Mischief 1, un modèle vidéo « dérivé de neurones vivants » : pardon ?
The Biological Computing lance Mischief 1, un générateur de vidéos qu’elle présente comme le premier modèle commercial issu de l’étude de vrais neurones. Si votre première réaction est un « hein ? » vocal, on va tenter de tout décortiquer.
Il y a des communiqués qu’on lit trois fois pour être sûr d’avoir compris, surtout quand ils sont publiés, une fois n’est pas coutume, dans le tumulte d’un flux sur X. « Depuis quatre ans, nous faisons pousser de vraies cellules cérébrales sur des électrodes pour comprendre comment elles calculent », a écrit Alex Ksendzovsky, cofondateur et patron de TBC, le 30 octobre 2026. Avant d’annoncer que ces découvertes donnaient naissance à… un modèle de génération vidéo, disponible pour un demi-centime la seconde sur la plateforme fal.ai. Le lancement tombait la veille d’Halloween, d’où le nom (« mischief » désigne les petites farces de la Mischief Night).
— Alex Ksendzovsky (@AlexKsendzovsky) October 30, 2026today, we introduce a little mischief to the world.
for four years, we’ve been brewing real brain cells on electrodes to understand how they compute. now, we’ve turned those discoveries into a video model anyone can use.
from 0.5¢ a second, mischief 1 is at least 5x faster than… pic.twitter.com/TsGwNKFQwf
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Rassurez-vous déjà, si vous avez envie de tester le modèle : quand vous générez une vidéo avec Mischief 1, aucun neurone de rat ne travaille pour vous.
Le produit, au fond, est assez banal (si on considère banal le fait de pouvoir envoyer 3 lignes de texte à un ordinateur, générer une image et avoir une vidéo de qualité en retour, bienvenue en 2026). Mischief 1 est un modèle « image vers vidéo » : on lui donne une image de départ et une description de ce qui doit se passer, et il renvoie un clip de trois ou cinq secondes, en 480p ou 720p. Il est accessible par API sur fal, pour 0,5 centime de dollar la seconde en 480p et 1 centime en 720p, soit 5 centimes le clip de cinq secondes en 720p. TBC le présente comme le moins cher de sa catégorie.

Mischief 1 n’est pas un modèle conçu de zéro. Il repose sur Wan 2.2, un modèle vidéo open source développé par Alibaba qu’il est possible d’installer sur votre ordinateur. TBC y ajoute une petite couche logicielle, qui pèse moins de 0,1 % du modèle d’origine et s’insère entre ses blocs de calcul. Résultat revendiqué : des vidéos de qualité équivalente, générées au moins cinq fois plus vite et pour un coût de calcul inférieur de 80 %. Sur sa page produit, la start-up affiche 12 secondes de génération contre 142 secondes pour Wan 2.2 seul.
Et les neurones dans tout ça ?
TBC n’est pas une startup d’IA comme les autres. Fondée par deux neurochirurgiens, Alex Ksendzovsky et Jon Pomeraniec, elle cultive dans ses laboratoires de San Francisco et Baltimore des neurones de rat et des neurones dérivés de cellules souches humaines, posés sur des grilles d’électrodes. L’équipe traduit un problème informatique (des pixels, par exemple) en stimulations électriques, enregistre la réponse des neurones, et cherche dans leur activité des motifs de calcul récurrents. Ces motifs sont ensuite transposés en équations, intégrées dans des réseaux de neurones artificiels classiques.
Tout le challenge est d’approcher l’efficacité du cerveau humain. Notre cerveau fonctionne en effet avec une vingtaine de watts, quand un datacenter d’IA en consomme des centaines de millions. Si la nature a trouvé des façons de calculer plus efficaces, autant aller les observer directement.
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TBC n’est pas seule sur ce créneau : l’australienne Cortical Labs vend déjà un « ordinateur biologique » à base de neurones humains, et la suisse FinalSpark loue l’accès à ses organoïdes cérébraux. Mais TBC est la première à transformer ces recherches en produit commercial grand public, tournant sur des GPU tout ce qu’il y a de plus classiques.
La start-up reste très évasive quand il s’agit d’expliquer comment l’activité de neurones de rat devient une ligne de code. Or des accélérations d’un modèle open source de cet ordre ne sont pas inédites. On sait déjà rendre Wan 2.2 plusieurs fois plus rapide grâce à des techniques de distillation, qui réduisent le nombre d’étapes de calcul nécessaires. Impossible, sans article scientifique étayé, de savoir si la « recette neuronale » fait mieux, ou si elle fait la même chose avec une meilleure histoire.

La société, qui a levé 52 millions de dollars, a de toute façon des ambitions bien plus larges : elle dit avoir appliqué sa méthode au modèle Cosmos de Nvidia pour la robotique, et travaille, à plus long terme, à remettre de vrais neurones dans la boucle de calcul.
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