Mes questions aux chefs
Le dernier débat des chefs aura lieu ce soir. Je ne doute pas que l’ami Patrice Roy aura d’excellentes questions. Mais, toujours prompt à rendre service, j’ai cru utile de faire la liste de celles que j’aimerais poser.
Paul St-Pierre Plamondon. Vous avez trois enfants. Si l’État québécois vous offre 700 $ pour en avoir un quatrième, cela va-t-il vous décider, vous et votre épouse ? Si oui, expliquez-nous en quoi vous étiez à 700 $ près dans votre évaluation des coûts de ce nouvel enfant.
Vous nous avez annoncé qu’il n’y aurait pas de référendum tant que Donald Trump sera président, donc pas avant janvier 2029. Mais si Dieu rappelle le président à lui dans, disons, trois mois, la consultation pourrait-elle être hâtive ?
Vous répondrez que votre livre bleu prévoit de un à deux ans de consultation pour la rédaction d’une constitution provisoire. Puisque ce texte ne pourra en rien changer la structure de l’État ni rien retrancher aux droits de chacun, car il ne fera qu’assurer la continuité dans la transition vers une constitution d’un Québec indépendant, on ne voit pas très bien sur quoi portera une consultation si longue. Puis, il y a la question autochtone. Lorsque plusieurs nations dénonceront votre constitution provisoire, ce qui est certain, allez-vous l’adopter quand même ?
Il y aura un moment où, en tant que premier ministre, vous aurez votre première rencontre avec Mark Carney. Insisterez-vous pour que ce rendez-vous ait lieu à Québec, ou accepterez-vous d’aller à Ottawa ou de le voir à Montréal ? Je demande pour un ami, maire de Québec.
Christine Fréchette. En matière d’immigration, vous avez fixé à 45 000 par an le seuil maximal de futurs immigrants permanents. Mais vous ne dites rien sur votre objectif en ce qui concerne les immigrants temporaires, cinq fois plus nombreux. Leur nombre pourrait-il augmenter ?
Vous n’êtes pas François Legault. Il réclamait des pouvoirs en immigration, sur la réunification familiale et sur les temporaires. Vous n’en parlez pas. Y avez-vous renoncé ? Pourquoi ?
Dimanche dernier, vous avez dit deux fois qu’il était « tout à fait possible » de fournir à chaque Québécois un médecin de famille ou un groupe de médecins par le Guichet d’accès à un médecin de famille d’ici quatre ans. Comprenez-vous pourquoi personne ne vous croit ?
Charles Milliard. Votre grande idée pour renforcer le Québec est de multiplier les alliances avec les autres provinces. Vous n’êtes pas sans savoir que René Lévesque avait fait en 1981 une alliance avec sept provinces. Elles l’ont lâché pendant une fameuse nuit, pour approuver une constitution que votre parti, à ce jour, refuse d’entériner. Robert Bourassa a fait en 1987 une alliance avec les neuf autres provinces. Deux ont renié leur parole, faisant échouer sa tentative. Lucien Bouchard a fait de même en 1998, et les neuf ont renié l’accord en échange d’un chèque d’Ottawa. En 2023, François Legault a fait une entente avec les neuf autres provinces pour forcer Ottawa à augmenter ses transferts en santé. Il a été trahi par Doug Ford, qui a ensuite fait campagne pour débaucher nos médecins. Pourquoi pensez-vous réussir là où Lévesque, Bourassa, Bouchard et Legault ont échoué ?
Vous avez reproché à Mme Fréchette de ne pas nous révéler le fond de sa pensée sur la souveraineté. Pourquoi refusez-vous de nous dire si vous êtes, ou non, favorable à l’interdiction des signes religieux pour les personnes en autorité dans l’État ?
Êtes-vous conscient que si vous ne renouvelez pas la disposition de dérogation dans la loi sur la laïcité, les policiers, les gardiens de prison, les juges et les procureurs de la Couronne pourront aussi porter des signes religieux ?
Ruba Ghazal. En entrevue, Stéphan Bureau vous a demandé ce que vous feriez s’il y avait un afflux de réfugiés haïtiens à la frontière américaine, comme Trump a révoqué le statut temporaire de 300 000 d’entre eux et menace de les expulser. Vous avez répondu « oui, on devrait les accueillir », car « c’est un devoir ». Vous avez ajouté qu’il faudrait les répartir dans le Canada. Sachant qu’Ottawa et les provinces ont refusé toutes les demandes de répartition, que ferez-vous si ces Haïtiens se présentent à notre frontière sans que vous ayez un engagement d’Ottawa ?
Et quelle est votre position sur le million d’autres réfugiés, notamment vénézuéliens, que Trump souhaite expulser ?
Vous avez annoncé qu’un gouvernement solidaire fermerait le Bureau du Québec à Tel-Aviv pour protester contre la politique répressive d’Israël face aux Palestiniens. Fermerez-vous aussi les quatre bureaux du Québec en Chine, pays qui mène une politique d’extinction culturelle des Tibétains et des Ouïghours ?
Éric Duhaime. Pendant des années, un de vos arguments pour dénoncer le modèle québécois était qu’environ 40 % des contribuables ne payent aucun impôt provincial. Votre proposition actuelle augmenterait cette proportion à plus de 50 % ! Pourquoi ne devrait-on pas conclure que ce revirement vise à acheter les votes des citoyens des classes modestes ?
Vous dénoncez comme scandaleux le fait que 30 000 enfants attendent une place en garderie, mais vous vous engagez formellement à ne rien investir pour augmenter le nombre de places. La logique de votre position nous échappe. Merci de nous éclairer.
St-Pierre Plamondon, Fréchette, Milliard, Duhaime. Vos cadres financiers sont tous en deçà des augmentations nécessaires au maintien des services assurés par l’État. Au pouvoir, lorsque des ministres et le Protecteur du citoyen vous diront que votre « dégraissage » entraîne, c’est certain, des coupes et du rationnement, ferez-vous comme Philippe Couillard, c’est-à-dire maintenir le cap malgré la misère humaine ainsi générée ? Ou ferez-vous comme Pauline Marois, qui avait reporté d’un an l’atteinte du déficit zéro pour préserver les services ?
P.-S. Chers chefs, si vous n’avez pas l’occasion de répondre à certaines de ces questions d’ici, disons, jeudi de la semaine prochaine, merci de me faire parvenir vos réponses au Devoir. Je les publierai.
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