Coulisses de l’Europe : Les 27 s'écharpent sur les sanctions russes, symbole du grand marchandage européen

Ousmanov, Fridman, leur nom ne vous dit sans doute rien. Deux inconnus de moins sur une liste de 3000 noms, ça se voit à peine…
Sauf que ces deux-là figuraient sur la toute première salve de sanctions individuelles décidée quelques jours à peine après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. L’Union européenne les présentait alors comme des hommes d’affaires proches du pouvoir russe.
Jusqu’ici interdits d’entrée dans l’Union européenne, depuis mercredi, ils peuvent aller et venir récupérer leurs milliards dégelés.
Il faut dire qu’ils ont mis le paquet. Pendant longtemps, c’est la Hongrie de Viktor Orbán, puis la Slovaquie, qui tentaient de les faire sortir de la liste. En vain. Mais ces derniers jours, la France est revenue à la charge. Officiellement pour une "question de sécurité nationale". C’est très mystérieux, pourtant ça fonctionne !
Dans les faits, tout le monde fait le rapprochement avec la libération d’un Français retenu en prison en Azerbaidjan. Ousmanov est ami avec Poutine mais aussi avec le président Aliev qui dirige l’Azerbaidjan. Ça aide un peu…
Pour Fridman, c’est le Luxembourg qui était à la manœuvre. L’oligarque réclame au Grand-Duché 16 milliards de dollars de dommages et intérêts dans une procédure liée au gel de ses avoirs. Luc Frieden, le Premier ministre luxembourgeois a profité du marchandage français pour glisser le nom de Fridman dans le deal.
Cela aurait pu passer inaperçu si tout s’était fait discrètement. Mais cette fois, la méthode a choqué plusieurs Etats membres. La Lettonie a résisté au point de menacer le renouvellement de l’ensemble de la liste. Et là on changeait de braquet. On ne parlait plus seulement de deux oligarques anonymes mais des quelque 3000 personnalités et entités sanctionnées par les Européens. Car oui le renouvellement des sanctions exige l’unanimité.
Riga est finalement rentrée dans le rang. La Lettonie a finalement choisi l’abstention constructive. Comme la Belgique. Ni caution du marchandage, ni blocage de la machine.
Pour faire passer la pilule, les 27 ont adopté un compromis assez spectaculaire. Au lieu de renouveler ces sanctions tous les six mois, ils les prolongent désormais pour trois ans.
Les psychodrames s’espaceront.
Ce n’était pas un choix entre une bonne et une mauvaise solution, mais entre une solution mauvaise et une nettement pire
Andris Kulberg, Premier ministre de Lettonie
La morale de cette sombre affaire, c’est que certes le système de sanctions européen n’est pas mort mais il vient une nouvelle fois de montrer que l’unanimité fragilise l’Union européenne. Elle permet à chaque capitale de faire entrer ses intérêts domestiques dans la négociation. Au détriment de l’intérêt général.
Hier c’était Viktor Orbán qui transformait les négociations sur les sanctions en bras de fer européen. Aujourd’hui c’est la France ou le Luxembourg et demain ça pourrait être n’importe qui…
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