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Saturday, October 17, 2026

Est-ce qu’utiliser davantage de sel dans les rues de Montréal est une bonne idée?

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La Ville de Montréal a dévoilé jeudi sa stratégie hivernale qui prévoit notamment un investissement de 15,8 millions de dollars pour l’achat de tracteurs-chargeurs et de camions épandeurs ainsi que pour l’entretien d’équipement. La mairesse Soraya Martinez Ferrada a aussi annoncé l’intention de la Ville d’augmenter l’utilisation du sel dans les rues et sur les trottoirs.

Qu’est-ce qui va changer dans l’utilisation du sel ?

Dans les dernières années, la Ville avait l’habitude de procéder à un épandage massif de gravier mélangé à une part réduite de sel pour rendre les trottoirs et les rues moins glissants.

L’hiver difficile qu’a connu la métropole l’an dernier a cependant incité l’administration à revoir sa stratégie. « On ramène le sel à Montréal », a lancé la mairesse jeudi, décrivant ce produit comme « le plus efficace pour déglacer les trottoirs ».

La Ville compte également tester un additif à base d’étoile de mer, un produit sud-coréen que la Ville de Dorval a mis à l’essai l’hiver dernier.

Montréal n’a pas précisé quelle quantité de sel allait être répandue dans les rues et sur les trottoirs cet hiver. Elle vient cependant d’accorder un important contrat de 23 millions à l’entreprise Selto Distribution, de Victoriaville, pour la fourniture de près de 200 000 tonnes de sel de déglaçage. Cette entreprise, qui s’approvisionne de sel en provenance d’Égypte, a déposé une offre plus basse que ses concurrents, dont Sel Windsor qui exploite les Mines Seleine aux îles de la Madeleine.

Quels sont les risques environnementaux ?

C’est connu, le chlorure de sodium (NaCI) est néfaste pour la végétation et contamine les cours d’eau, en plus de contribuer à la détérioration des infrastructures.

Professeur chercheur au Laboratoire international des matériaux antigivre (LIMA) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Jean-Denis Brassard s’étonne que la Ville de Montréal ait choisi cette orientation. « On a souvent tendance à se rabattre sur le chlorure de sodium parce qu’il est peu coûteux et facilement accessible. Toutefois, il existe plusieurs solutions de rechange, notamment des produits et additifs potentiellement plus écologiques, dont certains pourraient être issus de ressources locales et québécoises. »

Après des années d’efforts pour réduire le recours au sel pour déglacer les routes du Québec, la décision de la Ville lui apparaît comme un recul. Quant à l’additif à base d’étoile de mer qui sera mis à l’essai, M. Brassard indique ne pas connaître suffisamment ce produit pour se prononcer sur son efficacité.

La stratégie de la Ville ne rassure pas les organismes environnementaux. « J’ose croire qu’il y aura un usage intelligent qui sera fait », indique Blaise Rémillard, responsable des dossiers de mobilité et d’urbanisme au Conseil régional de l’environnement de Montréal. « Les meilleures pratiques consistent à mieux gérer l’endroit, les quantités, l’heure et les conditions dans lesquelles l’épandage est réalisé. »

Le directeur général de la Fondation Rivières, André Bélanger, se questionne aussi sur la nouvelle vision de la Ville. « Montréal a la responsabilité d’établir des mécanismes de surveillance de l’impact de cette décision sur la qualité de l’eau du fleuve », avance-t-il.

La Ville aurait-elle pu refuser d’acheter du sel égyptien ?

La Ville a choisi d’octroyer le contrat pour la fourniture de sel de déglaçage des chaussées selon la procédure du plus bas soumissionnaire. En procédant ainsi, « le plus bas soumissionnaire jugé conforme par les fonctionnaires va automatiquement obtenir le contrat », explique Danielle Pilette, professeure spécialisée en gestion municipale à l’Université du Québec à Montréal.

Plusieurs ont tiqué en apprenant que l’entreprise allait s’approvisionner en sel égyptien. L’origine du produit aurait pu être une norme édictée dans le cadre de l’appel d’offres, confirme Mme Pilette. Mais avant d’opter une telle norme, encore faut-il s’assurer que les soumissionnaires locaux puissent offrir le produit en quantité suffisante.

En jugeant l’octroi d’un contrat à une entreprise qui s’approvisionne en Égypte, il ne faut pas oublier que les entreprises québécoises souhaitent elles aussi vendre à l’étranger, poursuit Mme Pilette. Dans le cadre de la guerre commerciale avec les États-Unis, « si le Canada veut diversifier ses marchés pour la vente, il faut aussi qu’il ouvre ses propres frontières ».

Quels sont les effets du sel sur les infrastructures ?

À maintes reprises au cours de la dernière année, l’Ordre des ingénieurs du Québec a dénoncé le déficit d’entretien des infrastructures. « Dans ce contexte, on devrait justement chercher à mieux les protéger afin de prolonger leur durée de vie », croit le chercheur Jean-Denis Brassard.

Le NaCI contribue à la corrosion des éléments métalliques et des armatures du béton, ce qui peut accélérer la dégradation de certaines infrastructures, rappelle-t-il. « Il me semble contradictoire de vouloir prolonger la durée de vie de nos ouvrages tout en augmentant leur exposition à des agents reconnus pour leurs effets corrosifs. » Selon lui, le coût d’un déglaçant ne devrait donc pas être évalué uniquement à l’achat, mais également en fonction des dommages et des coûts d’entretien qu’il peut engendrer à long terme.

Le gravier n’est pas inoffensif pour autant, prévient Danielle Pilette. Il peut s’accumuler dans les conduites souterraines, ce qui les fait perdre en efficacité et peut entraîner des blocages et des débordements. Le REM a aussi connu son lot de problèmes en raison des petites roches coincées dans les portes des wagons.

Il n’est pas évident de déterminer si c’est l’utilisation de gravier ou de sel qui entraîne le plus de coûts à long terme, estime Mme Pilette. « Ce qui est efficace, c’est un mélange de sel et de petit gravier. C’est très efficace. Et le prix est relativement abordable. » Un mélange permettrait aussi de mitiger en partie les dommages environnementaux, tout en demeurant efficace, soutient-elle.

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