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Saturday, November 7, 2026

Cinq choses à savoir sur Gadi Eisenkot, « l’anti-Nétanyahou »

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Décrit comme une figure centriste, discrète et pragmatique, son parcours militaire et ses positions fermes sur la sécurité nationale lui valent une réputation de « faucon ». Qui est donc Gadi Eisenkot, l’ancien chef de l’état-major de l’armée israélienne en passe de détrôner Benyamin Nétanyahou?

Chargé par le président Isaac Herzog de former le prochain gouvernement, l’ancien général de 66 ans a deux options principales pour gouverner : un gouvernement minoritaire soutenu au Parlement par d'autres partis, notamment les formations arabes israéliennes, ou un gouvernement d'union avec M. Nétanyahou.

Une telle alliance, qui implique un accord de partage de pouvoir prévoyant une rotation au poste de premier ministre au bout de deux ans, est parfois évoquée, mais paraît difficile à accepter pour M. Eisenkot, qui a martelé qu'il ne servirait jamais sous le chef du Likoud.

Pour mieux comprendre celui qui est souvent présenté comme l’anti-Nétanyahou, Radio-Canada s’est entretenue avec Myriam Shermer, spécialiste de la politique israélienne, et Charles Enderlin, analyste et journaliste franco-israélien.

1 - Un premier premier ministre d'origine marocaine

S’il parvient à former une coalition capable d’obtenir la confiance d’au moins 61 députés à la Knesset, le Parlement israélien, Gadi Eisenkot deviendrait alors le premier chef de gouvernement séfarade, c’est-à-dire membre de la communauté juive issue essentiellement de l’Afrique du Nord.

Appelés également mizrahim, les séfarades représentent aujourd’hui la majorité de la population juive en Israël, bien que les institutions et les élites politiques et économiques aient longtemps été dominées par les ashkénazes, qui sont originaires des pays européens.

Gadi Eisenkot se déplace au milieu d'une foule.

Le chef du bloc opposé à Benyamin Nétanyahou, Gadi Eisenkot, salue des partisans à Herzliya le jour des élections législatives du 27 octobre 2026,

Photo : Getty Images / Amir Levy

Né de parents marocains qui ont émigré en Israël dans les années 1950, Gadi Eisenkot a grandi au sein d’une famille aux revenus très modestes dans la ville portuaire d’Eilat, loin des grandes villes.

Par opposition, Benyamin Nétanyahou, issu d’une famille originaire de la Pologne, a grandi dans les quartiers huppés de Jérusalem. Il a également passé une partie de son enfance aux États-Unis, où son père enseignait l’histoire juive.

D’un point de vue sociologique, Gadi Eisenkot est l’anti-Nétanyahou, même s’il est le premier à réfuter cette caractérisation parce qu’il n’aime pas être présenté comme un candidat mizrahim, explique la politologue Myriam Shermer.

Dans un reportage publié dans le journal Haaretz, son ami d’enfance raconte les origines modestes de Gadi Eisenkot, affirmant qu’il arrivait fréquemment qu’une de leurs sandales se déchire en chemin au bord de la plage en raison de leur piètre qualité. Pour éviter de se brûler les pieds sur le goudron brûlant, les amis se partageaient la paire de sandales restante ou marchaient pieds nus en jetant un morceau de carton sur le sol devant eux, pas après pas, pour y poser le pied.

Des partisans de Gadi Eisenkot célèbrent les résultats des élections législatives.

Des partisans de Gadi Eisenkot célébrant les résultats des élections législatives le 27 octobre 2026 à Tel-Aviv.

Photo : Getty Images / AFP/TOMER NEUBERG

2 - Une ligne sécuritaire particulièrement intransigeante

Militaire de carrière, Gadi Eisenkot a passé plus de 40 ans dans l’armée israélienne, dont il a été le 21e chef d'état-major, notamment de 2015 à 2019. Contrairement à Benyamin Nétanyahou, qui a cumulé 19 ans au pouvoir comme premier ministre, le général à la retraite est un outsider sur la scène politique israélienne.

Sa carrière connaît un tournant important en 2006 lors de la guerre au Liban, déclenchée à la suite de l’enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah. Il en tire la doctrine dite Dahiyeh, du nom du bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth.

Il s’agit d’une stratégie militaire qui préconise un recours à une force asymétrique, massive, délibérée et disproportionnée contre les infrastructures civiles et les zones contrôlées par des groupes armés hostiles, comme le Hezbollah ou le Hamas, pour créer un effet de dissuasion.

Les organisations de défense des droits de la personne et plusieurs instances internationales soutiennent que cette doctrine enfreint le droit international en recourant à des punitions collectives, ciblant des civils.

Vue aérienne d'une ville au-dessus de laquelle des panaches de fumée s'élèvent.

Des panaches de fumée s'élèvent du site d'une frappe aérienne israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 9 mars 2026.

Photo : Getty Images / AFP / FADEL ITANI

En octobre, quelques jours avant les élections législatives, il a affirmé avoir élaboré avec le Mossad, le service de renseignements israélien, une opération 50 fois plus vaste que celle des téléavertisseurs qui a visé le Hezbollah en septembre 2024.

De nombreux observateurs ont d'ailleurs vu dans cette opération, qui a provoqué des explosions simultanées dans plusieurs régions du Liban, faisant 39 morts et 3000 blessés, une application technologique et psychologique de la doctrine Dahiyeh, théorisée par Gadi Eisenkot.

3 - Un parcours politique marqué par l’attaque du 7 octobre 2023

C’est en 2022 que l’ancien général fait ses premiers pas en politique en s’alliant avec Benny Gantz, un autre ancien chef d'état-major de l'armée israélienne. Il est élu à la Knesset cette même année sous la bannière de cette alliance.

