Pourquoi la probabilité d’une hausse des taux de la Banque du Canada dès octobre a bondi
Les opérateurs parient de plus en plus sur le fait que la Banque du Canada pourrait mettre fin à sa série de statu quo en matière de taux d’intérêt et procéder à une hausse dès le mois prochain.
Si de nombreux économistes restent sceptiques quant à une hausse des taux d’intérêt par la banque centrale cette année, les craintes que l’inflation ne devienne un problème plus tenace que prévu poussent certains à envisager le début d’un cycle de resserrement monétaire début 2027.
La Réserve fédérale américaine a rompu avec sa politique d’inaction et a procédé mercredi à la première hausse des taux aux États-Unis depuis plus de trois ans, dans le but de contenir les pressions inflationnistes qui montent en puissance au sud de la frontière.
La Banque du Canada reste quant à elle en retrait depuis près d’un an, se contentant de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25 %, dans l’attente de voir comment l’économie et l’inflation s’adapteront à une série de chocs.
Au cours des jours précédant chacune des six réunions de la Banque du Canada tenues jusqu’à présent en 2026, les marchés financiers tablaient massivement sur un maintien des taux.
Avant la décision de la banque centrale, le 2 septembre, de maintenir le taux directeur inchangé, les probabilités d’un statu quo s’élevaient à 94 %, selon LSEG Data & Analytics.
Les prévisions fluctuent
À plus d’un mois de la prochaine décision de la Banque du Canada, prévue le 28 octobre, les marchés considèrent désormais cette réunion comme un tirage au sort. Les cotes ont fortement fluctué au cours des dernières semaines, mais penchaient légèrement en faveur d’une hausse jeudi après-midi.
Claire Fan, économiste principale à la Banque Royale du Canada, affirme que les cours du marché obligataire peuvent être considérés comme une sorte de consensus sur les décisions de la banque centrale, mais aussi comme un baromètre de la façon dont les acteurs du marché interprètent les nouvelles données économiques.
Les cotes penchaient déjà en faveur d’une hausse des taux de la Fed, mais elles ont grimpé en flèche après la publication des chiffres de l’inflation américaine quelques jours plus tôt, note-t-elle.
Dans le cas de la Banque du Canada, l’évolution des cotes en faveur d’une éventuelle hausse en octobre reflète probablement la persistance de prix élevés de l’énergie à l’échelle mondiale, liée à la guerre en Iran, souligne Mme Fan.
Le Conseil de direction de la Banque du Canada s’inquiétait, à la fin du mois dernier, que les prix du pétrole restent élevés plus longtemps, selon la publication mercredi du résumé des délibérations qui ont conduit à sa décision de taux du 2 septembre.
Bien qu’il y ait eu jusqu’à présent peu de signes, hormis les tarifs aériens, indiquant que le coût élevé du carburant se répercute au-delà des pompes à essence, les principaux décideurs de la banque centrale ont convenu que plus les prix resteraient élevés, plus le risque d’inflation serait grand.
«S’il y a bien une chose qui influence réellement les anticipations concernant la réunion d’octobre (…) ce sont les prix du pétrole», prévient Mme Fan.
Les rendements d’obligations sous la loupe
Les anticipations du marché concernant de futures hausses des taux de la Banque du Canada se reflètent également dans les rendements obligataires à long terme.
Le Conseil de direction a également noté la hausse des rendements obligataires mondiaux dans le résumé de ses délibérations. Une grande partie de ces hausses récentes est liée aux inquiétudes concernant la dette souveraine américaine, bien que les responsables de la politique monétaire aient également relevé des répercussions sur les obligations du gouvernement canadien.
Lorsque les anticipations du marché s’orientent vers des hausses de taux, les rendements obligataires augmentent à leur tour. Mme Fan explique que cela reflétait le fait que les marchés «anticipent» une partie du resserrement monétaire attendu de la part de la Banque du Canada.
Les prêteurs utilisent les rendements obligataires comme références pour les prêts hypothécaires et autres crédits à la consommation à long terme.
Comme la hausse des rendements obligataires rend l’emprunt plus coûteux pour les Canadiens, cela peut également soulager quelque peu la pression exercée sur la banque centrale pour qu’elle relève ses taux, souligne Randall Bartlett, économiste en chef adjoint chez Desjardins.
«D’une certaine manière, cela offre une marge de manœuvre à la banque dans un contexte d’inflation plus élevée, car une partie du resserrement des conditions financières est déjà mise en œuvre à sa place», avance-t-il.
Une hausse en 2027?
M. Bartlett et Mme Fan s’attendent tous deux à ce que la Banque du Canada reste en retrait jusqu’à la fin de l’année avant de procéder à une hausse des taux au premier trimestre 2027.
M. Bartlett indique que si les risques d’inflation augmentent, il en va de même pour les menaces pesant sur la croissance en raison d’une nouvelle escalade du conflit tarifaire avec les États-Unis. Des perspectives de croissance plus faibles contribuent à tempérer quelque peu l’inflation, ce qui permet à la banque centrale de faire preuve de patience avant d’ajuster son taux directeur.
Stephen Brown, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, explique jeudi dans une note adressée à ses clients que la Banque du Canada «reverra inévitablement à la hausse ses prévisions d’inflation» afin de tenir compte des projections de hausse des prix du pétrole lorsqu’elle publiera ses perspectives trimestrielles actualisées à la fin du mois prochain.
M. Brown souligne que la banque centrale examinera également de nouvelles données sur l’inflation, le marché du travail et le produit intérieur brut avant sa prochaine décision sur les taux.
La banque publiera également ses propres enquêtes auprès des consommateurs et des entreprises canadiennes, qui, selon M. Brown, devraient révéler une détérioration de la confiance dans l’économie et une hausse des anticipations d’inflation à court terme.
«Notre scénario de base est que la banque ne relèvera pas ses taux en octobre, même si la décision sera probablement serrée», conclut-il.
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