soulignant que seulement 7 % des arbres ont le potentiel de devenir un poteau.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Mohika Tremblay, directrice générale de Tred'si

« C’est toujours les plus beaux, les plus droits, qui ont le moins de nœuds au pied, c’est toujours la crème de la crème qui devient un poteau », dit Mohika Trem.blay

Cette ancienne technicienne juridique, qui a repris en 2015 l’entreprise fondée par son père, montre des poteaux de cèdre rouge de l’Ouest faits d’arbres âgés de 150 à 200 ans.

« Il est capoté, ce bois-là », en raison de sa beauté et de sa durabilité, s’émerveille-t-elle, alors que flotte dans l’air une odeur de sciure, de créosote et de PCP.

Gestion du risque

Les agents de traitement se trouvent en plus faible quantité dans les vieux poteaux que dans les neufs, puisqu’ils sont lessivés par la pluie ou détruits par les rayons du soleil, le PCP étant photodégradant, explique Julie Mansour, directrice de projets environnementaux et du développement durable de Tred’si.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Julie Mansour, directrice de projets environnementaux et du développement durable de Tred'si

Le taux de PCP est 10 à 16 fois moins élevé que le seuil minimum requis pour du neuf.

Julie Mansour, directrice de projets environnementaux et du développement durable de Tred’si

Et les agents de traitement se concentrent dans le premier centimètre de la circonférence du poteau, qui est éliminé quand il est transformé en bois découpé, ajoute-t-elle.

En outre, certaines essences comme le cèdre rouge de l’Ouest ne sont traitées qu’à la base, qui se retrouve dans le sol, en raison de leur résistance naturelle à la pourriture.

Tred’si déplore que Santé Canada a décidé d’agir sans avoir établi que le recyclage des poteaux traités au PCP menace la santé. L’entreprise assure d’ailleurs faire une gestion responsable du risque.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

À gauche, l'eau de ruissellement du site après son traitement in situ ; à droite, l'eau avant son traitement.

L’entreprise récupère ses eaux de ruissellement et les traite in situ, capte les poussières, teste ses employés régulièrement et exige que ses clients déclarent l’usage qu’ils feront du bois pour s’assurer qu’il soit sûr, énumère Mohika Tremblay.

Une expansion freinée

Tred’si récupère de 10 000 à 12 000 tonnes de poteaux par année et prévoyait une expansion de ses activités juste avant que le règlement fédéral soit annoncé.

En plus de la quasi-totalité des poteaux d’Hydro-Québec, de Bell et de Telus, Tred’si en recevait des provinces et États voisins et avait des demandes de partout au pays.

Mais Mohika Tremblay envisage maintenant la fermeture, après trois ans de démarches vaines auprès du gouvernement fédéral, qui ne semblait pas avoir anticipé les conséquences qu’aurait son nouveau règlement.

« Santé Canada ne savait pas qu’on existait ! », lance la cheffe d’entreprise, éberluée. « C’est devenu l’enfer à gérer, on ne fait rien que ça. »

Elle déplore que les gouvernements ne soient pas à l’écoute des petites entreprises comme la sienne, alors qu’ils le sont pour les multinationales comme Northvolt.

« On peut tout tasser pour des grands projets, on peut même tasser le BAPE [Bureau d’audiences publiques sur l’environnement], dit-elle, mais pour la petite PME… »

Solution tous azimuts

Le règlement fédéral aurait dû prévoir des exigences différentes pour les produits neufs et usagés, plutôt qu’une solution tous azimuts, estime le professeur Pierre Blanchet, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en bâtiments durables de l’Université Laval.

« Il y a grosso modo 200 000 poteaux [retirés au Canada] tous les ans. Si on leur trouve un second usage, c’est vraiment intéressant », dit-il, soulignant l’importance de réduire l’utilisation de ressources vierges.

Ça me heurte de penser qu’une ressource de cette qualité-là soit utilisée pour générer de l’énergie.

Pierre Blanchet, Université Laval

C’est justement dans une cimenterie qu’iront désormais les poteaux d’Hydro-Québec, pour être incinérés, a confirmé la société d’État, disant qu’elle aurait préféré continuer à les envoyer chez Tred’si pour qu’ils soient réemployés ou recyclés.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Les portions de poteaux qui ne peuvent être réemployées ou recyclées sont envoyées à la valorisation énergétique, en dernier recours.

« Des poteaux traités au PCP, il nous en reste environ 1,3 million, ce qui représente 80 % de notre parc de poteaux », a expliqué un porte-parole, Louis-Olivier Batty.

Le gouvernement québécois appuie le bannissement du PCP, mais s’oppose à l’interdiction fédérale du réemploi et du recyclage des poteaux traités avec ce produit.

« Le cadre réglementaire québécois prévoit déjà des balises pour assurer une gestion sécuritaire du bois traité », a déclaré une porte-parole, Ghizlane Behdaoui, rappelant que la gestion des matières résiduelles est une compétence exclusive du Québec.

Santé Canada a refusé d’accorder une entrevue à La Presse, mais a affirmé dans une déclaration écrite envisager maintenant la possibilité de permettre le recyclage ou le réemploi des poteaux.

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