Sur la route USA : "Pour le gouvernement, nous n’existons pas", dans les réserves indiennes d’Arizona, l’amère réalité des premiers Américains

Nous reprenons la route vers le nord par l’Interstate 40 et entrons chez les Navajos. Le décor change : la terre vire au rouge et les premières mesas se dressent au-dessus de plaines infinies. Les Navajos sont près de 500.000 aux États-Unis, dont 150.000 installés dans la réserve. Les indicateurs sociaux y sont tout aussi alarmants, avec une spécificité locale frappante : ici, 30 à 40 pour cent des foyers n’ont toujours pas l’eau courante à domicile.
Oh, vous savez, personne ne vient en premier. Seul Dieu est le premier.
Halte dans une petite station-service près de Chinle. Un homme d’une bonne cinquantaine d’années, au visage buriné, boit une bière : "Est-ce que je me sens Navajo ou Américain ? Quelle question stupide ! Je suis un natif. Nous, les Navajos, sommes un peuple solide et uni. Nous n’avons pas le choix, car le gouvernement n’en a absolument rien à faire de notre culture. D’ailleurs, je n’attends plus rien d’eux. Qu’est-ce que vous croyez que je devrais attendre ?" Et quand Donald Trump martèle son slogan America First, pense-t-il aux Navajos ? "Oh, vous savez, personne ne vient en premier. Seul Dieu est le premier."
Je n’attends rien de l’État. Et je m’arrête là, sinon je deviendrais grossière. Mais vous savez quoi ? Malgré tout, je suis fière d’être Navajo. J’aime ma culture et j’aime ma terre.
Un peu plus loin, au bord du bitume, une jeune fille vend de l’artisanat : "Vous savez, c’est très dur de vivre dans la réserve. Les routes sont mauvaises, les réseaux d’eau et d’électricité tombent en panne… Dans les réserves, la drogue et l’alcool font des ravages, et il n’y a presque pas d’emploi." Se reconnaît-elle dans le discours trumpiste ? "Pas pour nous, non… Ces gens-là ne s’intéressent pas à notre sort. Je n’attends rien de l’État. Et je m’arrête là, sinon je deviendrais grossière. Mais vous savez quoi ? Malgré tout, je suis fière d’être Navajo. J’aime ma culture et j’aime ma terre."
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