Quel est le rôle de la Commissaire au bien-être et aux droits des enfants?

Il y a un an, le gouvernement du Québec créait le poste de Commissaire au bien-être et aux droits des enfants, après les conclusions de la Commission Laurent, suivant des drames dans le système de protection de l’enfance. Cette commissaire, c’est Marie-Ève Brunet Kitchen, qui a œuvré à lancer ce nouveau protecteur des enfants du Québec.
La commissaire a donné sa première entrevue pour Radio-Canada en Mauricie à l’émission Toujours le matin, voici comment elle perçoit son nouveau rôle alors qu’elle s’entretenait avec Sébastien St-Onge.
Elle était de passage dans la région pour prendre connaissance des enjeux régionaux.
Quel est votre mandat?
Notre rôle est double. Le premier, c'est vraiment d'accompagner les enfants dans l'exercice de leurs droits.
Ça se fait notamment par notre service d'accueil et d'accompagnement. Donc, un jeune, un jeune adulte ou un allié, un adulte près d'un enfant, qui considère qu'un service public n'est pas à la hauteur du bien-être ou des droits d'un enfant, peut communiquer avec nous.
On peut les accompagner dans les différents processus nécessaires pour que les droits des enfants soient respectés.
Deuxième chose, on est là pour aider les décideurs publics, qu'ils soient des parlementaires ou des directeurs d'organismes publics au Québec, à prendre les meilleures décisions pour le bien-être des enfants.
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En quoi est-ce que c'est différent des services de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), par exemple?
Lorsqu'il y a de la maltraitance ou de la négligence et une situation d'urgence, c'est vraiment les directions de la protection de la jeunesse qui doivent être interpellées.
Nous, on est vraiment là pour enquêter, pour comprendre comment les systèmes sont pensés. Donc, on n'est pas là pour une situation individuelle, bien qu'une situation individuelle peut démontrer une situation qui a de l'ampleur et qui pourrait affecter d'autres enfants.
De ce que je comprends, c’est un peu un rôle d'être un auditeur de comment on fait les choses au Québec?
Un rôle d'auditeur, mais également de transformation sociale. On n'est pas là pour chercher des coupables, on est là pour transformer des systèmes pour qu'ils soient réellement à la hauteur des droits des enfants.
Donc il faut retourner aux causes profondes, il faut retourner là où le problème a commencé, et c'est rarement juste la question d'un individu.

Marie-Eve Brunet Kitchen, première commissaire au bien-être et aux droits des enfants du Québec
Photo : Radio-Canada / Mylène Gagnon
C'est dans la culture, c'est dans nos investissements, c'est dans notre façon de faire les choses des fois que les enjeux se répètent, et font qu'il y a des enfants qui vivent des situations qu'on ne devrait pas accepter au Québec.
Est-ce que vous travaillez sur une charte pour les enfants?
C'est là-dessus qu'on veut travailler justement, parce qu'il faut clarifier les droits des enfants. C'est le socle de tout, c'est notre engagement de société envers eux. C'est de là que découlent les programmes, les services. Donc, si les services ne sont pas à la hauteur, il faut retourner à la racine et commencer par nos droits.
Au Québec, on est relié à la Convention relative aux droits de l'enfant. C'est le document le plus ratifié au monde, le Canada l'a ratifié également. Mais il y a plein de droits dans cette convention-là qui ne sont pas dans nos outils législatifs aujourd'hui, ce qui fait qu'on pense que certains droits existent pour les enfants, mais ce n'est pas le cas.
Donc oui, on a besoin d'une Charte québécoise des droits des enfants au Québec.
Quels sont les enjeux que vous retenez ici de votre passage dans la région?
On nous a beaucoup dit, en fait, que, dans notre façon de faire au Québec actuellement, et particulièrement en Mauricie, on oublie souvent qu'on fait affaire avec des êtres humains, que la lourdeur administrative est un frein réel aux services.
Notamment, quand un jeune vient dans un service, puis qu'on doit remplir un formulaire, et le jeune est déjà devant nous, on pourrait lui donner le service, mais non, on doit remplir le formulaire, puis attendre qu'il soit accepté pour après ça lui donner le service, ce qui fait que le jeune ne revient pas toujours chercher le service parce que c'est plus le bon momentum.

Le Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, situé à Trois-Rivières (Photo : 10 juin 2026)
Photo : Radio-Canada / Martin Chabot
On nous a parlé également de la qualité des infrastructures qui est très problématique, qu'on accepte que les enfants se retrouvent dans des milieux qu'on n'accepterait pas si c'était uniquement des adultes.
Est-ce qu'on aime nos enfants au Québec?
On les aime, mais il faut passer à l'action. Et ça commence par les reconnaître comme des citoyens à part entière dès maintenant et de s'assurer justement de clarifier leurs droits, que ça soit notre boussole collective, que cette promesse-là envers eux, on la tienne.
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