«Mediapart» révèle avoir fait authentifier les messages antisémites attribués à Jordan Bardella
Le média d’investigation français Mediapart a révélé jeudi avoir pu faire authentifier par huissier les messages antisémites datant de 2013 attribués au président du Rassemblement national, Jordan Bardella, une affaire embarrassante pour l’extrême droite à sept mois de la présidentielle.
Ce dernier dément formellement en être l’auteur.
Jeudi soir, il a dénoncé « les pseudo-preuves » de Mediapart et des « montages grossiers », annonçant qu’il déposera plainte pour « faux et usage de faux ».
Cette affaire pourrait bouleverser la campagne présidentielle du RN, puisque Jordan Bardella était prédestiné au rôle de premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen, qui fait actuellement figure de favorite dans les sondages.
Elle écorne également sa stratégie de « dédiabolisation » du RN menée depuis 15 ans.
Le journal en ligne a publié des captures d’écran des messages antisémites qu’aurait envoyés Jordan Bardella à une autre personne sur la plateforme Messenger en 2013.
L’interlocuteur du président du Rassemblement national a demandé à Meta un téléchargement de cette conversation Messenger, dont l’extraction a été authentifiée par un huissier, toujours selon Mediapart.
Selon le journal, des éléments biographiques révélés dans les conversations par l’utilisateur du compte prouvent bien qu’il s’agissait du vrai Jordan Bardella : mère née en Italie, mention d’une entrevue qu’il avait accordée au journal Le Parisien en 2013, ou échec au concours de Sciences Po.
« L’extraction de la conversation permet de la dater, d’attester du fait que cette conversation n’a pas été modifiée a posteriori, et de confirmer que l’interlocuteur de la conversation est référencé par Meta / Facebook sous le nom Jordan Bardella. L’analyse de son contenu permettant de vérifier qu’il s’agit bien du véritable Jordan Bardella », assure Mediapart.
Le journal en ligne avait publié lundi des messages antisémites datant de 2013 attribuée à Jordan Bardella, alors jeune militant du parti.
Le Pen dénonce une « barbouzerie »
« Les banques sont toutes détenues par des Juifs » ; « Le juif doit dominé les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait notamment écrit Jordan Bardella, qui conteste « formellement » être l’auteur de ces messages.
« Pour Soral je dis que ses analyses sont justes, car tout se vérifie dans les faits », aurait-il également écrit, en dénonçant une « soumission de la France à la logique sioniste ».
L’enquête de Mediapart sortie lundi développe une « fascination » de sa part pour Alain Soral, idéologue antisémite et négationniste qui a rompu ses liens en 2009 avec le Front national (rebaptisé RN).
Dans un long message publié sur X en fin d’après-midi mercredi, Jordan Bardella a de nouveau assuré faire face à « l’accusation la plus ignoble qui [l’]ait jamais visé ».
« Je ne supporte pas cet affront. […] Je ne tolérerai jamais les campagnes orchestrées qui ont pour seul objectif l’exécution politique d’un homme », a affirmé le président du RN, dénonçant « un traitement déloyal, injuste et mensonger ».
Il a par ailleurs annoncé porter plainte en diffamation contre Mediapart et affirmé qu’il est prêt à engager aussi une procédure pour faux et usage de faux.
Les accusations de Mediapart n’ont pas isolé Jordan Bardella au sein de sa famille politique, bien au contraire.
Même si avec cette affaire, le RN doit de nouveau faire face à ses vieux démons, à savoir les accusations d’antisémitisme, le parti a fait bloc derrière son président, qui sera par ailleurs seul candidat à sa réélection lors du congrès à venir fin octobre.
La candidate RN à la présidentielle Marine Le Pen, qui s’est encore affichée avec son dauphin mardi, a dénoncé une « barbouzerie », et a promis de « démonter » ces « manipulations bien lourdes et bien crasseuses ». Elle a même suggéré à Mediapart « d’enfiler son costard en kevlar », la matière dont sont fabriqués les gilets pare-balles.
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