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Saturday, August 15, 2026

Les chauffeurs de taxi de l’aéroport Trudeau au bout du rouleau

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Les 500 chauffeurs de taxi qui desservent l’aéroport Montréal-Trudeau sont à bout de souffle. Ils dénoncent une nouvelle dépense annuelle de plus de 400 dollars qu’impose Taxelco, qui détient le monopole du taxi à l’aéroport, pour munir leurs voitures de dômes indiquant l’affiliation à l’entreprise. Ce fardeau financier s’ajoute à des cotisations mensuelles de plusieurs centaines de dollars leur donnant le droit d’embarquer les voyageurs qui atterrissent à Montréal.

Selon ce que Le Devoir a appris, le Groupement des chauffeurs de taxi à l’aéroport de Montréal (GCTAM) vient de mettre en demeure Taxelco et Aéroports de Montréal (ADM) de renoncer à cette « charge financière injustifiée, disproportionnée et sans précédent ».

Taxelco indique que sa décision de rendre ses voitures facilement reconnaissables vise à « créer une image de marque qui va amener de la clientèle ». L’entreprise, ayant l’exclusivité du service à l’aéroport, exploite Téo Taxi. La firme cherche à doter ses voitures d’une « identité visuelle » unique pour se démarquer des taxis illégaux, explique Frédéric Prégent, président-directeur général de Taxelco.

L’entreprise a le monopole du taxi à partir de l’aéroport international Montréal-Trudeau depuis le 1er mai 2025. Les chauffeurs convoitent ce lieu qui assure un flux régulier de clients — et des courses plus longues que la moyenne —, mais plusieurs digèrent mal la facture salée leur donnant accès à l’aéroport.

L’obligation de payer pour faire installer une enseigne au nom de Téo Taxi « ne passe pas » pour le Groupement des chauffeurs. Taxelco oblige ses chauffeurs à louer cet équipement 8 $ par semaine (9,20 $ avec les taxes), plus 75 $ pour l’installation et un dépôt de sécurité de 250 $, « sans qu’aucun gain supplémentaire ne soit généré pour les chauffeurs ».

Un fardeau alourdi

Ces nouveaux frais s’ajoutent à des charges financières qui s’alourdissent sans cesse, soutient le GCTAM. Les chauffeurs versent notamment près de 800 $ par mois à Taxelco pour le droit d’accéder à l’aéroport, tandis que « leurs revenus stagnent ou diminuent depuis plusieurs années. Pendant ce temps, les dépenses ne cessent d’augmenter : carburant, assurances, entretien des véhicules, financement et coût général de la vie », indique la mise en demeure, transmise le 4 août 2026.

Il faut ajouter à cela une hausse récente de 25 $ par mois des cotisations versées par les chauffeurs de taxi à Taxelco. De plus, les redevances versées par les chauffeurs et les propriétaires de taxi à ADM ont augmenté deux fois dans la dernière année, pour atteindre 6,44 $ par voyage quittant l’aéroport.

« Ces augmentations successives sont imposées dans un contexte où la réalité économique des chauffeurs est devenue extrêmement préoccupante. L’accès à l’aéroport est de plus en plus difficile, les temps d’attente s’allongent, les revenus diminuent et la multiplication des véhicules dans le système réduit davantage les possibilités de travail pour chacun », indique la mise en demeure.

Taxelco oblige aussi les chauffeurs qui souhaitent prendre des passagers à l’aéroport Montréal-Trudeau à acquérir une voiture neuve, hybride ou électrique, ou une fourgonnette, indiquent au Devoir plusieurs membres de l’industrie. Ces véhicules coûtent au moins 50 000 dollars, et souvent beaucoup plus.

Transparence réclamée

Le service Uber livre aussi une rude concurrence aux taxis, rappellent nos sources. Les chauffeurs « travaillent de longues heures sans parvenir à obtenir un revenu décent. Certains peinent même à atteindre un revenu comparable au salaire minimum », souligne la mise en demeure envoyée à ADM et à Taxelco.

Les chauffeurs dénoncent le manque de transparence des décisions d’ADM et de Taxelco, qui leur sont imposées sans justifications claires, selon eux. Qui décide d’augmenter les cotisations des chauffeurs à Taxelco ou les redevances à l’aéroport ? ADM dirige Le Devoir vers Taxelco. L’entreprise répond que le contrat avec ADM est confidentiel.

« Est-ce qu’il est dans leur droit [aux chauffeurs de taxi] d’obtenir la transparence sur nos contrats qu’on a dans l’industrie privée ? La réponse est non. C’est entre nous puis nos clients », dit Frédéric Prégent, p.-d.g. de Taxelco.

Le Groupement des chauffeurs fait valoir que cette absence de transparence crée un « climat de méfiance » entre l’entreprise, d’un côté, et, de l’autre, les chauffeurs et les propriétaires de taxi.

Frédéric Prégent affirme que Taxelco reste ouverte à « la collaboration, à l’écoute et au dialogue » avec les chauffeurs de taxi, mais que des désaccords peuvent tout de même survenir. « Ça fait partie des relations économiques et des relations contractuelles qu’on a avec les chauffeurs », dit le représentant de l’entreprise qui a été achetée en 2019 par Placements Saint-Jérôme inc., propriété de Pierre Karl Péladeau.

En quête d’une solution

Quant à la location des dômes aux couleurs de Téo Taxi, Taxelco considère qu’il s’agit d’une dépense d’exploitation des chauffeurs, qui sont des travailleurs autonomes. Ces dépenses sont déductibles de leurs revenus sur le plan fiscal. L’entreprise loue ces dômes aux chauffeurs parce qu’elle tient à les reprendre s’ils quittent l’entreprise — pour éviter que les enseignes circulent illégalement dans l’industrie, explique Frédéric Prégent.

Rahim Rashidi Nejad, un vétéran de l’industrie du taxi, indique que le Groupement des chauffeurs « n’est pas en guerre contre Taxelco ». « On veut trouver une solution pour que tout le monde soit gagnant », dit-il.

Les chauffeurs affirment être prêts à mettre en place des moyens de pression, comme des manifestations ou une grève, s’ils n’obtiennent pas satisfaction. Ils n’en sont pas à leurs premières récriminations contre Taxelco depuis l’entrée en vigueur de ce nouveau modèle de gestion des taxis à l’aéroport Trudeau, en mai 2025. L’entreprise a indiqué « prendre acte » de la mise en demeure des chauffeurs, sans préciser si elle compte y donner suite.

De son côté, Aéroports de Montréal a souligné que « Taxelco est responsable de la gestion du bassin de véhicules et de chauffeurs, ainsi que des conditions d’exploitation du service de taxi à l’aéroport, dans le respect des règles applicables et des exigences établies par ADM en matière de qualité de service ».

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