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Wednesday, September 23, 2026

«Hubris» : les prémices du chaos

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« C’est une écriture qui appelle l’oralité et qui est ancrée dans une critique de la société à la fois ludique et féroce. » Christian Lapointe décrit en ces termes la plume de Simon-Pierre Beaudet telle qu’il la déploie dans l’essai Hubris. Une histoire des années 2010. L’auteur d’Ils mangent dans leurs chars. Chroniques du troisième lien et de la fin du monde et de Fuck le monde dresse un résumé faussement naïf de la dernière décennie sur les plans politique, social et économique à l’échelle mondiale. De concert avec Catherine Dorion, le directeur de la compagnie Carte blanche en fera sur scène la lecture à l’occasion du Festival international de la littérature (FIL) puis de Québec en toutes lettres.

Lapointe avait déjà lu ce livre devant public, à la Maison de la littérature au printemps dernier, le mettant en relation avec celui de Mark Fortier, Devenir fasciste. Ma thérapie de conversion, et avait invité Dorion à animer une discussion entre les deux auteurs. Afin de rebrasser les cartes et se gardant bien d’en faire un spectacle formaté, « un objet fabriqué qui marche, avec un moment peak et à la fin on pleure », il a proposé à sa collègue d’en partager la lecture scénique. Elle-même avait emprunté à l’écrivain, avec Mathieu Campagna, des extraits de textes à l’occasion de la pièce éloquemment titrée Fuck toute, présentée en 2016 au théâtre Premier Acte.

Ce ne sera que la troisième fois, au FIL, que le tandem se prêtera à l’exercice, approche garante d’une certaine spontanéité. « C’est une lecture, mais on est dans le bouffon », lance Catherine Dorion. La prestation solo de Lapointe, explique-t-elle, tenait déjà, en quelque sorte, « d’un Bye bye absurde, cinglant, malaisant et drôle. On a du fun à bouffonner les libéraux, les citoyens… » « … la gauche, la droite, complète son partenaire. Tout le monde y passe. »

L’auditoire de la Maison de la littérature était « en jubilation », se souvient Christian Lapointe. Même si, dans la suite de paragraphes rédigés par Beaudet, relatant tant les succès démocratiques atteints par les populations d’ici et d’ailleurs que les asservissements d’ordres politique, technologique ou social qui les ont bâillonnées, il n’y a pas uniquement de quoi se réjouir. « Simon-Pierre a un regard acéré, parfois cynique, mais il n’y a jamais juste ça. Il y a toujours l’autre pendant », explique l’ex-députée. Lapointe y va, quant à lui, d’un parallèle éclairant : « Si on prend [l’œuvre de Samuel] Beckett, par exemple, c’est très lumineux. Parce que le fait de nommer l’obscurité, ça apporte beaucoup de lumière. Donc le geste de nommer cette époque-ci est un geste jubilatoire. […] Une fois [la situation diagnostiquée], on n’est plus dans un rapport d’apitoiement, mais, au contraire, dans un rapport d’empouvoirement. »

Prise de conscience

En période de préscrutin, le duo estime que les propos de l’auteur auront sans doute un écho tout particulier, car les thèmes abordés recoupent vastement les enjeux électoraux. « Ce que j’aime d’Hubris, ajoute Catherine Dorion, c’est qu’on va se rappeler comment les gens qui sont au pouvoir, soit dans les médias, soit dans les gouvernements, soit dans d’autres instances, ont peu à peu leurré le peuple et perverti la démocratie. Et en même temps, nous, on n’était pas toujours en train de résister… » hypnotisés que nous étions, suggère-t-elle, par les inepties circulant sur nos écrans.

Se trouve d’ailleurs pointée, dans le survol historique que signe Beaudet, l’hégémonie exponentielle qu’en est progressivement venue à exercer la technologie au sein de l’existence humaine. Or celle-ci s’infiltre jusque dans le spectacle par la voie de lunettes prompteurs où défilera le texte à lire. Une illustration ironique que savourent les deux artistes.

« Je trouve que ce parcours à travers les années 2010, avance l’idéateur du projet, nous donne une prise sur le réel, rappelle à notre mémoire une vie moins connectée et comment cette connectivité-là s’est faite, comment on a pu embarquer dedans avec la promesse que ça allait créer du lien. En fait, ça a défait le lien. » « On est dans un moment historique, poursuit sa complice, où le peuple est dans la confusion et les puissants sont dans la violence. Par la division, par la propagande, par l’atomisation, par la démoralisation, qui sont des tactiques de violence psychologique à l’œuvre dans d’autres types de violence comme la violence conjugale, celle des sectes toxiques. » Et son collègue d’ajouter : « La traversée de ces années-là à travers la lorgnette de Simon-Pierre donne envie de se dire qu’il faut qu’on se retisse et que ceux qui nous ont dépossédés devront nous redonner. » « Ou qu’on leur prenne ! ajoute la créatrice. Qu’on reprenne le contrôle de nos vies, qu’on sorte de cette confusion-là. Mais Simon-Pierre […] ne donne pas toutes les réponses. Il sème des impressions, qui sont très fortes. Après, il faut se débrouiller avec. Ça, j’aime ça. »

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