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Tuesday, November 3, 2026

Vérité et conséquences

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Ainsi, il y a des gestes suffisamment indignes pour être considérés comme des péchés capitaux au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Une ligne rouge, franche et inattendue, a été tracée lundi par son directeur, en lien avec les allégations de gestes racistes, d’inconduites inexcusables et de preuves détruites qui ont choqué le Québec.

Devant des délais judiciaires usants du côté du Directeur des poursuites criminelles et pénales et l’impatience d’un public de moins en moins enclin à lui faire confiance, Fady Dagher a opté pour un raccourci inédit en annonçant le congédiement administratif de sept policiers des postes de quartier 39 et 21. La mesure est rare, mais on n’est pas devant un tour de passe-passe inédit ou même improbable.

La marge de manœuvre était là, tout près, dans la Loi sur la police, à l’article 115, qui permet aux autorités de revoir les agréments des policiers, et donc de les leur retirer, si certaines conditions ne sont plus respectées. Il appert que garder de « bonnes mœurs » — et donc une bonne réputation — est essentiel pour exercer ce métier. C’est là que ces sept personnes ont échoué, a expliqué M. Dagher, et c’est donc avec cette poignée que le SPVM a scellé leur sort.

La méthode se veut radicale. L’ancien député Jacques Duchesneau, qui a jadis été dans les souliers que porte aujourd’hui M. Dagher, en parle comme de « l’ultime sanction ». « En droit du travail, le congédiement administratif, c’est comme la peine de mort en droit criminel », a-t-il illustré au micro du 98,5. Si la manœuvre devait tout de même échouer, le SPVM est formel : il passerait alors à la voie disciplinaire.

L’actuel directeur du SPVM a insisté sur le travail collectif, qui aura permis de réunir les preuves dont son organisation avait besoin pour emprunter ce chemin étroit. Ce faisant, il a pris soin de distinguer les erreurs commises de bonne foi des « comportements intentionnellement malveillants » prouvés ici. L’erreur est humaine et il est en effet illusoire d’imaginer qu’on puisse la réduire à zéro dans un métier où l’imprévisibilité est quotidienne.

Elle ne doit cependant pas dispenser le directeur de garder l’œil ouvert — et le bon ! — sur les réflexes et les plis, certains vieux de plusieurs décennies, qui auront permis à des idées aussi toxiques que celles-là de plonger leurs racines dans le cœur de l’institution dont il a la charge. L’ombre du racisme et du profilage racial ne disparaîtra pas en un claquement de doigts parce qu’on a expurgé le SPVM de sept policiers qui ont été jugés irrécupérables.

Ce serait balayer sous le tapis les documents révélés récemment par La Presse canadienne selon lesquels une « sous-culture » s’est bel et bien formée au sein d’un groupe d’agents « radicalisés » du poste de police 39, dans le quartier multiculturel de Montréal-Nord, là même où l’on a dénoncé l’odieuse collecte de « trophées » capillaires. Là-bas, c’est toute une unité qu’il avait fallu démanteler en juin. Seize policiers avaient été touchés.

Cette sous-culture n’est pas un phénomène spontané ni isolé. C’est le fruit d’un continuum qu’il faudra apprendre à nommer pour ce qu’il est, si l’on veut prétendre à son éradication.

Idem pour le profilage social. Le directeur du SPVM a le devoir de faire un examen approfondi de la manière dont ses policiers abordent les défis que pose une itinérance aussi criante, souffrante et installée que celle qui afflige Montréal. En juin dernier, un rapport sur les interactions entre la police, les constables spéciaux et les personnes en situation d’itinérance avait mesuré l’étendue du gouffre qui les sépare.

Les deux tiers des personnes itinérantes interrogées estimaient être rarement ou jamais « traitées comme tout le monde ». Elles ont rapporté toutes sortes d’abus — harcèlement, confiscation de biens, judiciarisation intempestive, violence verbale et physique, fouilles injustifiées — qui rendaient leurs demandes d’aide quasi impossibles, même quand leur sécurité en dépendait. « Appeler la police, c’est toujours un coup de dés », a confié l’une d’elles.

M. Dagher s’est félicité d’avoir livré ce qu’il avait promis, soit « la vérité et des conséquences », au nom de « l’intérêt public ». S’il croit vraiment en cette formule, il sait que son coup d’éclat n’est pas une fin, mais un début.

Il faudra du temps pour gagner la confiance du public. Il faudra aussi un discours plus franc. Son insistance à parler des sept policiers congédiés comme d’un corps étranger aux quelque 4600 policiers que compte le SPVM envoie un mauvais message. Lundi encore, M. Dagher a répété n’avoir rien à redire à la culture du SPVM. À son avis, c’était « sa culture du silence » qu’il fallait rompre pour « libérer la parole », chose qui a été faite et qui a permis les développements annoncés lundi.

Ce simplisme pèche par excès d’angélisme. Surtout, il n’empêche pas la formation de nouveaux corps étrangers, qui fatalement reviendront hanter le SPVM et la population qu’il sert si l’organisation refuse de s’intéresser en profondeur à ce qui les a rendus possibles en premier lieu.

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