Un organisme québécois prend du gallon à la COP17 en Arménie

Un forum invitant les États du monde à repenser les modèles économiques dominants axés sur la « croissance continue », dans l'espoir de respecter les « limites planétaires », sera piloté par un organisme du Québec lors de la COP17 à Erevan, en Arménie, dès le 19 octobre.
La Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP Québec) est en effet parvenue à convaincre la présidence arménienne de la COP17 de créer un espace de discussion sur plusieurs jours à même la programmation officielle.
Ce tour de force
, selon l'organisme québécois, permettra de réunir des écologistes, des dignitaires et des industriels autour d'un forum de réflexion sur les causes sous-jacentes
du déclin de la biodiversité sur la planète.

L'exploitation des ressources naturelles se fait à un rythme insoutenable, selon plusieurs groupes écologistes, dont l'ONG Global Footprint Network. (Photo d'archives)
Photo : Adam Lach/Sandvik
Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec, rappelle que l'humanité vit à crédit en exploitant des ressources naturelles au-delà de la capacité de la Terre. On arrive à un moment, d'ici quelques années, où ça va devenir une nécessité de changer nos comportements
, dit-il. Le mur pourrait arriver aussi tôt que dans la prochaine décennie, anticipe M. Branchaud.
Selon Global Footprink Network, il faudrait 1,73 planète pour soutenir la consommation et l'exploitation actuelles de la nature.
L'organisation non gouvernementale (ONG) a établi que les limites planétaires avaient été dépassées en date du 30 juillet cette année. Autrement dit, l'humanité exploite actuellement la nature 73 % plus vite que les écosystèmes ne peuvent se régénérer
, rapportait-elle cet été.

Alain Branchaud est directeur général de la SNAP Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Tout repose sur les modèles économiques dominants, selon la SNAP Québec, qui tente depuis plusieurs années de susciter des discussions sur les changements systémiques
à mettre en place pour renverser la tendance.
Derrière ces actions-là, il y a une machine économique qui a besoin d'une croissance continue. Il y a également un système de valeurs derrière nos actions qui favorisent l'économie, qui favorisent des comportements de consommation qui ne sont pas soutenables à long terme
, explique M. Branchaud entrevue à Radio-Canada.
Est-ce que ce sera plus facile de trouver une planète B ou de trouver un plan B pour le modèle économique actuel? La réponse est assez claire.
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Une nécessité
La SNAP Québec veut donc mettre de l'avant une réflexion sur les modèles économiques dont la seule logique
est la croissance
au détriment des écosystèmes et de la biodiversité. Utopique? Pas selon M. Branchaud et plusieurs groupes de réflexion écologistes qui participeront au forum lors de la COP17.
Avec l'intelligence collective, c'est possible de créer un nouveau modèle économique au service de l'humain, de promouvoir des valeurs compatibles avec le bien-être, la santé, la protection de l'environnement. Je pense que c'est réaliste
, affirme le biologiste. Le modèle économique est une création humaine. C'est possible de la modifier.
À son avis, l'humanité n'aura pas le choix de changer ses pratiques, plus tôt que tard, au gré des crises alimentées par les changements climatiques. Dans ce contexte, mieux vaut s'y préparer maintenant, selon M. Branchaud. La science est très solide là-dessus. Ce sont des enjeux physiques, ce sont des enjeux mathématiques.
Ces modèles ne pourront reposer uniquement sur la conservation de certains milieux naturels, prévient-il, bien qu'il milite en parallèle pour l'atteinte de la cible de 30 % d'aires protégées sur la planète d'ici 2030.
Si on ne s'attaque seulement qu'aux causes directes en protégeant des habitats, en s'occupant de la protection de la faune ou de la flore, on n'y arrivera pas. [...] Physiquement, mathématiquement, c'est impossible d'avoir une croissance continue et un mode de vie comme on a en ce moment.
Plancher social et plafond environnemental
Concrètement, certains modèles alternatifs existent. Des villes comme Amsterdam et Grenoble, en Europe, ont adopté des pratiques inspirées de ce qu'on appelle l'économie du beigne
ou doughnut economics
.
Développé par Kate Raworth, chercheuse à l'Environmental Change Institute de l'Université d'Oxford, le modèle repose sur un plafond environnemental
à ne pas dépasser et le maintien d'un plancher social
. L'économie doit ainsi s'assurer de ne pas dépasser certaines limites environnementales, comme les changements climatiques, l'acidification des océans ou la perte de biodiversité.

La perte de biodiversité est un indicateur du déséquilibre entre les activités humaines et la nature. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bryce Hoye
Le modèle ne vise pas à freiner complètement l'exploitation des ressources, au contraire. Elle vise à maintenir un niveau de vie confortable pour les communautés, mais dans le respect du plafond vert.
Selon Alain Branchaud, un tel modèle peut être mis en place de façon progressive par projets pilotes
. De telles initiatives, poursuit-il, pourraient non seulement rééquilibrer les pressions sur l'environnement, mais aussi apaiser les inégalités.
On a des gens qui n'ont pas suffisamment de ressources pour vivre adéquatement et on a des gens qui dépassent complètement les limites planétaires qui permettraient d'assurer une pérennité à l'humanité.
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