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Thursday, August 27, 2026

Vers un scrutin «déterminant» pour le Québec

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Un scrutin d’une importance rarement vue au Québec : les lecteurs du Devoir vont surveiller avec intérêt la campagne électorale qui s’amorce sur fond de guerre commerciale avec nos voisins du Sud, de hausse constante du coût de la vie, d’État-providence vacillant et de finances publiques précaires. Ils soulignent que l’issue des élections reste incertaine en raison de la présence de cinq partis susceptibles de remporter des sièges — un scénario inédit au Québec.

Les électeurs ont des attentes immenses. Ils ont besoin d’être rassurés dans ce contexte d’incertitude marqué par les feux de forêt au pays et ailleurs dans le monde, les canicules, les conflits armés et la montée du populisme.

« Les partis politiques doivent être capables de nous projeter dans l’avenir face à la plus importante transition depuis la Deuxième Guerre mondiale », résume Denis Harrisson, un de nos 223 lecteurs nous ayant fait part de leurs attentes à l’égard des élections du 5 octobre.

Le Devoir a lancé un appel à tous, au cours des dernières semaines, dans le but de former un panel d’électeurs qui livreront leurs impressions de la campagne électorale jusqu’au jour du scrutin. Un groupe de sept personnalités a été recruté (voir autre texte).

Nos lecteurs sont exigeants. Certains estiment que le Québec a besoin d’un chantier d’une ampleur comparable à la Révolution tranquille, ni plus ni moins. Ils réclament une « vision de l’avenir du Québec, des propositions concrètes » assorties d’un calendrier de réalisation. Ils considèrent ce scrutin comme « déterminant » pour l’avenir du Québec.

« Pas de vagues promesses », souligne Lyne St-Pierre, une retraitée de la Mauricie. D’autres renchérissent : ils ne veulent surtout pas de promesses « bonbon » comme des chèques envoyés aux contribuables en pleine campagne électorale.

Mme St-Pierre aimerait entendre parler de la productivité des entreprises, de la transition énergétique, du système d’éducation à trois vitesses, de la protection de l’environnement et de l’entretien des infrastructures « en ruine ». D’autres évoquent les crises du coût de la vie, du logement ou de l’itinérance, le financement des transports publics, la santé ou l’encadrement de l’intelligence artificielle.

Une lutte à cinq

La présence de cinq partis nationaux sur la ligne de départ suscite l’engouement. « Une campagne comme le Québec en aura rarement vécu », souligne Michel Morin, un retraité du Centre-du-Québec.

La profusion de formations politiques risque de causer des surprises, notamment en région, où le vote sera morcelé. Cette multiplication de l’offre politique mènera sans doute à l’une des campagnes les plus serrées — et imprévisibles — des 20 dernières années, estime Stéphane Forget, du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dans ces circonstances, plusieurs prédisent un gouvernement minoritaire.

« Ce sera intéressant, car aucun parti ne domine la conversation », relève aussi Catherine Piazzon, de Montréal. Elle fait partie des 50 % d’électeurs qui restent indécis tandis que les autobus des chefs s’apprêtent à sillonner le Québec.

Les électeurs vont faire du magasinage électoral d’ici au 5 octobre. Les partis devront se creuser les méninges pour retenir l’attention. Et faire leurs devoirs pour accoucher de propositions crédibles. L’ère des « promesses coûteuses et glamour auxquelles la CAQ [Coalition avenir Québec] nous a habitués » est révolue, fait valoir Aude Seppey, de la région de Québec.

Un vent de droite

Signe des temps, plusieurs prédisent une campagne efficace du Parti conservateur du Québec, qui cherche à se tailler une place sur les banquettes de l’Assemblée nationale. Le chef de la formation, Éric Duhaime, ne laisse personne indifférent. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il est décrit comme un habile communicateur qu’il ne faut pas sous-estimer.

Plusieurs lecteurs jugent plausible que les conservateurs profitent du vent de droite qui souffle partout dans le monde. Une éventuelle percée du Parti conservateur ajouterait une voix aux débats, « ce qui ne peut être que positif », estime Jean-Guy Gagné, un souverainiste de la première heure de la région de Québec.

Les vieux péquistes comme lui iront voter avec enthousiasme pour le Parti québécois, même si Paul St-Pierre Plamondon ne tiendra pas de référendum sur la souveraineté tant que Donald Trump sera au pouvoir à Washington. Pour cette génération d’indépendantistes, le scrutin d’octobre prochain représente peut-être le dernier espoir de voir naître un pays nommé Québec.

Orphelins politiques

Tout n’est pas rose pour autant pour le Parti québécois en ce début de campagne. Plusieurs souverainistes ne se reconnaissent pas dans le virage identitaire qu’opère le parti sous la gouverne de « PSPP ».

Nancy Chauvette, de la région de Chaudière-Appalaches, est déçue par le changement de cap de Paul St-Pierre Plamondon, qu’elle adorait du temps où il était chroniqueur à la défunte émission Bazzo.tv à Télé-Québec. « Je le trouvais très intéressant et nuancé. J’ai même appuyé sa campagne au leadership après le désistement de Véronique Hivon. Par contre, sa dérive “antiwoke” sans nuance des dernières années me répugne. Je ne me vois plus trop voter pour ce parti », écrit cette orpheline politique — une expression popularisée par le chef péquiste dans un essai publié en 2014.

L’indépendance du Québec sera l’enjeu principal pour les souverainistes les plus convaincus, mais des lecteurs du Devoir cherchent plutôt des solutions à des problèmes plus urgents — se loger, se nourrir, se déplacer, si possible sur des chaussées et des viaducs qui ne s’effondreront pas.

Une campagne aux allures de test

Pour le reste, nos lecteurs sont prêts à écouter les propositions des partis, avec des réserves qui s’imposent. La Coalition avenir Québec a ainsi toute une pente à remonter après deux mandats marqués par l’improvisation et les cafouillages. Le parti a un nouveau visage, mais Christine Fréchette a le défi d’incarner le changement dans la continuité.

Charles Milliard, qui fêtera ses 47 ans le 10 septembre, doit lui aussi représenter le renouveau, mais au Parti libéral du Québec, lequel peine à attirer l’attention pour les bonnes raisons depuis des années. Face au regain de vie du mouvement souverainiste, il recueille un appui important parmi les fédéralistes.

Chez Québec solidaire (QS), la campagne prendra l’allure d’un test, si l’on se fie aux propos des lecteurs du Devoir. Les solidaires déçus sont nombreux à nous avoir confié leur désarroi. Les quatre dernières années ont laissé une impression d’éparpillement et de manque de cohésion au sein du parti. Ils ne demandent qu’à se laisser convaincre de la pertinence de la plateforme solidaire par Ruba Ghazal.

« J’aimerais voir QS s’affirmer dans une gauche plus revendicative et populiste », écrit Zacharie Magnan, sympathisant solidaire de la Mauricie. Il serait heureux que l’environnement joue un rôle prépondérant dans cette campagne qui semble pencher plutôt vers la droite.

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