De grands discours mais pas d’actes : et le monde du football se coucha devant Gianni Infantino

L’élection présidentielle de la FIFA n’a décidément rien à voir avec le football. C’est définitivement, et uniquement, un jeu politique comparable à des arrangements entre amis où tous les coups sont permis, y compris, et surtout, les trahisons.
Il y a quelques années, les amis dictateurs africains de Gianni Infantino l’avaient sans doute inspiré pour trouver un tour de passe-passe pour pouvoir se présenter à la prochaine élection. Le dirigeant suisse avait réussi à ne pas faire compter son premier mandat dans la limite des trois mandats imposée par les statuts car il remplaçait Sepp Blatter, suspendu.
Longtemps, on a cru que rien ne pouvait le faire tomber de son trône. Pas même le "Prix de la Paix de la FIFA" offert à son grand copain, Donald Trump, dans le plus grand des calmes mais aussi dans le plus grand secret et dans la plus grande opacité. La différence de traitement entre Israël et la Russie par la FIFA n’a pas ému grand monde non plus.
Mais tout aurait pu changer cet été, après la fameuse affaire Folarin Balogun et surtout avec le projet, tout aussi opaque et secret, de vente d’une part des activités commerciales à des fonds privés liés à la famille… de Donald Trump. Mais n’y voyez aucun lien, c’est évidemment un hasard.
Il y a deux mois, secouées par toutes ces affaires, les confédérations européennes, nord-américaines et asiatiques avaient bombé le torse en s’opposant ouvertement à Infantino, disant notamment qu’il n’avait pas "le comportement d’un garant du football". L’UEFA a même décidé de boycotter les compétitions de la FIFA.
Mais tout cela s’est vite effondré à cause des incontestables qualités politiques du président de la FIFA et de l’incapacité criante de l’opposition à créer un élan de révolte en se trouvant un leader pour se présenter à la future élection. Résultats ? Le boycott de l’UEFA a été suspendu un mois après son annonce, Infantino n’a toujours pas d’adversaire sérieux en face de lui et la Confédération asiatique a décidé de se mentir à elle-même en soutenant finalement le boss du football.
"Ce ne sont pas les qualités que le football mérite de trouver dans son leadership" est devenu "Nous réaffirmons notre engagement total à vous soutenir, vous et votre leadership". Difficile de trouver plus efficace comme retournement de veste."Gianni, oui, nous avons eu des désaccords par le passé. Mais nous devons avancer. Le football est plus fort lorsque nous travaillons ensemble", expliquait Cheikh Salman, le président de la Confédération asiatique à l’adresse d’Infantino. Mais, après tout, la FIFA s’est excusée, c’est donc l’essentiel non ? Toujours sur la forme, jamais sur le fond.
Cet été, Infantino a clairement donné le bâton pour se faire battre, plus d’un même. On est même arrivés à un point où on peut se demander combien d’erreurs peut-il encore commettre sans que la majorité des fédérations, généralement uniquement intéressées par l’argent reçu sur leurs comptes, ne réalisent ce qui est en train de se passer. Infantino, par ses grossières erreurs, a offert une occasion unique de changer la gouvernance de la FIFA. Ses opposants n’ont pas su la saisir et s’en mordront sûrement les doigts.
Rendez-vous le 18 mars prochain pour un nouveau triomphe d’Infantino. Pour la plus grande amertume de beaucoup de supporters.
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