En quoi les élections de mi-mandat de 2026 sont-elles importantes?
Après le baseball, voter est sans doute le sport national des Américains. Entre chaque élection présidentielle, les citoyens des États-Unis sont conviés aux urnes pour choisir un grand nombre d’élus dans ce qu’on appelle les midterms, les élections de mi-mandat. Même si le nom de Donald Trump n’apparaît sur aucun bulletin de vote, l’ombre du locataire de la Maison-Blanche plane sur ces élections qui s’annoncent transformatrices pour la politique américaine.
Qu’est-ce qui est en jeu lors des élections de mi-mandat ?
Alors qu’au Canada, on se contente de vivre bien tranquillement une campagne électorale à la fois, le système américain voit grand. Les midterms mettent en jeu une multitude de postes électifs de divers ordres : national, étatique et ultralocal.
Seront notamment dans la balance le 3 novembre prochain l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants et le tiers des 100 places au Sénat américain, mais aussi 39 postes de gouverneur d’État, 33 charges de procureur général d’État et de multiples responsabilités locales, telles que maire, juge ou shérif. L’équivalent, pour un citoyen canadien, de voter au fédéral, au provincial et au municipal en même temps.
« Ici, dans le comté de Harris, il y a plus d’une centaine de postes électifs sur le bulletin de vote », explique au Devoir Mark P. Jones, professeur de science politique à l’Université Rice, à Houston, pour illustrer l’ampleur du scrutin.
L’attention nationale se concentre évidemment sur les élections au Congrès des États-Unis, qui auront une grande incidence sur le programme législatif du pays. Les républicains détiennent actuellement la majorité dans ses deux chambres, mais pourraient bien perdre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat au profit des démocrates.
Pourquoi les élections de 2026 sont-elles particulières ?
Les midterms sont toujours considérées comme un référendum sur le président au pouvoir et se concluent la plupart du temps par des pertes pour son parti. Mais l’impopularité historique de Donald Trump ajoute à l’intérêt du scrutin de cette année, estime Mark P. Jones.
« Les élections de mi-mandat sont toujours importantes, puisqu’elles ont un grand impact sur la gouvernance du président dans les deux années restantes de son mandat. Mais compte tenu du fait que le système politique américain est de plus en plus polarisé et que Donald Trump génère encore plus de polarisation et de rancœur, pour plusieurs électeurs, il s’agit d’une élection existentielle », indique M. Jones, joint par Le Devoir au Texas.
Le président Trump souffre d’un taux d’approbation exceptionnellement bas, qui se répercute sur tous les républicains en lice.
Près de 60 % des Américains désapprouvent sa gestion du pays, selon les sondages. L’état de l’économie et le coût de la vie, accru par la guerre déclenchée contre l’Iran, lui nuisent considérablement, tout comme les excès de l’ICE, la police fédérale de l’immigration.
« Il a été élu en 2024 en promettant un retour à la prospérité économique. Il a échoué lamentablement », clame Mark P. Jones.
Des bastions républicains de longue date, comme le Texas, le Kansas et l’Alaska, pourraient élire des démocrates pour la première fois depuis belle lurette.
« C’est difficile pour un candidat républicain de se distancier de Donald Trump, puisque le président a été omniprésent dans les primaires républicaines. Et beaucoup des candidats lui sont intimement liés », fait remarquer le professeur.
Dans plusieurs cas, les candidats ont besoin de l’appui du président pour s’assurer de mobiliser leur base électorale, qui a tendance à moins voter lors des élections de mi-mandat que lors des présidentielles.
Aux midterms de 2022, le taux de participation n’a atteint que 47 % à l’échelle nationale. Le vote par anticipation laisse toutefois entrevoir une hausse de la participation. En Géorgie, en Virginie et en Ohio, notamment, le vote par anticipation se situe largement au-delà des niveaux de 2022.
À la dissolution du Congrès, les républicains avaient l’avantage 53 contre 47 au Sénat et 218 contre 214 à la Chambre des représentants.
Qu’engendrerait une défaite des républicains pour la présidence Trump ?
Pour les démocrates, une victoire à la Chambre ne fait presque plus de doute et l’atteinte d’une faible majorité au Sénat semble de plus en plus probable. Si les deux scénarios se concrétisent, le parti de l’âne aura le contrôle sur le programme législatif à Washington.
Du même coup, il sera extrêmement difficile pour le président Trump de faire adopter ses projets de loi, dont le budget, et entériner ses nominations officielles.
« À moins qu’il n’arrive à faire des compromis avec les démocrates, ce que, jusqu’à maintenant, il n’a pas voulu faire », ajoute Mark P. Jones.
Le contrôle démocrate des deux chambres pourrait également relancer un processus de destitution du président, comme on l’a vu à deux reprises lors du premier mandat Trump. À l’époque, le Sénat était partagé presque 50-50 entre républicains et démocrates.
Mais si les démocrates obtiennent une majorité claire, ils pourront « structurer les procédures de destitution de façon beaucoup plus “douloureuse” pour le président que lors du premier gouvernement Trump. Ils pourront déterminer les règles, la durée et le déroulement des procédures », explique M. Jones.
S’il serait étonnant que les démocrates atteignent la supermajorité (67 sénateurs sur 100) nécessaire pour détrôner M. Trump, la procédure rendra assurément la vie difficile au président. Les démocrates pourraient également déclencher des audiences parlementaires sur des sujets épineux pour M. Trump et le Parti républicain, comme la guerre contre l’Iran ou le soutien à l’Ukraine.
« Les deux prochaines années seront très pénibles pour le gouvernement Trump », prédit Mark P. Jones.
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