En France, la difficile couverture médiatique des manifestations de lycéens

Quelques semaines après les premières manifestations devant les établissements, retour sur la mobilisation lycéenne en France et la difficulté de sa couverture médiatique.
Le 17 septembre, lors du premier blocage lycéen à Créteil (Val-de-Marne), les médias ne s'attendaient pas à une telle mobilisation, puisque la crise des carburants faisait craindre à l'exécutif des manifestations d'agriculteurs ou un mouvement de type gilets jaunes. Bruno Jeudy, le directeur de La Tribune Dimanche et éditorialiste sur BFMTV, a pu parler des « gilets jeunes », avec en toile de fond de la casse, des débordements et de la répression policière.
Et puis, les heurts qui se sont produits entre les lycéens et la police, le mot du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko disant que la violence peut être « légitime » même s'il faut l'éviter... Tout cela a entraîné une focalisation sur le maintien de l'ordre, avec une certaine insistance sur les casseurs et le rôle du parti La France insoumise dans une hypothétique manipulation des jeunes. Parallèlement, deux reporters de BFMTV ont été molestés en Seine-Saint-Denis et un caméraman de M6 a été frappé alors qu'il couvrait le blocage d'un lycée à Marseille.
Une évolution du traitement médiatique
Les 6 000 interpellations et les 5 000 gardes à vue – essentiellement de mineurs – ont entraîné des questions sur la réponse policière. Est-elle adaptée ? N'attise-t-elle pas elle-même la violence en raison de l'utilisation de grenades ou de lanceurs de balles de défense ? Ces deux armes ont conduit à l'amputation d'une main et à la perte d'un œil chez deux adolescents, sans parler des autres blessures. Il y a eu aussi des violences contre les policiers, notamment un commissaire.
Mais il est devenu difficile de se cantonner à la confrontation entre deux France, celle de l'ordre et du désordre, comme on a pu le voir sur CNews ou LCI. Car le mouvement a pris une telle ampleur, avec des interrogations sur un horizon bouché, que les éditorialistes n'ont pu qu'entendre les revendications lycéennes sur leurs conditions d'enseignement, le non-remplacement des profs ou les dysfonctionnements de la plateforme Parcoursup.
Un mouvement en permanence filmé par les lycéens
Avec des effets induits : cela permet à de nombreux lycéens ou étudiants de documenter les violences policières. Mais l'algorithme peut aussi nourrir la contestation, et parfois la rage, comme lorsqu'un 4x4 policier a foncé à Dunkerque sur des jeunes. Les images sont ensuite précieuses pour l'IGPN, l'inspection de la police, mais aussi pour l'instruction contre des manifestants, ce qui amène beaucoup à se couvrir le visage.
Enfin, comme le dit le directeur de Brut, Maxime Darquier, il ne s'agit plus simplement de s'assurer de la source et de contextualiser les images : il faut aussi s'assurer qu'elles soient vraies à l'heure de l'intelligence artificielle.
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