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Saturday, August 22, 2026

Comment les chiens décodent-ils nos émotions?

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On dit que le chien est le meilleur ami de l’homme. On le considère ainsi probablement parce qu’il arrive très bien à décoder les humeurs et les volontés de l’humain qui l’a adopté et en prend soin. Des études scientifiques de plus en plus nombreuses démontrent qu’en effet, les chiens reconnaissent les émotions éprouvées par les humains. Mais comment y parviennent-ils ? Une nouvelle étude publiée dans iScience ajoute de nouvelles connaissances sur cette remarquable aptitude que possède cet animal de compagnie des plus attachants.

Dans un premier temps, les chercheurs ont introduit huit chiens dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Puis, ils leur ont montré des images de visages humains neutres et d’autres exprimant la joie, le bonheur. Les visages étaient ceux d’une personne qui leur était inconnue, mais toujours de cette même personne pour les différentes expressions faciales présentées.

Les chercheurs ont alors noté que les visages joyeux induisaient une plus forte activation d’un réseau de neurones du cortex temporal droit des chiens que les visages sans expression particulière. Dans un second temps, quand ils ont présenté aux chiens des images de visages évoquant la peur, la tristesse, la colère, ainsi que la joie, ils ont remarqué que ce même réseau neuronal s’activait préférentiellement lorsque les chiens regardaient les visages souriants plutôt que les visages à connotation négative. Ce qui indiquait que les chiens pouvaient différencier les expressions faciales joyeuses de celles affichant des expressions négatives.

En troisième lieu, quand les chercheurs ont analysé l’activité de l’ensemble du cerveau, ils ont découvert des patrons d’activité différents dans une autre région du cerveau (le gyrus suprasylvien rostral), selon que les chiens regardaient le visage exprimant la tristesse ou le visage manifestant la peur. L’activité d’une autre région encore (le gyrus ectosylvien moyen et le gyrus splénial) variait quant à elle selon que les chiens fixaient leur regard sur le visage exprimant la colère ou sur celui reflétant la peur. Selon les auteurs de l’étude, ces résultats indiquent que le cerveau du chien peut distinguer les différentes expressions faciales négatives.

Des questions encore en suspens

Ces résultats ne surprennent pas la professeure en médecine du comportement Marion Desmarchelier, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, qui n’a pas participé à l’étude. « Ce qui est extraordinaire avec le chien, et c’est pour ça que c’est un animal de compagnie par excellence, c’est qu’il est capable d’extrapoler, de communiquer avec l’humain, de lire l’humain », dit-elle. Mais ce qui a retenu son attention dans cette étude est le fait que les chiens étaient capables d’interpréter l’expression faciale d’un humain même à partir de photos, lorsque la personne ne bouge pas.

« Quiconque a un chien est capable de voir que son chien sait quand on est content et quand on ne l’est pas. Mais, comment le sait-il ? C’est encore une question en suspens. Est-ce qu’il sent nos phéromones ? Est-ce qu’il décode notre visage ? Est-ce qu’il lit notre langage corporel ? » lance-t-elle.

Mme Desmarchelier relate à ce sujet une autre étude citée dans l’article d’iScience qui a consisté à suivre le mouvement des yeux de l’animal pour savoir ce qui retenait son attention. Cette étude de suivi oculaire a montré que quand les chiens regardaient des vidéos d’humains exprimant des émotions, ils portaient principalement attention aux expressions corporelles des humains et, secondairement, à leurs expressions faciales. « Cela laisse supposer que les chiens peuvent avoir recours à d’autres indices que les expressions faciales, tels que des expressions manifestées par l’ensemble du corps ou des informations provenant d’autres modalités sensorielles [pour déterminer les sentiments exprimés par les humains] », écrivent les auteurs de l’étude.

« Les chiens vivent dans un monde sensoriel complètement différent du nôtre. Ils sentent tout, y compris les phéromones que nous dégageons à notre insu. Et donc, je pense qu’ils apprennent aussi à interpréter notre langage corporel en fonction de l’ensemble de ce qu’on dégage. Ce serait quelque chose à tester », fait remarquer Mme Desmarchelier.

Le contexte aussi dans lequel l’émotion est exprimée facilite leur compréhension, ajoute-t-elle.

Mme Desmarchelier croit que, « comme dans toute communication, le cerveau des chiens intègre un très grand nombre de variables ». « Or, cette étude nous dit qu’une de ces variables est notre expression faciale, car elle nous montre que le chien est capable de l’interpréter, et ce, même si elle est statique. »

Capacités innées

Selon cette spécialiste du comportement animal, les chiens seraient même capables de discerner la sincérité des sentiments exprimés par la personne en analysant cet ensemble de variables.

Mais cette aptitude à reconnaître les expressions faciales des humains est-elle innée ou acquise ?

« Au cours du processus de la domestication, les chiens ont développé la capacité de communiquer avec l’humain. Mais il y a des choses qui étaient déjà présentes dans leur cerveau à la base. Par exemple, les loups [leurs ancêtres] communiquent beaucoup entre eux par les expressions faciales. Notamment, quand ils sont autour d’une source de nourriture et qu’ils font de la protection de ressources pour être capables de partager équitablement, ils vont remonter les babines. Ces expressions faciales leur permettent d’éviter des combats et des blessures. Cette communication permet de garder une bonne organisation sans perdre d’énergie entre eux », souligne-t-elle.

La capacité des chiens à regarder, à observer et à interpréter est innée, croit-elle. Grâce à cette capacité, ils apprennent ensuite à décoder les expressions de leur propriétaire, lesquelles peuvent varier d’une culture à l’autre. « Dans les différentes cultures partout dans le monde, on n’exprime pas notre joie de la même manière. Il y a des cultures qui sont beaucoup plus posées, d’autres qui sont beaucoup plus expressives. Je suis persuadée que les chiens vont apprendre en fonction justement des gens auxquels ils ont été exposés. Ils ne vont pas uniquement apprendre un truc très simple, comme le sourire. Ils vont vraiment intégrer l’ensemble, dont probablement aussi la tension des muscles. Car quand on est stressé, on se contracte, alors que quand on ne l’est pas, les muscles sont beaucoup plus mous. Je suis certaine que ce sont des choses qu’ils sont capables de voir », affirme-t-elle.

Les chercheurs de l’étude font toutefois remarquer que la majorité des chiens ayant participé à leur étude était des borders collies, « des chiens très doués pour interpréter les signaux sociaux, qui passent beaucoup de temps à observer les humains et qui sont plus disposés à interagir avec eux ».

« Ce sont des chiens qui ont une très grande capacité de communication avec les humains. Ils font très attention à toutes les commandes, toutes les expressions corporelles des humains. On considère que ce sont des chiens qui apprennent très bien parce qu’ils lisent très bien les signaux », souligne Mme Desmarchelier.

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