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Saturday, October 3, 2026

Carney prévoit une «croissance soutenue», et non un boum des sables bitumineux

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La dernière décennie a été relativement calme dans le secteur des sables bitumineux de l’Alberta, mais les gouvernements fédéral et provincial estiment qu’un nouvel oléoduc vers la côte ouest, associé à des changements de politique, pourrait contribuer à relancer l’activité.

Le premier ministre canadien Mark Carney s’est rendu cette semaine à Fort McMurray, en Alberta, pour annoncer le premier projet jugé d’intérêt national en vertu de la loi adoptée l’année dernière: l’oléoduc Pacific Link, d’une capacité d’un million de barils par jour, qui reliera l’Alberta à un terminal d’exportation par pétrolier situé dans le sud de la Colombie-Britannique.

Cette désignation signifie que le projet fera l’objet d’un processus d’examen simplifié, piloté par le bureau des grands projets établi à Calgary.

L’avenir économique de cet oléoduc dépend de la volonté des entreprises exploitant les sables bitumineux d’investir dans l’augmentation de leur production. Lors d’une conférence de presse, il a été demandé à M. Carney s’il s’attendait à un retour à la période de plein essor dans cette ville du nord-est de l’Alberta, plaque tournante des sables bitumineux.

«Je n’utiliserais pas le terme “boum”, a-t-il répondu. Je parlerais plutôt de “croissance soutenue”.»

Le dernier boum, qui s’est étendu du milieu des années 2000 au milieu des années 2010, s’est accompagné d’effets secondaires, tels que l’inflation des coûts, la pénurie de main-d’œuvre et la crise du logement. M. Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont affirmé que, si les entreprises des sables bitumineux décident de prendre de nouveau de l’expansion — comme ils l’espèrent —, la situation sera différente cette fois-ci.

«Tirer des leçons du passé»

Depuis des années, les entreprises des sables bitumineux se détournent des mégaprojets de plusieurs milliards de dollars qui caractérisaient le secteur il y a plus d’une décennie. La dernière mine construite entièrement à partir de zéro fut celle de Fort Hills, exploitée par Suncor Énergie. Entre l’obtention du feu vert définitif en 2013 et sa mise en service en 2018, son coût est passé de 13,5 milliards $ à plus de 17 milliards $. Ces derniers temps, plutôt que de se lancer dans des projets à partir de zéro, les entreprises ont préféré optimiser leurs installations existantes pour extraire davantage de bitume ou étendre leurs activités.

Les dirigeants ont invoqué le manque de capacité des oléoducs, un cadre réglementaire complexe et des réglementations environnementales contraignantes pour expliquer le ralentissement des projets de croissance à grande échelle. Mais c’est également à l’époque où les investissements ont chuté, il y a une dizaine d’années, que les cours mondiaux du brut se sont effondrés en raison d’une surabondance de l’offre et n’ont guère eu le temps de se redresser avant que la pandémie de COVID-19 n’anéantisse pratiquement toute la demande.

Avance rapide jusqu’en 2026: la guerre au Moyen-Orient a mis à nu la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales et poussé les pays à réclamer des fournisseurs stables. Une multitude de politiques énergétiques de l’ère Trudeau, détestées par les acteurs du secteur pétrolier, ont été abrogées, et le projet Pacific Link a fait un grand pas en avant vers sa concrétisation, ce qui pourrait permettre à davantage de pétrole brut issu des sables bitumineux d’atteindre les marchés asiatiques lucratifs.

«Nous avons tiré les leçons du passé en matière de construction d’infrastructures», a déclaré M. Carney aux journalistes jeudi. Il a ajouté que les maires locaux anticipaient les besoins de leurs communautés et que la participation précoce des dirigeants des Premières Nations se traduisait par «une répartition beaucoup plus large des retombées économiques».

Il a également évoqué «une nouvelle phase d’innovation technique» dans le secteur, qui n’existait pas auparavant.

Lors de la conférence de presse, Mme Smith a attiré l’attention sur les camions de transport autonomes destinés aux sables bitumineux, visibles en arrière-plan. Auparavant, les conducteurs de ces gigantesques véhicules auraient perçu des salaires à six chiffres et seraient venus par avion depuis d’autres régions du Canada vers le site, où ils auraient séjourné dans des camps de travail pendant une semaine ou deux d’affilée.

«Les entreprises ont réussi à trouver un moyen d’augmenter la production sans subir le genre de pression considérable que nous avons connue par le passé, avec un grand nombre de personnes venant s’installer ici sans pouvoir trouver de logement», a souligné Mme Smith.

La première ministre a ajouté qu’elle s’était également entretenue avec les élus locaux au sujet des infrastructures routières et des ponts qui pourraient s’avérer nécessaires en cas d’augmentation de la production. Elle a notamment évoqué la modernisation de l’autoroute 881, la route qui passe à travers plusieurs sites d’exploitation des sables bitumineux, au sud de Fort McMurray, en Alberta.

«Il existe de nombreuses façons de collaborer avec le gouvernement fédéral pour garantir la réalisation de ces projets d’infrastructure clés, afin que nous puissions construire à un rythme qui nous permette de suivre le mouvement», a-t-elle expliqué.

Un secteur qui aurait mûri

Andrew Botterill, qui dirige le pôle pétrole, gaz et chimie de Deloitte Canada, a indiqué que le secteur pétrolier albertain avait mûri depuis le dernier boum.

«Nous avons aujourd’hui un groupe de producteurs plus efficace et bien plus cohérent là-bas que ce n’était peut-être le cas il y a 10 ou 15 ans», a-t-il constaté.

«Ils se sont regroupés au sein d’une alliance et ont véritablement pris conscience qu’il fallait “partager la main-d’œuvre, être moins en concurrence les uns avec les autres, trouver des moyens de travailler ensemble plutôt que de ne faire qu’augmenter les coûts”.»

Les actifs liés aux sables bitumineux sont désormais concentrés entre moins de mains qu’il y a une dizaine d’années, voire plus. D’anciens producteurs, notamment Husky et MEG Energy, ont été rachetés, tandis que des acteurs internationaux comme Shell et Total se sont retirés ou ont fortement réduit leurs participations.

Lance Mortlock, associé directeur chez EY Canada, a soulevé une préoccupation plus générale concernant la disponibilité de la main-d’œuvre, alors que plusieurs projets d’envergure sont en cours de réalisation — non seulement l’oléoduc Pacific Link et les nouveaux projets liés aux sables bitumineux, mais aussi, potentiellement, des mines, des lignes de transport d’électricité et des barrages hydroélectriques.

«Nous allons avoir besoin de dizaines de milliers de travailleurs à travers le pays pour construire tout cela: des ingénieurs, des professionnels, des soudeurs, des monteurs de canalisations. Je ne sais pas trop d’où viendront toutes ces personnes si nous réalisons ne serait-ce que la moitié des projets que nous souhaitons construire», a-t-il pointé.

«J’espère donc qu’il y aura davantage de discussions sur la main-d’œuvre et sur la manière d’enchaîner ces projets afin d’optimiser le système du point de vue des ressources humaines.»

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