Le troisième lien, de promesse phare à fossoyeur de la CAQ à Québec

Promesse phare de la Coalition avenir Québec (CAQ) pendant près d'une décennie, le troisième lien se sera finalement avéré comme le « point de rupture » entre la population québécoise et la formation politique, selon d'anciens élus caquistes de la région de la Capitale-Nationale.
En politique, quand tu n'es plus cru, tu es cuit. On dit souvent ça, mais c'est totalement vrai
, affirmait Jonatan Julien, lundi soir, à la tombée des résultats confirmant que la CAQ n'aurait plus aucun représentant à l'Assemblée nationale.
En entrevue avec Radio-Canada, l'ex-député de Charlesbourg n'hésite pas à critiquer la famille politique qu'il vient de quitter, n'ayant pas tenté de défendre son siège au dernier scrutin. Le point de rupture, c'est quand on a annoncé qu'on ne ferait pas le troisième lien
, tranche-t-il, en référence au recul annoncé en 2023.

En avril 2023, l'ex-ministre Geneviève Guilbault a dû expliquer, seule, pourquoi son parti reculait sur un lien autoroutier entre Québec et Lévis. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Au printemps de cette année-là, l'ex-ministre Geneviève Guilbault s'est présentée devant les médias, imposante pile de cartables en mains, pour expliquer l'abandon du projet de nouveau lien autoroutier entre Québec et Lévis, faute d'un achalandage justifiant l'investissement de plusieurs milliards de dollars.
Elle parle alors d'une décision qui a été très difficile, qui amène une modification significative à un engagement ferme qu'on avait pris
.
C'est plus qu'un symbole, c'est la parole donnée, c'est le lien de confiance. Et à partir du moment où on a eu cette situation-là, ça n'a plus jamais été la même chose.
Les impacts se sont faits sentir sur le terrain immédiatement, selon Jonatan Julien. La politique, c'est basé sur les liens de confiance
, insiste-t-il. Quelques mois après la sortie de Mme Guilbault, les caquistes étaient battus lors d'une élection partielle dans la région de Québec, sans jamais être dans le coup. Le troisième lien s'était encore retrouvé au centre d'une controverse au cours de cette campagne.
Malgré une nouvelle promesse l'année suivante, en 2024, il était trop tard pour recoller les morceaux, selon M. Julien.

Parmi tous les dossiers, Jonatan Julien, ex-député caquiste de Charlesbourg croit que le troisième lien est celui qui a le plus nuit à la crédibilité de la CAQ, à Québec comme partout en province. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Des effets partout en province
Jonatan Julien lui-même avait accepté de porter les couleurs de la CAQ en 2018 et de défendre le troisième lien dans la région. Le projet représentait le cheval de bataille
de l'ex-premier ministre François Legault, alors dans l'opposition.
Il m'a convaincu que c'était le meilleur projet au monde. Je me suis présenté avec lui et on est revenu avec ça en 2022. Soudainement, on l'a laissé tomber
, déplore-t-il, pas surpris
des résultats enregistrés lundi soir dans les circonstances.
Selon lui, les effets de l'abandon du troisième lien ont même été sous-estimés par la députation caquiste à l'extérieur de la grande région de Québec et de Lévis. Certains semblaient dire, plus du côté de Montréal
, que ce ne serait pas si grave de reculer, dit-il.
Mais les élus locaux n'étaient pas du même avis. Un symbole aussi fort que celui-là, auquel on croyait et auquel on s'était engagé, prenait la trappe. Les citoyens ne pouvaient pas nous pardonner ça, et c'est correct.

Le premier ministre désigné du Québec, François Legault, en 2018, entouré de Geneviève Guilbault, Sylvain Lévesque (au centre) et Jonatan Julien (à gauche).
Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Son ancien collègue et ex-député de Chauveau, Sylvain Lévesque, partage le même point de vue. Le gros point de rupture avec notre parti, c'est quand on a annoncé qu'on ne ferait pas le troisième lien
, explique-t-il à son tour en entrevue.
Les gens de partout au Québec ont perçu qu'il y avait un recul d'une grosse promesse de la CAQ
, se souvient M. Lévesque, évoquant lui aussi un point tournant pour l'avenir de la formation politique.
Ce dernier évoque un double ressac
, plus fort dans la région
mais qui s'est aussi fait ressentir dans le reste du Québec
. La CAQ et l'ex-premier ministre ont alors envoyé le message qu'ils pouvaient renier une promesse phare
. Comme M. Julien, Sylvain Lévesque n'a pas sollicité de nouveau mandat en 2026.
Porteuse du dossier en 2023, Geneviève Guilbault n'a pas retourné nos demandes d'entrevue.
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Jean-François Simard, parmi les premiers signataires du manifeste de la CAQ en 2011, était sur les rangs dans Montmorency pour défendre son poste. Le ministre sortant de la Capitale-Nationale a été défait par la conservatrice Marie-Josée Hélie.
S'il avait un dossier à traiter différemment à Québec, il choisirait le troisième lien. On a fait beaucoup trop de propositions assez différentes, trop de moutures
, a-t-il déploré, rencontré au rassemblement caquiste de sa circonscription, lundi soir.
Animé d'une bonne intention
, la CAQ se sera finalement perdue dans les promesses et les tergiversations, constate-t-il. Vrai que le parti a proposé un tunnel, puis un autre, avant de trancher en faveur d'un pont.

L'ancien ministre Jean-François Simard, lundi, au rassemblement des caquistes dans sa circonscription.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Malgré tout, M. Simard croit encore qu'il s'agit d'un projet important
et structurant
pour la population locale, mais aussi de celle de l'est du Québec.
La dernière promesse caquiste, celle d'un pont à l'est, demeure à son avis meilleure que celle du Parti conservateur
. Désormais majoritaire dans la région de la Capitale-Nationale, le chef Éric Duhaime propose de faire passer le lien interrives sur l'île d'Orléans, une proposition aussitôt critiquée par les insulaires.
Dossier inévitable
Toujours en jeu dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, le troisième lien pourrait bien faire d'autres victimes politiques.
Déjà lundi, le candidat du Parti québécois dans Charlevoix–Côte-de-Beaupré, François Gariépy, y attribuait une partie de sa défaite face à la conservatrice Caroline Simard.

Le candidat du Parti québécois François Gariépy a concédé la victoire à la conservatrice Caroline Simard dans Charlevoix-Côte-de-Beaupré.
Photo : Radio-Canada
Une dizaine de jours avant le vote, son chef Paul St-Pierre Plamondon a écarté la construction d'un troisième lien dans un premier mandat péquiste. Ça n'a pas aidé. On peux du moins dire ça
, a réagi M. Gariépy sur l'absence d'élu dans la région métropolitaine de Québec au terme des élections de lundi.
Soyons francs, l'enjeu du troisième lien demeure un sujet de discussion dans la grande région de Québec
, a-t-il poursuivi. Je pense pas qu'on ne peut pas faire fi du sujet. On devra s'intéresser davantage à cette préoccupation citoyenne autant sur la rive sud que sur la rive nord.
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