"Socialiste !" Est-ce encore une insulte aux États-Unis ?

Pourquoi cette nouvelle gauche trouve-t-elle davantage d’écho ? Romuald Sciora met en avant les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux Américains : coût des soins de santé, précarité de certains emplois, coût de la vie ou encore inégalités scolaires.
"La vie aux États-Unis est extrêmement difficile, et de plus en plus difficile", témoigne-t-il. "Je paie 2000 dollars personnellement d’assurance santé par mois. Plus de 40 millions d’Américains n’ont pas vu un docteur depuis leur enfance. Il n’y a pas de service public : j’attends mon métro 18 minutes par jour et les infrastructures sont défectueuses dans la plupart des grandes régions du pays. 80% des emplois qui sont créés chaque mois sont des emplois qu’aucun Canadien ou Européen accepterait. Ils travaillent entre 10 et 12 heures par jour, avec un jour de congé par semaine. Il n’y a pas de congés payés, évidemment, pas d’assurance santé. Il y a une précarité totale et un coût de la vie qui est exorbitant."
Dans ce contexte, l’idée d’une intervention plus importante de l’État peut trouver un nouvel écho. Mais là encore, Romuald Sciora appelle à la prudence. Cette évolution concerne surtout les jeunes issus de milieux éduqués. "Ou alors la petite classe moyenne, mais pas les classes populaires et encore moins les classes paupérisées qui, elles, sont véritablement individualistes et ne veulent rien devoir à l’État." Elle ne signifie donc pas que les classes populaires américaines seraient devenues massivement socialistes. "Oui, il y a une émergence, mais ça demeure extrêmement minoritaire pour l’instant", estime le politologue franco-américain.
Le terme conserve en effet une autre vie : celle d’une arme politique. Donald Trump et la droite américaine continuent à utiliser "socialiste" pour attaquer leurs adversaires démocrates. "Trump essaie d’utiliser ce terme comme un mot-clef qui permet de synthétiser toute une série d’idées négatives, qui remontent justement à la guerre froide, à la crainte américaine du communisme", explique Philippe Hambye.
Le paradoxe est que cette stratégie pourrait finalement contribuer à banaliser le terme. Si tous les démocrates sont qualifiés de socialistes, le mot finit par désigner des personnalités très différentes, y compris des démocrates modérés. Pour le chercheur, cela peut progressivement lui faire perdre "sa connotation de radicalité". Autrement dit, à force d’utiliser "socialiste" pour tout et tous, le mot risque de faire moins peur.
Gagner une primaire, c’est une chose. Après, il faut gagner l’élection générale.
L’émergence de Zohran Mamdani illustre cette nouvelle situation. Le codirigeant du centre AmericaS, Serge Jaumain, voit dans son succès à New York un signe intéressant de la capacité de la gauche américaine à mobiliser, notamment auprès des jeunes. Mais il rappelle immédiatement une limite : "New York est un bastion démocrate".
Le politologue Romuald Sciora insiste, lui, sur une différence fondamentale : "Gagner une primaire, c’est une chose. Après, il faut gagner l’élection générale." Pour lui, les succès de candidats socialistes restent essentiellement concentrés dans des territoires déjà très favorables aux démocrates. Il serait donc prématuré d’y voir une révolution au sein du parti démocrate.
Serge Jaumain partage cette prudence. Le mouvement socialiste peut gagner de l’influence, pense-t-il, mais il ne devrait pas devenir majoritaire au sein du parti ou de la population américaine dans un avenir proche.
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