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Saturday, November 7, 2026

Politique municipale | Un an après les élections, près de 140 démissions

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Le plus jeune maire du Québec, Jérémy Laplante, est passé bien près de remettre les clés de l’hôtel de ville de Paspébiac l’été dernier.

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« Je n’ai pas la force de me battre seul comme un chevalier bien plus longtemps, au risque d’y laisser éventuellement ma santé », a écrit l’élu gaspésien sur Facebook le 20 août, en évoquant la « grande hostilité » des autres élus et de la direction générale.

Dix jours plus tôt, le reste du conseil lui avait servi un vote de défiance assorti d’une kyrielle de reproches, notamment pour être intervenu pour faire cesser une apparence de conflit d’intérêts impliquant le directeur de la culture de la Ville.

De nombreux citoyens l’ont pressé de rester. « Les gens venaient carrément à mon domicile, en plus de me le dire dans la rue, dans les commerces, sur les réseaux sociaux », relate l’édile de 24 ans. À la séance suivante, un citoyen a déposé une pétition de plusieurs centaines de signatures réclamant la démission de tous les conseillers.

Finalement, personne n’a démissionné. Les dossiers clivants se sont réglés, et les conseillers ont obtenu un accompagnement du ministère des Affaires municipales.

Le fait d’être maire dans une petite ville peut vraiment devenir un défi d’équilibriste.

Jérémy Laplante, maire de Paspébiac

Cet épisode rappelle celui vécu récemment par la mairesse de Frampton, en Beauce. Là-bas, l’hostilité est plutôt venue de citoyens, en réaction à un projet de règlement d’emprunt.

Intimidation et menaces ont poussé Gina Cloutier à démissionner. Le « tsunami » d’amour qui a suivi, doublé d’une pétition de près de 400 noms, l’a fait changer d’avis. « Les gens qu’on appelle la majorité silencieuse se sont levés », résume Mme Cloutier.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Gina Cloutier, mairesse de Frampton, en Beauce

« Il ne faut pas se décourager. La majorité silencieuse, elle est là, c’est juste qu’on ne la voit pas, on ne l’entend pas. »

Au moins 137 élus municipaux, dont une dizaine de maires, ont quitté leurs fonctions dans leur première année de mandat, montrent les données fournies par le ministère des Affaires municipales. Et ce chiffre est en deçà de la réalité, car les greffiers ont 30 jours pour informer Québec. Le maire de Val-David, par exemple, qui a qualifié la politique municipale de « sport extrême qu’[il n’a] plus la santé de pratiquer », ne figure pas encore dans le décompte.

Certains départs n’ont rien à voir avec la dynamique municipale (décès, élections provinciales québécoises, etc.). Il reste que la pénibilité de la tâche revient souvent dans les publications de démissionnaires que nous avons consultées. Ils y mentionnent des « séances publiques au climat irascible », un climat « difficile et malsain », des désaccords « avec ce type de gestion », entre autres.

Près de 100 dossiers à la SQ

L’intimidation envers les élus et gestionnaires municipaux est un problème persistant, montrent les données de la Sûreté du Québec (SQ).

Avec 96 dossiers ouverts au Plan de lutte à l’intimidation (PLI) l’an dernier, le volume est revenu au niveau prépandémique. Et là encore, c’est sans doute en deçà de la réalité. Les élus sont réticents à porter plainte contre leurs citoyens, témoigne Dominic Ricard, adjoint au responsable, Service du renseignement et de la protection de l’État à la SQ.

Mais quand un citoyen profère des menaces, c’est lui « qui a décidé de changer la game : il l’a amenée sur le volet criminel », fait valoir M. Ricard.

« Ouin, mais je n’étais pas sérieux » est une réponse que la SQ entend souvent lorsqu’elle arrête des auteurs de publications sur les réseaux sociaux.

« Mais si tu dis que tu vas aller tuer Untel, ou que ça prendrait quelqu’un pour faire la job, on ne le sait pas ! On ne peut pas prendre de risque ! », souligne Dominic Ricard.

Environ la moitié des dossiers découle de plaintes d’élus, le reste de gestionnaires, généralement contre des citoyens. Intimidation, menace, harcèlement et méfait font partie des motifs les plus fréquents.

Tous ne mènent pas à des accusations, l’intervention de la SQ a parfois un effet préventif en évitant une escalade. Plusieurs municipalités ont néanmoins eu à gérer des cas graves.

Le plus spectaculaire est celui d’un résidant de Saint-Constant qui a été envoyé en prison au printemps pour avoir de nouveau violé une injonction permanente lui ordonnant de cesser d’intimider les élus et fonctionnaires de la Ville et de communiquer avec eux1.

En mars dernier, la Ville de Chapais a obtenu une injonction permanente contre un citoyen pour l’empêcher « d’insulter, d’injurier, d’intimider et de harceler » les élus et employés, de nuire au déneigement et aux travaux publics, et de suivre ou filmer des employés de ce service.

En mai, un résidant de Lac-Bouchette a plaidé coupable à des accusations de harcèlement criminel et d’avoir proféré des menaces. Il avait cogné chez le maire pour se plaindre du balayage des rues, et menacé de s’en prendre au directeur général.

En juin, un résidant de Château-Richer a plaidé coupable de harcèlement criminel envers des employés municipaux.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Gino Pouliot, maire de Château-Richer, dans la région de la Capitale-Nationale

Toujours à Château-Richer, mais sans lien avec cette cause, le maire Gino Pouliot a été la cible d’intimidation à sa résidence, qui a notamment été photographiée, et sur son véhicule, qui a été vandalisé. Élu depuis 2021, il a déposé quelques plaintes à la SQ, mais n’a pas poussé l’affaire. « Monter un dossier […], c’est une charge de travail énorme », explique-t-il.

Les relations entre élus ne sont pas exemptes de comportements honteux, montrent des décisions de la Commission municipale du Québec (CMQ).

En février dernier, la CMQ a imposé une amende de 500 $ à une ancienne conseillère municipale de Témiscouata-sur-le-Lac pour avoir traité son maire de « clown » devant les autres élus lors d’une séance de travail. Et à Notre-Dame-des-Bois, une conseillère a été suspendue 30 jours à la fin de 2024 pour avoir fait des bras d’honneur au maire.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse

1. Lisez « Harcèlement contre des élus de Saint-Constant : Encore la prison pour un “récidiviste notoire” »

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