Au départ, il attire peu l’attention, explique Myriam Shermer. C’est un député relativement discret.

Mais à l’été 2023, un vaste mouvement de contestation éclate en Israël contre la réforme de la justice portée par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, les manifestants estimant qu'elle menace le caractère démocratique et libéral de l'État. À l’époque, Gadi Eisenkot critique ouvertement le gouvernement, s'opposant fermement à ses politiques, ajoute l’autrice du livre Knesset 2026 – Comprendre la politique israélienne.

L’attaque inédite menée par le Hamas palestinien en sol israélien le 7 octobre 2023 change toutefois la donne. Au nom de l’unité nationale, l’ancien général, alors député de l'opposition, intègre le cabinet de guerre restreint de Benyamin Nétanyahou, mais finit par en démissionner avec fracas en juin 2024, dénonçant la gestion de la guerre par la coalition au pouvoir.

Il faut se rappeler que son fils [un soldat réserviste] a été tué par le Hamas dans la bande de Gaza, dit Mme Shermer. Donc, c'est une affaire personnelle pour lui.

Gadi Eisenkot se tient au milieu de pancartes commémorant des victimes.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, visite un site commémorant les victimes des attaques meurtrières du Hamas perpétrées le 7 octobre 2023.

Photo : Getty Images / Erik Marmor

Il s'est par ailleurs engagé à faire avancer sans délai un projet de loi pour créer une commission d'enquête nationale sur les défaillances politico-militaires ayant mené aux attaques du Hamas, qui ont fait plus de 1200 morts en Israël.

Ce qui m’importe, c’est de renforcer la sécurité nationale de l’État d’Israël et de veiller à ce que le sacrifice de mon fils et celui des autres soldats tombés au combat n’aient pas été vains, a-t-il dit en pleine campagne électorale.

4 - Il est opposé à la création d’un État palestinien

Pour Mme Shermer, l’arrivée de Gadi Eisenkot au pouvoir ne devrait pas apporter de changements dramatiques pour les Palestiniens, étant donné qu’il n’est pas quelqu’un qui milite pour la solution à deux États.

C’est particulièrement le cas pour les Palestiniens de la bande de Gaza. Le journaliste Charles Enderlin explique que les membres du bloc qui appuie le parti Yashar de M. Eisenkot sont tous pour la mise en place du plan [du président américain] Donald Trump, qui requiert, entre autres, la démilitarisation de l’enclave palestinienne et la mise en place d’une gouvernance technocratique non liée au Hamas.

Myriam Shermer rappelle par ailleurs que Gadi Eisenkot s’est engagé à démanteler le Hamas dans les 18 mois qui suivront son entrée en fonction.

Une série d'immeubles en ruine.

Un drapeau israélien flotte dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre, le 23 septembre 2026.

Photo : Reuters / Amir Cohen

Il se montre en revanche favorable à ce que la gouvernance en Cisjordanie soit exercée par l'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas.

Selon Mme Shermer et M. Enderlin, l’ancien général de l’armée israélienne va chercher à rétablir l’ordre dans ce territoire palestinien occupé, où les violences perpétrées par des colons juifs extrémistes ont explosé depuis le début de la guerre à Gaza en 2023, avec des attaques quasi quotidiennes contre des Palestiniens.

Plus de 500 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, illégales au regard du droit international, aux côtés d’environ trois millions de Palestiniens.

5 - Vers une politique étrangère pragmatique

Selon les experts, l’une des priorités de Gadi Eisenkot sera de rétablir les relations entre Israël et la communauté internationale. Ce dernier accuse Benyamin Nétanyahou − sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité − d’avoir transformé Israël en un État paria en raison de la gestion de la guerre à Gaza.

Le bloc anti-Nétanyahou veut présenter un nouveau visage diplomatique [à l’Occident], mais il ne faut pas s’attendre à une différence fondamentalement stratégique dans la politique régionale d’Israël, notamment face à l’Iran ou au Hamas, nuance Mme Shermer.

Si l’Occident s’attend à un changement de politique, il risque d’être déçu, dit la politologue, rappelant qu’il y a un consensus en Israël sur le fait qu’il était impératif de restaurer la dissuasion militaire de l’armée après le 7 octobre 2023. Ce n’est pas un ancien général de l’armée qui va penser autrement, assure-t-elle.

Des personnes se lèvent pour quitter l'Assemblée, tandis que Benyamin Nétanyahou se tient en avant.

Des délégations se lèvent et quittent la salle avant l'intervention du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, lors de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies (ONU) au siège de l'ONU, le 24 septembre 2026 à New York.

Photo : Getty Images / Alexi J. Rosenfeld

Mais pour M. Enderlin, la disparition du gouvernement de Benyamin Nétanyahou, le plus à droite, le plus religieux, le plus annexionniste et le plus raciste de l’histoire d’Israël, et son remplacement par un gouvernement modéré pourraient contribuer à changer l’image du pays.

Surtout si Israël arrive à juger les cas les plus flagrants de crimes de guerre commis par son armée à Gaza ou ailleurs, ajoute-t-il.

Quant à la relation d'Israël avec les États-Unis, Gadi Eisenkot se positionne comme le seul dirigeant responsable capable de réparer la relation avec l'allié américain. Dans un communiqué publié peu après les élections, il affirme sa volonté de travailler en étroite collaboration avec l'administration Trump, alors que le président américain venait tout juste d’annoncer la fin d’une aide militaire annuelle de 4 milliards de dollars à Israël.

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