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Monday, September 7, 2026

Réchauffement climatique | Dans la ferme où les vaches rotent le moins de GES

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(Les Cèdres) Les vaches de la ferme Petibonheur font les rots les moins polluants du Québec. Sur les 4000 fermes laitières de la province, ces bêtes éructent le moins de méthane par kilogramme de lait qu’elles produisent.

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Cette performance pourrait donner des pistes d’action à l’ensemble des producteurs de lait du Canada, qui se sont fixé un objectif ambitieux d’ici 2050 : atteindre la carboneutralité.

« Sans que ce soit voulu, les choix que j’ai faits sont venus réduire le méthane », lance Luc Proulx en regardant ses 90 vaches de race Holstein dans l’étable. « Ça nous donne une bonne tape dans le dos pour continuer nos efforts », ajoute-t-il.

L’agriculteur de 58 ans nous entraîne vers l’un de ses robots de traite, un grand compartiment rectangulaire. Une vache y entre. Pendant que son lait est tiré, elle plonge sa tête dans une mangeoire pour recevoir de la nourriture en récompense.

C’est là qu’un minuscule tuyau – un renifleur – aspire l’air que la bête expire par sa bouche.

Lorsqu’elles ruminent, les vaches éructent du méthane (CH4). Ce puissant gaz à effet de serre est créé par les microorganismes qui dégradent les aliments dans le premier des quatre estomacs de l’animal.

Des mesures sont prises à chaque seconde par le renifleur. Elles ont servi à entraîner – et maintenant à calibrer – un modèle mathématique qui peut prédire les émissions de méthane produites par un troupeau à partir… de la composition moléculaire du lait.

Chaque fois que le camion-citerne passe pour ramasser le lait à la ferme, il prend un échantillon dans le réservoir. Il est ensuite acheminé à Lactanet, un laboratoire d’analyse de l’industrie laitière, où il est passé sous un infrarouge.

Ce modèle – financé par le gouvernement du Québec – est maintenant au point. Tous les deux jours, les éleveurs de la province peuvent consulter leurs résultats en temps réel.

« Je n’avais aucune idée si je performais là-dedans ou pas », admet Luc Proulx.

Les résultats l’ont surpris.

Comment le méthane est-il mesuré ?

  • Elles mâchent, avalent, régurgitent et ravalent : les vaches sont des ruminants. Elles consomment des plantes très peu digestibles comme du foin pour les transformer en énergie. La vache mastique de 10 à 12 heures par jour. Lorsque les aliments sont réduits en particules assez petites, les microorganismes de son rumen vont dégrader les aliments, ce qui génère du méthane.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    Elles mâchent, avalent, régurgitent et ravalent : les vaches sont des ruminants. Elles consomment des plantes très peu digestibles comme du foin pour les transformer en énergie. La vache mastique de 10 à 12 heures par jour. Lorsque les aliments sont réduits en particules assez petites, les microorganismes de son rumen vont dégrader les aliments, ce qui génère du méthane.

  • Certaines vaches produisent beaucoup plus de méthane que d’autres. Cette vache de la ferme Petibonheur est dans un robot de traite. Pendant qu’elle mange sa récompense, un aspirateur tire l’air que la vache expire pour mesurer le méthane de ses rots.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    Certaines vaches produisent beaucoup plus de méthane que d’autres. Cette vache de la ferme Petibonheur est dans un robot de traite. Pendant qu’elle mange sa récompense, un aspirateur tire l’air que la vache expire pour mesurer le méthane de ses rots.

  • En bleu, le fameux renifleur. Il a la grosseur d’une pile. Un total de 25 capteurs ont été installés sur 14 fermes dans le cadre du projet « Méthane Québec ». Cet appareil de mesure coûte très cher. Il serait impensable d’en installer dans les 4087 fermes laitières du Québec, d’où la pertinence du modèle qui prédit les émissions de méthane à partir des échantillons de lait.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    En bleu, le fameux renifleur. Il a la grosseur d’une pile. Un total de 25 capteurs ont été installés sur 14 fermes dans le cadre du projet « Méthane Québec ». Cet appareil de mesure coûte très cher. Il serait impensable d’en installer dans les 4087 fermes laitières du Québec, d’où la pertinence du modèle qui prédit les émissions de méthane à partir des échantillons de lait.

  • L’air aspiré est analysé ici et les données sont ensuite envoyées au centre d’expertise Lactanet. Le modèle a été entraîné en comparant les émissions de méthane réelles captées dans les fermes du Québec avec des marqueurs détectés dans le lait de leur réservoir.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    L’air aspiré est analysé ici et les données sont ensuite envoyées au centre d’expertise Lactanet. Le modèle a été entraîné en comparant les émissions de méthane réelles captées dans les fermes du Québec avec des marqueurs détectés dans le lait de leur réservoir.

  • Les échantillons de lait de toutes les fermes du Québec sont désormais analysés par un modèle qui, grâce à une technologie à l’infrarouge, peut déterminer les émissions de méthane d’un troupeau.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    Les échantillons de lait de toutes les fermes du Québec sont désormais analysés par un modèle qui, grâce à une technologie à l’infrarouge, peut déterminer les émissions de méthane d’un troupeau.

  • Les producteurs reçoivent ensuite leurs résultats en temps réel. En bleu, la courbe de méthane de la ferme Petibonheur est bien en deçà de la moyenne provinciale. Mais les émissions varient d’une journée à l’autre.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    Les producteurs reçoivent ensuite leurs résultats en temps réel. En bleu, la courbe de méthane de la ferme Petibonheur est bien en deçà de la moyenne provinciale. Mais les émissions varient d’une journée à l’autre.

