Insuffisance veineuse chronique | Des chirurgiens réclament un accès à un traitement moins invasif

Atteinte d’insuffisance veineuse sévère, Sylvie Audy a la jambe gauche lourde et douloureuse. Malgré le port de bas de contention et les exercices qu’elle fait pour avoir une meilleure circulation sanguine, se déplacer est difficile.
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Une opération permettrait à la résidante de Québec de retrouver une qualité de vie. Mais l’intervention est difficilement accessible au Québec. L’Association de chirurgie vasculaire et endovasculaire du Québec (ACVEQ) espère amener Québec à remédier à la situation.
Mme Audy est atteinte d’insuffisance veineuse grave chronique. Le sang circule mal dans la grande veine saphène de sa jambe gauche. « Ma condition se détériore. Ma jambe me réveille la nuit tellement la douleur est intense. Je suis limitée dans mes activités », dit-elle.
Président de l’ACVEQ, le Dr Ricardo Ruz explique que tous les cas d’insuffisance veineuse, une affection qui mène souvent à des varices, ne demandent pas à être traités. Pour bien des patients, l’affection est bénigne et entraîne principalement un souci esthétique. Aux États-Unis, 23 % de la population adulte a des varices et 6 % souffrent d’insuffisance veineuse chronique plus avancée, indique l’ACVEQ.
Les varices augmentent légèrement (de 5 % à 10 %) les chances de faire des phlébites, soit des caillots dans le sang. Mme Audy est du nombre. En 2012, elle a fait une première thrombophlébite suivie d’une embolie pulmonaire. Elle a subi une autre thrombophlébite en 2023. « C’était profond. Si le caillot se détache, ça peut aller dans les poumons, le cœur ou le cerveau », explique-t-elle.
Une intervention difficile d’accès
Au Québec, une seule intervention est facilement accessible pour régler les problèmes d’insuffisance veineuse chronique : la saphénectomie par tringlage. L’opération consiste en une longue incision faite à l’aine et près du genou. « En gros, on passe un cathéter et on arrache la veine », explique le Dr Ruz. Cette intervention est invasive et se déroule sous anesthésie générale. « Ça me demanderait deux mois d’arrêt de travail », dit Mme Audy.
Mais depuis quelques années, les opérations endoveineuses, des interventions ne nécessitant pas d’anesthésie générale, ont fait leurs preuves pour corriger les problèmes d’insuffisance veineuse, explique le Dr Ruz.
Avec un cathéter, les chirurgiens utilisent un laser, de la radiofréquence ou une sorte de colle spéciale pour enlever ou boucher les veines problématiques.
L’acte médical pour les opérations endoveineuses est couvert par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) « lorsqu’il est requis d’un point de vue médical », indique Santé Québec. Mais l’acte est « non tarifé ». « C’est-à-dire qu’il n’y a aucune tarification prévue à l’entente des médecins spécialistes pour cet acte », explique Santé Québec. Les médecins qui veulent réaliser des opérations endoveineuses doivent donc faire une demande particulière à la RAMQ.
Ce mécanisme est « complexe », dénonce Mme Audy. Car même si l’acte est autorisé, l’hôpital où l’intervention doit se dérouler doit appuyer la démarche, prévoir le budget nécessaire pour le matériel et libérer une salle pour l’intervention, notamment, explique Mme Audy.
Dans une déclaration publiée cet été, l’ACVEQ a écrit que « le contexte actuel nous empêche de traiter adéquatement » les patients atteints d’insuffisance veineuse chronique. « La prise en charge de cette clientèle est fortement découragée par un mode de rémunération désuet et inadéquat […], a écrit l’ACVEQ. Cette rémunération ne reflète plus la réalité actuelle de la pratique. »
Le Dr Ruz estime qu’élargir l’accès aux opérations endoveineuses pour les personnes pour qui c’est médicalement requis, et non pas seulement pour les cas esthétiques, permettrait de faire des économies.
Car ces procédures se font hors des blocs opératoires. Considérant que les listes d’attente en chirurgie vasculaire ont beaucoup augmenté depuis la pandémie, alléger la demande serait bénéfique, explique-t-il.
À Santé Québec, on se dit « favorable aux traitements non invasifs qui répondent aux besoins des usagers ». On explique que l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) a été mandaté « dans la poursuite de l’évaluation de ces technologies alternatives ».
Pour Mme Audy tout comme pour l’ACVEQ, il est temps que le Québec élargisse le service pour des interventions « qui ont fait leurs preuves ». « Mon but, c’est d’avoir l’opération. Mais d’autres patients vivent la même situation […], martèle Mme Audy. Il faudrait un accès ouvert à tous au lieu du cas par cas, comme c’est le cas actuellement. »
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