Entre les Olympiques et Ozempic

Faut-il vraiment s’époumoner à promouvoir l’exercice quand de petites injections peuvent faire maigrir la population sans effort ?
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Pourquoi se préparer pour les Olympiques quand il y a Ozempic ?
Certains spécialistes ont jeté l’éponge, le porte-voix et le sifflet. Si la seule façon réaliste de réduire le tour de taille national est une molécule, eh bien, va pour la molécule. Les prêches sur les vertus du sport et du quinoa ont atteint leur limite. Et l’heure est trop grave, les coûts de l’obésité trop élevés : qu’on nous shoote du sémaglutide en masse !
Moins d’obésité, c’est bien. Mais on n’a pas réglé le problème de la sédentarité. Et une population inactive s’expose à des lendemains qui déchantent.
C’est ce qui se passe au Québec comme dans le reste de l’Amérique du Nord, et dans une grande partie des pays riches.
L’appel de Pierre Lavoie et d’une vaste coalition de pédagogues, médecins, maires, etc.1 devrait mobiliser tous les pouvoirs publics de toute urgence. Oui, il est possible de faire du Québec « la nation la plus active au monde ». Ou en tout cas un modèle du genre.
Malgré 50 ans de campagnes pour les « saines habitudes de vie », les Nord-Américains mangent toujours trop et bougent de moins en moins.
En 2022, le taux d’obésité aux États-Unis a atteint le sommet (entre 40 % et 46 % chez les adultes, selon les estimations). Le nôtre est inférieur, mais suit la même courbe insensiblement.
On a eu beau dire aux gens de faire attention à leur alimentation et de faire de l’exercice, s’époumoner à énumérer les risques de diabète, de cancer, de maladies du cœur, de démence même… tout va toujours plus mal à chaque pesée nationale.
Et voilà qu’en 2023, la tendance américaine s’est inversée. Le taux, encore alarmant, s’est mis à diminuer pour se situer deux ou trois points de pourcentage plus bas, ce qui est significatif en si peu de temps.
Aux dernières nouvelles, le menu aux États-Unis n’avait pas changé et les Américains ne s’éloignaient pas plus de leur sofa.
C’est évidemment Ozempic, Zepbound, Wegovy et compagnie qui sont venus changer les statistiques de masse corporelle. Et on ne fait que commencer à en voir les impacts.
Le secrétaire à la Santé des États-Unis, le très étrange et antivax Robert Kennedy Jr., ne dit pas que des sornettes. Il est l’un des plus grands critiques des aliments ultratransformés et de la sédentarité. Son plan MAHA (Make America Healthy Again) prétend s’attaquer à la malbouffe dans les écoles et remettre la « vraie nourriture » sur les tables du pays.
Mais comment aller à l’encontre d’une industrie, d’une culture alimentaire si profondément ancrée et de la civilisation de l’écran, où la sédentarité est presque inévitable ?
La tâche paraît insurmontable. Surtout dans un pays dont le président fait du steak un sujet politique.
La question du surpoids n’est qu’une partie du problème. L’inactivité à elle seule entraîne des conséquences à long terme sur la santé et la longévité.
Au sein des pays développés, les moins actifs ont une espérance de vie inférieure. Ils ont surtout un « taux de morbidité » supérieur. Ce qui veut dire qu’un plus grand nombre de gens vivent avec des maladies chroniques les 10 ou 15 dernières années de leur vie.
Au contraire, dans les pays où l’alimentation est meilleure et l’activité physique plus élevée, les gens vivent non seulement plus vieux, mais moins malades pendant leurs vieux jours.
Oui, j’ai écrit plus haut que la promotion des « saines habitudes de vie » n’avait pratiquement rien donné. C’est pourquoi il faut plus que des « cubes énergie » et des campagnes de publicité. Il faut un effort national.
Comment se fait-il qu’il y ait si peu d’activités physiques et de sport dans les écoles primaires ? C’est parfois deux périodes par semaine. Sans compter tout ce qui est interdit dans les cours d’école. Dois-je rappeler le furieux débat sur les « buttes de neige » ?
Il est possible de renverser ces tendances. Une vaste étude de l’Organisation mondiale de la santé, publiée dans The Lancet2, portant sur la quasi-totalité des pays du monde, faisait état du taux de sédentarité. On le devine, pour la plupart des pays, ça ne va pas dans le bon sens, ou ça stagne après avoir atteint des taux dangereusement élevés.
Mais 22 pays ont amélioré leur performance. Oui, la Suède, mais aussi la Slovénie, où s’est rendu mon collègue Gabriel Béland plus tôt cette année3, et même la France.
Ces pays ont inversé la tendance en une génération, au prix d’un effort concerté. Il faut une stratégie nationale qui implique non seulement l’école, mais tout le milieu : les villes, les clubs sportifs, les associations…
Ça se fait, on en a la preuve. C’est un investissement qui rapporte à court terme, mais encore plus à long terme. Et dans 20, 40 ans, quand on sera encore en train de faire des réformes et de parler du salaire des médecins, on aura réussi à diminuer la pression sur le système de santé en retardant certaines maladies, en évitant certaines complications…
L’idée n’est pas de fabriquer des champions, bien que ce soit souvent un effet indirect de ces approches. L’idée est d’ancrer l’activité physique dans le mode de vie, de la faciliter, de la rendre attractive.
Ou comme on dit à Chicoutimi : plaisante.
1. Lisez la lettre « Et si le Québec devenait la nation la plus active au monde » 2. Consultez l’étude de l’Organisation mondiale de la santé (en anglais) 3. Lisez « La méthode slovène : Un modèle à imiter pour le Québec ? »
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