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Wednesday, September 16, 2026

Le Canada frappe à la porte de l’Union européenne, et alors?

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En pleine guerre tarifaire avec l'administration Trump, le premier canadien Mark Carney prononcera jeudi un discours très attendu au Parlement européen, qui pose d'emblée une question : que peut l'Union européenne pour le Canada?

Depuis son célèbre discours à Davos, en janvier 2026, où il avait appelé à l’union des puissances moyennes, Mark Carney s’attire la sympathie, voire l'admiration, des Européens pour son courage de se mesurer à l’administration de Donald Trump, qui tire à coups de droits de douane intempestifs afin de faire plier le genou canadien.

De plus en plus actif pour diversifier les exportations canadiennes vers d’autres pôles géographiques, Mark Carney lorgne du côté de l’Europe, mais ses projets, en termes de collaboration dans ce club des 27, semblent à géométrie variable. Membre associé? Exemption de visa pour les Canadiens? Ce n'est pas clair.

Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible, et lui ouvrir la porte pour qu’il devienne le premier membre associé à l’UE, a affirmé Ursula von der Leyen, alors que le premier ministre canadien était chaleureusement applaudi dans l’assemblée mercredi, à Strasbourg, où M. Carney prendra la parole jeudi.

Les drapeaux des États membres de l'Union européenne sont exposés dans l'atrium du bâtiment du Parlement européen à Strasbourg, en France.

Le drapeau canadien, permanent au Parlement européen ? Pas si vite...

Photo : Getty Images / Johannes Simon

La présidente de la Commission européenne tend la main, mais ses membres en bonne et due forme accepteront-ils? Il est déjà compliqué de s'entendre entre membres européens lorsqu'il est question d'enjeux et d'intérêts territoriaux. Qu'en sera-t-il pour un nouveau pays membre aussi géographiquement éloigné?

Mais que veut vraiment le Canada? En fait, la question serait plutôt : que peut lui offrir l’Europe?

Quid de la CETA?

Dix ans après son entrée en vigueur provisoire, l'accord économique et commercial global (AECG ou CETA) offre la suppression des droits de douane, entre le Canada et l'UE, sur les marchandises échangées entre les deux zones, l’harmonisation des normes et l’accès aux marchés publics. Jusqu’ici, cet accord a été plus profitable à l'Union européenne qu’au Canada.

Une personne passe devant le bâtiment du Parlement européen à Strasbourg, dans l'est de la France.

Le Parlement européen de Strasbourg, lieu de tous les espoirs pour le Canada?

Photo : afp via getty images / SEBASTIEN BOZON

Qui plus est, dix pays européens, dont la France, l'Italie et la Pologne, n'ont toujours pas ratifié l'accord en raison de réticences politiques locales. Mark Carney cherche à convaincre ces pays d'achever la ratification pour consolider ces relations bilatérales face aux assauts tarifaires de Donald Trump. Or, le contexte actuel y est plus propice.

Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Schumann, un centre de recherches indépendant créé en 1991 pour promouvoir la construction de l'Union européenne, estime que la recomposition de l'ordre mondial depuis 2016, caractérisée par l'agression russe en Ukraine, l'ambition de la Chine de devenir la première puissance mondiale, le retour au pouvoir de Donald Trump et la contestation de l'ordre occidental par les BRICS et le Sud global crée un climat instable mais propice à de nouvelles relations.

Dans ce nouvel ordre mondial, vous avez des connexions qui n'étaient peut-être pas très imaginables ou qui étaient peut-être un peu conflictuelles en se disant que le Canada est dans le continent nord-américain. Aujourd'hui, les cartes sont un peu rebattues.

Il est probablement hors de question de voir le Canada entrer formellement dans l’Union européenne.

Je ne pense pas que le Canada devienne un État membre de l'UE, en tout cas pas à court terme, parce que ça voudrait dire qu'on abolit un critère qui est [une appartenance] géographique au continent européen, explique Mme Joannin.