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Une vache au Québec émet annuellement, en moyenne, 14,4 grammes de méthane par kilogramme de lait*, montrent des données recensées dans le cadre de ce projet intitulé « Méthane Québec ».

Celle du troupeau de la ferme Petibonheur : 11,7.

C’est le résultat le plus bas dans la province.

« L’idée, c’est de savoir : qu’est-ce que lui fait que les autres fermes pourraient faire pour réduire leur méthane ? », résume Liliana Fadul, gestionnaire en analyse de données chez Lactanet.

La production laitière est responsable d’environ 1 % des gaz à effet de serre du Canada. La moitié des émissions d’une ferme provient du processus digestif des vaches.

« Pour agir et pour savoir comment s’améliorer, il faut d’abord savoir où on est », explique Geneviève Rainville, directrice générale des Producteurs de lait du Québec. Le syndicat agricole est l’actionnaire principal de Lactanet.

« Si c’était simple d’être carboneutre, ça serait juste une question d’imposer certaines règles et on y arriverait. On sait qu’il y a encore de la connaissance à développer. Puis c’est ce qu’on cherche à faire avec ce projet. »

  • Le laboratoire de Lactanet réalise environ 2,5 millions d’analyses par année.

    PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

    Le laboratoire de Lactanet réalise environ 2,5 millions d’analyses par année.

  • Le laboratoire de Lactanet réalise environ 2,5 millions d’analyses par année.

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    Le laboratoire de Lactanet réalise environ 2,5 millions d’analyses par année.

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De la ferme au labo

Une odeur de crème glacée remplit l’air du laboratoire de Lactanet à Sainte-Anne-de-Bellevue. C’est dans ce vaste local que des milliers d’échantillons de lait de fermes québécoises sont analysés chaque jour à l’aide de rayons infrarouges.

« L’échantillon de lait ici, il passe en six secondes », explique Débora Santschi, directrice générale adjointe par intérim de Lactanet. « Pour chaque échantillon de lait qui passe, on a 1000 données qui sortent », ajoute l’agronome qui a grandi sur une ferme laitière à Coaticook.

Le centre d’expertise en production laitière, qui existe depuis 60 ans, analyse d’abord et avant tout les échantillons pour déterminer la teneur en gras et en protéines du lait. « Ça sert à payer le producteur », précise-t-elle. Au Canada, les quotas laitiers sont fixés selon la teneur en matières grasses dans le lait.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

Débora Santschi, directrice générale adjointe par intérim de Lactanet

Là, ce qui est nouveau, c’est le fait qu’on est capable d’utiliser le même échantillon pour estimer le méthane du troupeau.

Débora Santschi, directrice générale adjointe par intérim de Lactanet

Comment ? « Il n’y a pas de méthane dans le lait », précise-t-elle d’emblée.

À partir des 1000 données captées par l’infrarouge, les chercheurs ont établi des relations chimiques entre elles. Un peu comme des empreintes digitales, explique Mme Santschi.

« Certains acides gras individuels changent quand la vache fait plus ou moins de méthane », dit-elle.

Le modèle a d’abord été entraîné à partir des données réelles de méthane captées sur 14 fermes au Québec, dont la ferme Petibonheur. « Il fallait lui donner une réponse au début. »

« À force de lui dire : “ces 1000 valeurs-là, ça donne 14 en méthane” ; “ces 1000–là, ça donne 12 en méthane” ; “ces 1000–là, ça donne 15 en méthane”, tranquillement, le modèle a bâti une équation. »

« Le modèle a appris », ajoute Liliana Fadul qui, elle aussi, a grandi sur une ferme laitière durant son enfance en Colombie.

« Ça trouve des patterns dans le lait. Même s’il n’y a pas de méthane dans le lait, on peut quand même le prédire », ajoute-t-elle.

Le méthane est un puissant GES qui possède un pouvoir de réchauffement planétaire près de 28 fois plus élevé que le dioxyde de carbone (CO2) sur une période de 100 ans. Cela signifie qu’à quantité égale émise dans l’atmosphère, il réchauffe la planète environ 28 fois plus que le CO2.

Les agriculteurs contribuent aux changements climatiques, mais en sont aussi victimes.

« Je pense que le but, c’est que chacun puisse faire sa part d’efforts dans le grand impact des changements climatiques », estime Débora Santschi.

« S’il y a un groupe de la population qui en souffre beaucoup, c’est probablement eux. Je pense que c’est pour ça que ça leur tient beaucoup à cœur. »

* L’unité de mesure utilisée pour estimer le méthane dans le cadre de ce projet est le gramme de méthane par kilogramme de lait, mais « corrigé pour le gras et la protéine ». Cela permet de ramener tous les troupeaux sur une base comparable. Une vache Jersey fait par exemple en moyenne plus de gras qu’une vache Holstein, mais la vache Holstein fait plus de lait en volume. Ces données ont été prises de juillet 2025 à juillet 2026.

En savoir plus

  • 3,6 millions
    Coût du projet de recherche

    Source : Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec

    8,2 %
    En 2024, les émissions du secteur agricole représentaient 8,2 % des émissions totales de GES du Canada, dont 30 % des émissions nationales de méthane.

    Source : Environnement et Changements climatiques Canada

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