Un passage souterrain pourrait remplacer le viaduc Rosemont-Van Horne

Le viaduc Rosemont-Van Horne devrait être démoli pour laisser place à un passage souterrain sous la voie ferrée du CP, recommandent les ingénieurs embauchés par la Ville de Montréal pour réfléchir à l’avenir de cette structure vétuste.
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Ce scénario « offre l’opportunité de connecter à niveau l’avenue Van Horne et le boulevard Saint-Laurent » afin d’éliminer une balafre visuelle en plein cœur de la ville, concluent les professionnels de CIMA+ dans leur étude. Celle-ci a été réalisée en 2024, mais vient d’être rendue publique.
Concrètement, une nouvelle rue suivrait le tracé général du viaduc et plongerait de cinq mètres sous terre au niveau de la voie ferrée du Canadien Pacifique (CP) qui sépare les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal.
La démolition du viaduc et son remplacement par un passage sous la voie ferrée coûteraient environ 314 millions, alors que construire un nouveau viaduc est évalué à 377 millions, selon l’étude.
L’option de détruire le viaduc et de le remplacer par une courte passerelle piétonne au-dessus du rail a été étudiée, mais aurait causé trop d’impact sur la fluidité de la circulation, notamment celle des véhicules d’urgence.
« Même s’il est convenu que le scénario de passage inférieur présente une plus grande complexité et donc plus de risques, et qu’il nécessite le déplacement temporaire des voies ferrées (évalué à plus de 30 millions), ce scénario nécessite, a priori, moins d’investissement que de reconstruire une structure aérienne », selon les ingénieurs de CIMA+.
Le viaduc Rosemont-Van Horne, inauguré en 1972, atteindra la fin de sa vie utile en 2030. Il est emprunté par plus de 15 000 autos et 270 autobus par jour et constitue un lien important entre les quartiers centraux de l’est et de l’ouest de Montréal.
« C’est devenu un symbole »
Si personne ne remet en question le caractère massif de cette structure de béton, certains regrettent la disparition annoncée de ce géant urbain. Au fil des ans, le viaduc a abrité des manifestations culturelles, un parc de planche à roulettes, un terrain de basketball et de multiples rassemblements. Un campement de personnes en situation d’itinérance s’est récemment installé à cet endroit.
PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE
Le groupe Puffer, sous le viaduc Van Horne, en mai 2025
La démolition serait « une perte » à plusieurs égards, a fait valoir Nik Luka, professeur d’architecture à l’Université McGill. Il s’intéresse au viaduc Rosemont-Van Horne depuis 2008.
« C’est devenu un symbole, même si c’est un symbole qui traîne des bagages, comme celui d’être une barrière », a expliqué M. Luka en entrevue téléphonique. Visuellement, il « se tricote bien avec l’entrepôt Van Horne et son château d’eau. Ce sont des structures qui représentent bien le dynamisme historique de Montréal comme centre industriel ».
La démolition d’une telle masse de béton après 50 ans représente aussi un impact écologique énorme, a-t-il souligné.
C’est une infrastructure qui mérite d’être retravaillée [...] on dit maintenant : la meilleure infrastructure, c’est celle qui existe déjà.
Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal, regrette que l’ouvrage soit promis au pic des démolisseurs.
« Le viaduc n’est pas ce qu’on ferait aujourd’hui. Mais il existe et offre un regard panoramique sur Montréal et ses quartiers/clochers qui mérite qu’on réfléchisse sérieusement à l’option d’une requalification », a-t-il fait valoir dans un message.
M. Bumbaru a cité l’exemple de la High Line de New York, tout en mettant en garde contre les « tranchées » qui pourraient apparaître pour soutenir un passage sous la voie ferrée.
« Nous évaluons toutes les options »
L’élue responsable des questions d’urbanisme au sein de l’administration municipale, Caroline Braun, n’a pas accordé d’entrevue à La Presse.
« Nous évaluons toutes les options », a fait valoir l’attachée de presse Maude Ouellette-Archambault, par écrit. « Le viaduc Van Horne arrive en fin de vie. Ce sont des études préliminaires pour un projet d’infrastructure qui va garantir un accès sécuritaire, une mobilité fiable et une utilisation responsable des fonds publics. »
L’administration ne semble toutefois pas avoir été complètement convaincue par l’étude de 2024 de CIMA+. Il y a quelques jours, Montréal a relancé un appel d’offres pour « procéder aux études d’avant-projet préliminaire qui permettront d’identifier et de préciser le meilleur projet de remplacement du viaduc actuel ». Seule certitude : un lien routier doit être conservé, pas question de se limiter à une passerelle piétonne.
Le document précise aussi que des professionnels seront appelés à réfléchir à la période transitoire de trois années pendant laquelle les ouvriers s’activeront pour démolir le viaduc et reconstruire un nouveau lien. « L’absence d’un lien sur une aussi longue période posera des défis pour maintenir des conditions de mobilité et d’accessibilité acceptables dans le secteur », indique la Ville.
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