Partenariats approfondis

Mais en revanche, elle estime que des partenariats sectoriels approfondis sont possibles dans les domaines de la recherche, de la coopération scientifique, des programmes spatiaux, des échanges d'étudiants, ainsi que dans la région arctique face aux enjeux du réchauffement climatique.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prononce un discours aux côtés du premier ministre canadien Mark Carney lors de son discours annuel sur l'état de l'Union, prononcé en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg.

La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, se dit prête à accueillir le Canada comme membre associé, mais ses membres en bonne et due forme accepteront-ils?

Photo : Getty Images / AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Les pays européens non membres de l'Union, à l'instar de la Norvège, de la Suisse, du Royaume-Uni et de l'Islande, fonctionnent selon des accords de coopération non normés négociés individuellement, impliquant une contribution financière pour accéder aux programmes européens. Ce système à la carte permet une adaptation sur mesure des relations selon l'appréciation mutuelle de chaque partie.

Le Canada dans l’espace Schengen?

Le deuxième plus grand pays du monde pourrait-il dès lors se retrouver dans la famille Schengen européenne? Ce traité, signé le 14 juin 1985, a instauré la libre circulation des personnes sans contrôle aux frontières intérieures entre les pays signataires.

Des États non membres de l'Union européenne participent déjà à des conventions similaires, laissant entrevoir la possibilité d'accords d'exemption de visa ou de facilitation des échanges de biens et de services si la volonté politique s'avère présente.

Il y a des États membres de l’UE qui ne font pas partie de l’espace Schengen (Chypre et l’Irlande) et aussi des pays hors union qui sont membres de Schengen, comme l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse.

Ce sont des conventions qui peuvent [...] être mises en place : un accord sans visa, par exemple, ou encore des choses qui facilitent les échanges de marchandises, de services, de biens, de personnes, conçoit Pascale Joannin.

Tout est possible à partir du moment où il y a une volonté politique et qu'on explique que ce n'est pas le Canada qui va venir envahir l'Europe ni que les Canadiens vont perdre leur âme en se rapprochant de l'Europe.

Un effet de mode passager?

Le régime Trump n’étant pas éternel, le Canada serait-il tenté de revenir au bercail américain comme avant et de laisser en plan sa nouvelle copine européenne? La directrice de la Fondation Schumann n’y croit pas trop.

Le Canada partage une frontière terrestre exclusive avec les États-Unis et doit composer avec une politique américaine axée sur la primauté nationale que les Américains désignent sous le nom d’« America First ».

Donald Trump s'entretient avec le premier ministre canadien Mark Carney lors d'un déjeuner de travail réunissant les dirigeants du G7 à Évian-les-Bains, en France.

L'escalade dans la relation américano-canadienne crée un environnement favorable à la diversification économique du Canada.

Photo : Getty Images / Pool

Est-ce que les futurs présidents américains reviendront à quelque chose qu'on a connu par le passé aux États-Unis? Ce n'est pas sûr, les Américains ont montré qu'ils voulaient America First. Donc, à partir du moment où vous n'êtes pas américain, vous êtes quelque part suspecté d'avoir des intérêts divergents.

Le Canada a tout intérêt, dans un tel contexte, à diversifier ses partenariats occidentaux. Une illustration concrète de cette stratégie est la rencontre diplomatique prévue dans quelques jours sur le territoire français de Saint-Pierre-et-Miquelon entre le président français et le premier ministre canadien, selon la directrice générale de la Fondation Schumann.

Des tensions mondiales propices

Dans un monde idéal, la stratégie de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier devrait permettre d’entretenir de bonnes relations avec le partenaire américain malgré tout.

Encore faut-il que la volonté politique et des relations plus étroites avec les Européens soient là, souligne Pascale Joannin. Parce qu'il y a des intérêts communs à défendre qu'on ne voit pas forcément quand on regarde une carte géographique.

C'est un peu à l'appréciation de l'Union européenne et du Canada… Tout est possible, il n'y a pas d'exclusion, à part l'adhésion pure et simple du Canada à l'Union européenne.

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