Le photographe Bruno Massenet, témoin du cinéma québécois, est mort
Le photographe Bruno Massenet, figure importante de la photographie de cinéma au Québec, est mort. Il avait notamment photographié les plateaux de nombreux films québécois et documenté, à compter du milieu des années 1960, la vie cinéphilique montréalaise à l’occasion d’événements internationaux.
Massenet a été photographe de plateau à Radio-Canada de 1962 à 1966. En 1965, il devient le photographe officiel du Festival international du film de Montréal. À cette occasion, jusqu’en 1967, il photographie notamment de grandes figures de l’histoire du cinéma, dont Jean Renoir, Fritz Lang, John Ford, Faye Dunaway, Warren Beatty et Agnès Varda. Il collabore à diverses maisons de production, comme photographe, mais aussi comme cameraman pigiste.
Son parcours ne se limitait toutefois pas au cinéma. Ses photos ont accompagné des reportages dans Châtelaine, Perspectives, Maclean’s et Time Magazine. Il a aussi collaboré à des agences de photographies, comme Black Star et Keystone.
Bruno Massenet a également été chef photographe du Comité organisateur des Jeux olympiques. Il a par ailleurs travaillé pour la Société d’énergie de la Baie-James ainsi que pour des agences de publicité.
C’est comme photographe de plateau qu’il sera le plus connu. Il a travaillé sur des films comme Mon oncle Antoine (1971), La vraie nature de Bernadette (1972), Kamouraska (1973), Gina (1975) ou encore La guerre des tuques (1984), Ding et Dong, le film (1990) et Le Party (1990). Au fil du temps, il réalise aussi des portraits de toutes sortes, en particulier dans le monde culturel.
Le photographe Pierre Dury l’a fréquenté. « Il a travaillé sur de grands films où j’aurais aimé être », dit-il au Devoir. « Massenet fait partie des précurseurs, mais ce n’est pas quelqu’un qui publiait beaucoup. C’était un ami. Un vrai de vrai Français qui vivait au Québec. »
Des influences multiples
Né en France en 1939, Bruno Massenet immigre avec sa famille au Canada en 1952. « Sa mère était norvégienne. Durant la guerre, la famille est envoyée en Allemagne. C’est de Norvège, après la guerre, qu’ils sont partis en bateau. Le père, lui, était déjà arrivé avant à Sorel, où il travaillait aux chantiers maritimes », raconte sa compagne, Danièle Joubert. « Il était resté assez français, en conservant son accent. Mais en réalité, il était plutôt apatride. Il était, je dirais, assez dispersé dans ses attaches. »
L’homme n’a jamais vraiment voulu exposer son travail, ni publier. « C’est quelque chose qui ne l’intéressait pas », commente Danièle Joubert.
C’est un voisin, alors que la famille vivait désormais à Saint-Marc-sur-Richelieu, qui lui fait découvrir la photographie. « Il va beaucoup fréquenter les cafés de la rue Crescent et de la rue de la Montagne. »
C’est là qu’il rencontre et fréquente des artistes comme Leonard Cohen, Vittorio et Morton Rosengarten. Comme photographe, il est marqué par le travail d’Irving Penn et de Richard Avedon.
En plus de son travail auprès du monde du cinéma, il se consacrait à la photographie en lien avec les relations publiques et les affaires gouvernementales.
En 1967, il a la charge de réaliser les images pour la visite du général de Gaulle autant pour celle de la reine Elizabeth II. Il a aussi travaillé comme photographe pour de grandes firmes d’ingénierie ou pour des projets pharaoniques, comme la construction du Stade olympique ou les installations de la Baie James.
Marco de Blois, conservateur à la Cinémathèque québécoise, constate l’importance historique des nombreuses photos laissées par Bruno Massenet, notamment celles réalisées à l’occasion des différentes éditions du Festival international du film de Montréal. « Elles représentent des artistes au travail — “réseautant”, comme on dit maintenant. Ces rencontres, même brèves, sont ainsi documentées et nous permettent de dessiner des liens. » Le fonds d’archives du photographe est précieux, assure-t-il. La Cinémathèque québécoise conserve son fonds photographique. L’institution du boulevard Maisonneuve à Montréal lui a consacré une exposition en 2025.
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