Rentrée des classes dès lundi : les élèves reprennent le chemin de l’école, mais la colère gronde toujours chez les enseignants

Après sept semaines de pause estivale, les près de 900.000 élèves de Wallonie et de Bruxelles -ainsi que leurs 120.000 enseignants- vont progressivement retrouver dès la semaine prochaine le chemin de l’école dans un climat social toujours agité.
On s’en souvient : la fin de l’année scolaire avait été marquée par une mobilisation historique du corps enseignant contre les différentes mesures d’économies du gouvernement MR-Engagés. La rentrée des classes qui se profile s’annonce tout aussi contestataire.
Préavis jusqu’au 27 septembre
« Non, le climat ne s’est pas refroidi dans les écoles, loin de là ! », avertit d’emblée Roland Lahaye, secrétaire-général de la CSC-Enseignement, interrogé par Belga.
Preuve de cette mobilisation : les syndicats ont lancé un préavis d’actions jusqu’au 27 septembre prochain -la date se veut symbolique puisqu’il s’agit de la Fête de la Communauté française- pour couvrir toutes les initiatives qui émaneront de la base.
« S’il n’y a pas un retrait des mesures les plus impactantes et la conduite d’une vraie concertation par le gouvernement (d’ici le 27 septembre), on risque d’avoir un mouvement qui va perdurer », ajoute Adrien Rosman, coordinateur communautaire du Setca-SEL.
Aiguillon de la contestation des profs au printemps dernier, le collectif indépendant « Mars Attacks » promet lui aussi de reprendre du collier dès la rentrée.
Nouveau tournant judiciaire
À côté de la dénonciation politique des mesures du gouvernement, la contestation a aussi pris depuis l’été un tournant judiciaire. Plusieurs enseignants ont en effet saisi la Cour constitutionnelle pour obtenir la suspension ainsi que l’annulation des décisions de la majorité.
Une première décision sur le recours en suspension pourrait tomber dans les mois à venir.
Pour l’heure, l’ambiance dans les écoles est plutôt au stress et au désarroi. De nombreux enseignants attendent en effet d’y voir plus clair dans leurs attributions pour cette année après les réformes du gouvernement.
Malgré les mesures d’accompagnement promises, beaucoup redoutent de perdre leurs heures de cours. Sur les réseaux sociaux ou dans la presse, les témoignages d’enseignants remerciés et contraints de chercher des heures dans d’autres établissements, parfois bien plus éloignés, se multiplient.
Pour les directeurs d’écoles aussi, cette rentrée représente un véritable défi. C’est à eux qu’il incombe de réorganiser les attributions de leurs enseignants suite à l’augmentation de la charge horaire, mais aussi d’informer ceux qui ne sont pas repris…
Nouveau tronc commun en 1e
À cela s’ajoute l’arrivée cette année du tronc commun en 1re secondaire, laquelle implique aussi de nombreux changements organisationnels.
« Tout cela fait que cette rentrée scolaire est une rentrée très compliquée pour les directeurs », confie Alain Koeune, directeur du collège Notre-Dame de Dinant et président de la fédération des associations de directeurs de l’enseignement secondaire catholique (Feadi).
En réponse à la grogne du monde enseignant, la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR), a affiché durant les vacances sa volonté de restaurer le dialogue avec le secteur. Une proposition en ce sens est d’ailleurs sur la table du gouvernement.
« L’objectif est notamment de pouvoir davantage associer les acteurs en amont des réformes, afin d’en examiner la praticabilité sur le terrain et la soutenabilité, tout en maintenant les concertations et négociations existantes », précise mardi son cabinet.
Sur le plan législatif, deux dossiers d’importance devraient particulièrement occuper la majorité durant les dix mois à venir.
Il y a d’abord la mise en œuvre du contrat à durée indéterminée pour les enseignants (CDI-E) que le gouvernement entend offrir à tous les nouveaux enseignants dès la rentrée 2027.
À ce stade, le projet bute notamment sur une question d’impact budgétaire, principalement en raison de cotisations patronales.
Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne paie en effet que 5,26 % de cotisations sur les salaires des enseignants statutaires. Mais pour des enseignants sous CDI, ces prélèvements passeraient à… 23,62 %, ce qui gonflerait de plusieurs centaines de millions d’euros le coût à charge d’une FWB déjà désargentée. Impayable donc.
Depuis un an, des discussions sont en cours avec le Fédéral pour trouver une solution afin de faire baisser cette facture, mais toujours sans résultat à ce stade.
Nouveau tronc commun en 2e et 3e
L’autre dossier à suivre porte, lui, sur les modalités d’organisation du nouveau tronc commun en 2e et 3e années du secondaire. Tout le secteur scolaire attend avec impatience les textes décrétaux, le tronc commun devant entrer en vigueur en 2e secondaire dans un an à peine.
Comme le prévoyait le Pacte pour un enseignement d’excellence, plusieurs acteurs du monde l’école attendent aussi avec impatience le lancement du chantier de la réorganisation des 4e, 5e et 6e années du secondaire afin de mieux les articuler avec le nouveau tronc commun.
Interrogé sur ce sujet, le cabinet de la ministre Glatigny semble néanmoins vouloir temporiser.
« Dans un contexte où les enseignants ont précisément exprimé ces derniers mois leurs inquiétudes et leur fatigue face au rythme et à l’accumulation des réformes, il ne serait pas cohérent d’ouvrir dans la précipitation un nouveau chantier majeur », y fait-on valoir.
Enfin, après la réforme des rythmes scolaires annuels (sous la précédente législature), le chantier des rythmes journaliers est aussi appelé à avancer.
L’objectif est ici de mieux faire coller l’organisation de la journée scolaire aux rythmes chrono-biologiques des élèves, de repenser le travail à domicile (c’est-à-dire les devoirs) ainsi que l’accueil temps libre (ATL), ou encore l’aménagement des espaces scolaires.
Le gouvernement a demandé à la Fondation Roi Baudouin de réaliser un rapport d’analyse fouillé sur le sujet. Celui-ci devrait être remis à la ministre dès le mois prochain normalement.
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