Il est temps de parler d’éducation et d’universités, réclame le recteur de l’UQAM

Stéphane Pallage est fier de poser devant la toile de Françoise Sullivan, dernière signataire du Refus global encore vivante. « Sans le Refus global, l’UQAM n’existerait peut-être pas », confie son recteur. Et sans l’UQAM, avec sa mission de « service public », on aurait un « ascenseur social » de moins au Québec, ajoute-t-il lors d’un entretien éditorial accordé à Radio-Canada.
Quand il y a un enjeu de société, on est toujours là pour répondre
, rappelle M. Pallage. Toutefois, il s’inquiète que la campagne électorale, elle, ne semble pas se préoccuper outre mesure de la défense du moteur de croissance
que sont les universités. Je n’entends absolument pas parler d’éducation, alors que c’est un enjeu de société absolument majeur
, déplore-t-il.
La société est vieillissante. Il faut prendre soin de nos enfants et ça veut dire s’occuper des écoles primaires, secondaires, mais aussi de nos cégeps et de nos universités.
Pour contrer la baisse des naissances et générer une croissance de l'économie, il est impératif d’ouvrir les portes un peu plus grandes aux étudiants internationaux
, selon lui. Et les universités sont des milieux d’intégration absolument formidable
, ajoute-t-il. Quand un étudiant arrive à l’UQAM, au bout des trois ou quatre ans de son programme, il est Québécois.
Pourtant, le gouvernement de la CAQ, avec son abolition soudaine du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) à l’automne dernier, et l’ajout de quotas d’étudiants étrangers, est allé dans le sens contraire, provoquant des baisses phénoménales
du nombre d’étudiants étrangers ces deux dernières années, explique M. Pallage.
L’année dernière, on a eu une chute de 25 % des inscriptions de nouveaux étudiants internationaux. Cette année, à date comparable, on voit une nouvelle chute de 34 %. C’est énorme
, partage-t-il.
La proportion d’étudiants étrangers à l’UQAM est passée de 7,8 % en 2016 à 13,9 % en 2024, avant de chuter à moins de 12 % cette année.

Le logo de l'UQAM sur un de ses pavillons.
Photo : Ivanoh Demers
Le recteur reconnaît que l’annonce, en juin, de la première ministre sortante Christine Fréchette de réinstaller le PEQ pour deux ans et la mission en Europe pour rectifier le tir n’ont peut-être pas encore porté fruits qu'elles sont survenues après la période d’inscriptions d’automne. Toutefois, il doute que cela aura suffi pour résorber la crise d’attractivité avec laquelle doivent composer les universités.
Il est important pour l’avenir du Québec qu’on change le cap.
Il demande aux partis politiques de poser des gestes très forts
pour modifier la réputation de la province qui a été altérée
à l'étranger à son avis.
Un meilleur financement réclamé
M. Pallage réclame aussi des engagements en matière de financement des universités. Il répète que le réseau universitaire québécois doit composer avec un financement d’un milliard $ de moins que les autres universités canadiennes, selon les calculs récemment mis à jour de l’économiste Pierre Fortin.
Voilà un investissement supplémentaire tout à fait possible
à son avis, et il explique même que certaines initiatives de son institution pourraient permettre de dégager des sommes en ce sens.
Je pense qu’il est temps d’avoir un réinvestissement dans l’enseignement supérieur. Nous souhaitons collectivement un tel engagement de la part du [prochain] gouvernement.
Il se félicite que l’UQAM, avec son projet de programme de médecine familiale conjoint avec les autres universités du réseau de l’UQ, pourrait contribuer à dégonfler la facture en santé, avec son budget annuel de 65 milliards $.
En ouvrant ce programme rapidement, on l’espère, ça va changer la première ligne. Ça va permettre à des gens qui ont une maladie d’être pris en charge à un stade plus précoce et ça va réduire les coûts de façon spectaculaire.
Voilà de l’argent qui pourrait être redirigé dans le réseau universitaire sans que ça coûte plus cher aux payeurs de taxes
, propose-t-il.
S’attaquer à la pénurie d’enseignants
M. Pallage remarque aussi, avec déception, le peu de discussions survenues jusqu’à présent sur la pénurie de main-d'œuvre scolaire.
Il souligne que l’UQAM, qui forme près du quart des enseignants du secondaire au Québec, a agi sur plusieurs plans pour tenter de remédier à cette problématique
, notamment grâce à une refonte de son programme de baccalauréat et l’ajout de nombreux programmes courts en enseignement.
Il espère que les prochaines semaines de campagne électorale permettront de mettre de l’avant des échanges plus approfondis sur cet enjeu et d’autres touchant le réseau de l’éducation et de l’enseignement supérieur.
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