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Saturday, October 10, 2026

La Presse en Alberta | Référendum : est-ce la faute de Jason Kenney ?

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(Calgary) L’ancien premier ministre de l’Alberta et ministre sous Stephen Harper est aujourd’hui un ténor de la cause fédéraliste. Jason Kenney fait campagne pour sauver sa province de l’indépendance. Et il ne passe vraiment pas inaperçu.

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De Coutts à Calgary, séparatistes et fédéralistes écorchent souvent M. Kenney. Pour les uns, il a brimé les droits fondamentaux des Albertains durant la pandémie. Pour les autres, il a ouvert la voie aux séparatistes en étant le grand architecte de l’union des forces conservatrices. Sa successeure, après tout, est celle qui a permis la tenue de ce référendum.

Dans cette campagne émotive, M. Kenney refuse d’être tenu responsable et appelle les conservateurs à rejeter l’indépendance.

Il reste moins d’un mois avant le vote. Quelle est votre lecture de la situation actuelle ?

Les sondages indiquent une opposition à la séparation dans un rapport de trois ou quatre contre un, mais le résultat dépendra entièrement du taux de participation. Les fédéralistes devraient s’inquiéter du fait que la ferveur est plus intense dans le camp séparatiste. Les séparatistes purs et durs sont prêts à ramper sur du verre brisé pour aller voter. La journée du vote pourrait être très difficile. Le processus pour voter est inédit dans la région, avec 10 questions. Personne n’a fait cela auparavant. Je crains que cela ne sème la confusion et n’intimide bon nombre d’électeurs.

Vous vous exprimez très ouvertement dans le cadre de cette campagne, alors que vous ne faites pas l’unanimité dans votre province. Est-ce que votre démarche fonctionne ?

Montrez-moi un autre fédéraliste de premier plan qui participe à ce débat de la même manière, je n’en vois pas. C’est comme si je comblais un vide. J’accueillerais volontiers d’autres personnes. Je suis très content de voir des députés conservateurs lancer une campagne. Il aurait été préférable qu’ils commencent plus tôt, mais mieux vaut tard que jamais. Lorsqu’on regarde cela, le camp fédéraliste n’est pas en position de faiblesse. Bien au contraire.

À l’époque où vous avez unifié la droite en Alberta avec le Parti conservateur uni (UCP) et où vous étiez premier ministre, vous est-il arrivé de vous demander si un mouvement séparatiste pouvait naître et si un référendum finirait par avoir lieu un jour ?

Non. Premièrement, j’ai été actif au cœur même de la droite albertaine durant toute ma vie d’adulte. Je savais qui étaient les séparatistes et à quel point ils étaient marginaux. Deuxièmement, le Parti Wildrose n’était pas un parti séparatiste. C’était avant tout un parti populiste, rural et agraire. Je n’intégrais donc pas un parti séparatiste à la coalition. Au cours des trois années que j’ai consacrées à rapprocher ces partis, il a rarement été question de séparatisme.

Sur le terrain dans le sud de l’Alberta, de Coutts à Calgary en passant par Lethbridge, ils étaient plusieurs à nous dire que vous aviez une certaine responsabilité pour le référendum actuel. Les gens de gauche, certes, mais les fédéralistes et les indépendantistes aussi. Que leur répondez-vous ?

Je pense que c’est évidemment ridicule. J’ai créé un grand parti politique, attaché à l’unité nationale, qui a remporté 56 % des suffrages exprimés et qui ne comptait aucun séparatiste dans ses rangs. D’ailleurs, non seulement j’ai inscrit le principe du fédéralisme dans les statuts fondateurs du parti, mais j’ai aussi scrupuleusement écarté les candidats potentiels qui étaient séparatistes.

Le fait est que j’ai créé une coalition politique de centre droit, dans la lignée de l’ancien Parti progressiste-conservateur de l’Alberta qui a été repris [par des indépendantistes]. Est-ce que j’ai créé le mouvement antivaccin du « convoi de la liberté » ? J’en ai été une victime ! C’est ridicule, cette idée que j’aurais créé cet état d’esprit.

Jason Kenney, ex-premier ministre de l’Alberta

Considérez-vous aujourd’hui que le parti que vous avez créé et sa cheffe sont séparatistes ou fédéralistes ?

Je ne fais pas de commentaires sur ma successeure, il faudrait lui poser la question. Le parti a retiré la disposition que j’avais rédigée concernant la loyauté envers un Canada uni. Il semble bien qu’une très grande partie des membres actifs, pas les députés, mais les membres, soient séparatistes et souhaitent présenter une résolution en ce sens lors du congrès des membres.

Pensez-vous que le parti devrait revenir à ce qu’il était, c’est-à-dire une division de la droite ?

Écoutez, l’UCP a été élu deux fois de suite comme gouvernement majoritaire en tant que parti fédéraliste. La vaste majorité des Albertains n’auraient jamais voté pour un parti séparatiste. Donc, si l’UCP veut gouverner et remporter des élections, il doit rester un parti fédéraliste. S’il souhaite devenir un parti séparatiste, il doit le dire clairement aux gens et il finira alors par recueillir 1 ou 2 % des voix, comme c’est toujours le cas pour les partis séparatistes.

Croyez-vous que l’UCP est désormais un parti séparatiste ?

Non, non, je ne pense pas cela. Je ne pense pas qu’il y ait plus d’un ou deux de leurs députés qui soutiennent cette idée. Il y a un véritable problème : le mouvement séparatiste a décidé de tenter de détourner un parti dominant au pouvoir. À mes yeux, c’est une démarche profondément antidémocratique. L’UCP est au gouvernement et détient un mandat en tant que parti fédéraliste. Il n’a jamais fait campagne sur la question de la sécession. Ces gens n’ont donc aucun droit de détourner un parti et il faudra bien trouver une solution à cette situation.

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