Rapport de la vérificatrice générale du Canada | Trop de munitions et d’équipement médical sur des tablettes

(Ottawa) La santé publique du Canada et la Défense nationale ont deux choses en commun : ils achètent trop d’équipement et ne l’utilisent pas assez.
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La pandémie de COVID-19 est une chose du passé et les leçons apprises semblent s’évaporer avec le temps.
La vérificatrice générale du Canada révèle dans un rapport que l’Agence de Santé publique du Canada planifie mal ses stocks dans sa réserve pour prévenir une éventuelle crise sanitaire.
En date du 31 mars 2026, la réserve contenait toujours pour environ 84 millions de dollars d’articles périmés, dont 97 % étaient de l’équipement de protection individuelle acquis en grande partie pendant la pandémie de COVID-19.
« L’entreposage d’équipement de protection périmé a coûté 6,3 millions de dollars à l’Agence pendant ces deux dernières années », écrit la vérificatrice générale Karen Hogan.
La Réserve en question comporte de l’équipement de protection individuelle, des produits pharmaceutiques, de l’équipement médical et des fournitures destinés aux services sociaux.
Ce qu’on retrouve dans la réserve
- Équipement de protection individuelle : Masques N95, masques chirurgicaux, gants, blouses
- Équipement médical : moniteurs cardiaques, pompes à perfusion, ventilateurs pulmonaires, appareils à rayons X.
- Produits pharmaceutiques : vaccins, traitements, antibiotiques, antiviraux
- Fournitures destinées aux services sociaux : lits de camp, couvertures, oreillers
« Cette constatation est importante parce que la planification des stocks permet de se préparer à de futures urgences sanitaires en garantissant la disponibilité des fournitures essentielles en cas de besoin », poursuit-elle dans un rapport de 40 pages déposé jeudi.
Selon elle, une planification efficace « permet également de réduire le risque de pénurie ou de stocks excédentaires », mais va aussi favoriser une bonne gestion des ressources publiques en limitant le gaspillage.
Par ailleurs, la vérificatrice générale souligne que les dépenses de l’Agence consacrées à la Réserve ont diminué de plus de 95 % entre 2020 et 2026.
En pleine pandémie, le gouvernement Trudeau avait dépensé 4,17 milliards de dollars durant l’année financière de 2020‑2021, alors que cette année, ce sont 196 millions de dollars qui sont prévus.
Le rapport de Mme Hogan révèle que l’Agence n’avait « pas effectué d’évaluations des besoins ni établi de cibles de stocks pour aucun des 15 types de fournitures destinées aux services sociaux ».
L’Agence a répondu aux 81 demandes de fournitures médicales qu’elle a reçues entre autres de gouvernements provinciaux de 2024 à 2026. Durant l’exercice 2025‑2026, elle a distribué pour 27 millions de dollars de ces fournitures, mais a aussi passé en perte 331 millions de dollars en raison de leur péremption et de dommages.
La vérificatrice générale déposait jeudi neuf rapports allant de la santé publique à la lutte contre le blanchiment d’argent, à l’acquisition de technologie pour les centres d’appels, aux soins dentaires et à l’approvisionnement de munitions, notamment.
Difficile de gérer ses munitions
Et justement, la Défense nationale a, selon la vérificatrice générale, bien des problèmes à gérer ses stocks de munitions.
Les Forces armées canadiennes ont utilisé en moyenne 56 % des munitions que le gouvernement lui attribuait dans les trois dernières années.
En 2024, Ottawa consacrait 9,2 milliards de dollars sur 13 ans à l’augmentation des quantités de munitions de la réserve stratégique de la Défense.
Le ministère a dépensé 695 millions de dollars de cette somme dans le dernier exercice financier. Or, en date du 31 mars 2026, aucune munition destinée à la réserve stratégique au titre de ces engagements n’avait encore été reçue, selon la vérificatrice générale.
L’Armée canadienne a utilisé environ 70 % de son stock de munitions attribuées de 2023 à 2026 et donc, environ 30 % de ses munitions n’ont pas servi. C’est pourtant elle qui reçoit le plus de munitions avec 57 % des stocks achetés par Ottawa.
Lorsqu’il est question de la Marine royale canadienne, 60 % de ses munitions n’ont pas servi de 2023 à 2025, bien qu’elle ne reçoit que 6 % des munitions.
« À notre avis, il est essentiel de prévoir avec précision les besoins en munitions d’utilisation régulière afin d’éviter de dépasser de manière significative l’objectif de niveau de stock. En effet, un tel dépassement pèse sur les capacités d’entreposage et accroît à la fois les coûts et les risques de détérioration ou d’expiration de la durée de conservation », peut-on lire dans le rapport de la vérificatrice générale.
Le gouvernement Carney s’est engagé à transformer la manière dont il s’approvisionne dans la foulée des investissements historiques actuels en matière de défense.
La valeur des stocks de munitions de la Défense nationale s’élevait à 2,5 milliards de dollars au 31 mars 2025 et à 2,6 milliards de dollars au 31 mars 2026, selon la vérificatrice générale.
Au 31 mars 2026, 31 % des emplacements où la Défense nationale détenait des stocks de munitions n’avaient pas effectué l’inventaire annuel obligatoire des munitions, ce qui représentait des stocks de munitions d’une valeur de 656 millions de dollars dont l’inventaire était en retard.
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